LE SAVIEZ-VOUS?
« Mi’kmaq » est un nom pluriel qui signifie « les gens ». Ce mot, utilisé au singulier, désigne une seule personne. Il se termine alors par un « w » (mi’kmaw). Au singulier, ce mot joue également le rôle d’un adjectif placé après un substantif (par exemple, les traités mi’kmaw). Toutefois, de nombreuses collectivités et organisations continuent d’utiliser le terme « mi’kmaq » dans leurs noms et titres officiels.

Géographie

La Nouvelle-Écosse entière constitue une partie de Mi’kma’ki, la terre ancestrale des Mi’kmaq. Toutefois, le territoire actuellement occupé par les Mi’kmaq est beaucoup plus restreint. La superficie combinée des réserves totalise 11 708,9 hectares, ou 117,09 km2 (soit 0,2 % de la superficie totale de la Nouvelle-Écosse, de 55 284 km2). Ces réserves appartiennent à des communautés réparties sur tout le continent et au Cap-Breton. (Voir aussi Territoire autochtone.)

Les Premières nations suivantes se trouvent sur le continent, du sud au nord : Acadia, Bear River, Annapolis Valley, Glooscap, Sipekne’katik (anciennement connue sous le nom d’Indian Brook), Millbrook, Pictou Landing et Première nation mi’kmaw Paq’tnkek (ou Paqtnkek). Au Cap-Breton, les Premières nations Eskasoni, Potlotek, We’koqma’q et Wagmatcook sont toutes situées près du lac Bras d’or. La Première nation de Membertou est établie dans le nord-est, non loin de Sydney.

En raison de la taille relativement petite de la Nouvelle-Écosse, aucune de ses réserves n’est considérée comme éloignée. Presque toutes les réserves sont situées à moins de 100 km d’un centre de population, et toutes sont raccordées au réseau électrique. (Voir aussi Électricité.)

Démographie

Les communautés des Premières nations vivant dans des réserves en Nouvelle-Écosse sont toutes mi’kmaw. Comme dans le reste du Canada, les membres des Premières nations de la province sont collectivement plus jeunes que le reste de la population. En effet, l’âge moyen est de 31,8, comparativement à 43,5 pour les Néo-Écossais non autochtones (n’appartenant pas aux Premières nations, aux Inuits ou aux Métis).

Histoire

Les Mi’kmaq sont l’un des premiers peuples autochtones du Canada à avoir des contacts réguliers avec les Européens. Les Français colonisent certaines parties de leurs territoires au 17e siècle. Au départ, les Mi’kmaq et les Français entretiennent des liens relativement cordiaux. Cela change avec l’arrivée des Britanniques et des conflits réguliers qui s’ensuivent, dans le contexte des guerres impériales qui opposent la France à l’Angleterre à cette époque. (Voir aussi Relations entre les Autochtones et les Français et Relations entre les Autochtones et les Britanniques avant la Confédération.)

Les Mi’kmaq, en grande proportion convertis au catholicisme romain, se rangent du côté des Français dans ces conflits. Au lendemain de la Guerre de la Succession d’Espagne (1701-1714), la France cède la Nouvelle-Écosse continentale aux Britanniques en vertu du Traité d’Utrecht (1713). Cela se produit à l’insu des Mi’kmaq, qui ne croyaient même pas avoir cédé leurs terres aux Français en premier lieu.

Sur fond de conflits continus entre les Britanniques et les Mi’kmaq, on signe toute une série d’accords de paix, y compris les traités de paix et d’amitié de 1725, 1752 et 1760-1761. Toutefois, contrairement aux traités numérotés qui viendront plus tard, ces accords ne prévoient aucune cession de terres. Les Mi’kmaq de Nouvelle-Écosse poursuivent donc la revendication de leur titre (de propriété) autochtone auprès de la province, en plus de leurs réserves.

Traités de paix et d’amitié.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

LE SAVIEZ-VOUS?
La fin du conflit opposant Britanniques et Mi’kmaq est officialisée par la « cérémonie d’enterrement de la hache de guerre », qui a lieu le 25 juin 1761 lors de la signature des traités de paix et d’amitié. « Enterrer la hache de guerre » est une expression couramment utilisée qui signifie que l’on met fin à une querelle. Au cours de la cérémonie de 1761, les signataires des traités célèbrent en dansant et en chantant.

En 1763, après la fin de la guerre de Sept Ans, les Britanniques rédigent une Proclamation royale. Celle-ci vient définir la relation qui existe entre la Couronne et les peuples autochtones, en plus d’offrir une soi-disant protection des territoires autochtones contre la colonisation. En réalité, toutefois, la colonisation par les Blancs n’arrête jamais. Vingt ans plus tard, le gouvernement britannique commence à octroyer des terres aux Mi’kmaq. Les premières « réserves indiennes » sont fondées en 1801; leur nombre s’accroît en 1820 (année d’incorporation du Cap-Breton à la colonie), puis en 1821.

Dans son évaluation de ces terres en 1843, Joseph Howe, commissaire aux affaires indiennes de Nouvelle-Écosse, note que les réserves ont été établies sur des terres de piètre qualité. En outre, elles sont vulnérables aux intrusions des colons. Vers le milieu du 19e siècle, la population mi’kmaw de la Nouvelle-Écosse est d’environ 1 500. (D’après certaines estimations, cette population se serait située entre 3 500 et 6 000 personnes avant le contact avec les Européens.)

L’avènement de la Confédération en 1867, puis l’adoption de la Loi sur les Indiens en 1876, ont un effet encore plus néfaste sur la société mi’kmaw. Le gouvernement fédéral met en place des pensionnats indiens ayant pour but d’assimiler les peuples autochtones partout au Canada. Les Mi’kmaq et les autres peuples autochtones des Maritimes sont alors envoyés au pensionnat de Shubénacadie en Nouvelle-Écosse, un établissement exploité de 1930 à 1967. Le gouvernement trouve toutefois difficile l’administration de ces services à une aussi petite population. En 1942, le ministère des Affaires indiennes adopte donc une politique de centralisation, dans le cadre de laquelle on incite tous les Mi’kmaq à se réinstaller dans deux réserves, l’une sur le continent (Shubénacadie) et l’autre, au Cap-Breton (Eskasoni).

De l’avis de certains, le gouvernement souhaite du même coup éloigner les Mi’kmaq des zones de peuplement blanc. Le Ministère construit des maisons et promet des emplois dans ces régions afin d’encourager les Autochtones à déménager. Plusieurs Mi’kmaq acceptent. Malheureusement, les maisons construites dans leur nouvelle région sont de mauvaise qualité, et les possibilités d’emploi y sont limitées.

La politique du gouvernement fait face à une résistance croissante, si bien qu’on l’abandonne en 1949. Néanmoins, la centralisation cause des torts irréparables à certaines communautés, privées dans certains cas de tous leurs résidents. Elle a également pour effet de modifier à long terme la répartition des Mi’kmaq en Nouvelle-Écosse. Sipekne’katik (anciennement, Shubénacadie) et Eskasoni, respectivement, demeurent à ce jour les réserves les plus populeuses sur le continent et au Cap-Breton.

Politique

À l’exception des communautés autonomes, le gouvernement fédéral a un certain niveau de contrôle sur les réserves en vertu de la Loi sur les Indiens. Les communautés des Premières nations de Nouvelle-Écosse bénéficient toutes d’un financement du gouvernement dans le cadre d’« accords de contribution » annuels. De plus, chacune s’efforce de développer son économie. De manière générale, toutefois, le financement du gouvernement ne suit pas le rythme de la croissance de la population ou de l’inflation.

Les communautés mi’kmaw de Nouvelle-Écosse choisissent elles-mêmes leurs dirigeants (un chef et des conseillers) en tenant des élections. Les Premières nations qui ne sont pas autonomes ont la possibilité de tenir des élections en vertu des règles de la Loi sur les Indiens ou de la Loi sur les élections des Premières nations, ou par une méthode qui leur est propre. La majorité des communautés de Nouvelle-Écosse tiennent leurs élections en vertu des règles de la Loi sur les Indiens. Du côté des Premières nations Glooscap et Acadia, toutefois, on emploie un système individualisé.

Il existe certaines grandes organisations ayant pour mission d’unifier les Mi’kmaq de Nouvelle-Écosse. Notamment, la Confederacy of Mainland Mi’kmaq est un conseil tribal qui réunit sept des communautés de la partie continentale de la province. L’Union of Nova Scotia Indians, un conseil tribal plus ancien mis sur pied en réaction à la publication du Livre blanc de 1969, en est un autre exemple. L’organisation compte six membres : toutes les communautés du Cap-Breton, ainsi que la Première nation d’Acadia. Onze communautés sont également engagées dans la Mi’kmaq Rights Initiative, une initiative de consultation et de négociation continues avec les gouvernements fédéral et provincial. La Mi’kmaq Rights Initiative suit les directives de l’Assembly of Nova Scotia Mi’kmaq Chiefs (également connue sous le nom de Nova Scotia Assembly of Mi’kmaq Chiefs). Bien que l’initiative ait été lancée auprès des 13 communautés au départ, Sipekne’katik et Millbrook se retirent de l’Assemblée et de l’initiative, invoquant un manque de transparence et un pouvoir décisionnel restreint pour les communautés impliquées dans le processus.

Les Mi’kmaq de Nouvelle-Écosse participent également au Grand Conseil des Mi’kmaq. Par le passé, le Grand Conseil servait d’organe décisionnel pour l’ensemble du territoire Mi’kma’ki, se composant de représentants de ses sept districts et étant présidé par un grand chef. Toutefois, à la suite de l’adoption de la Loi sur les Indiens, le rôle du Grand Conseil change. Désormais dénué de toute autorité formelle, il continue en revanche à influer sur la vie politique, culturelle et spirituelle des Mi’kmaq. L’ancien grand chef, Ben Sylliboy, s’éteint en 2017; son successeur reste à être désigné.

Droits

Les traités de paix et d’amitié protègent les droits des Autochtones de chasser et de pêcher à des fins alimentaires, sociales et rituelles, et comme moyens de subsistance convenables. La décision rendue par la Cour suprême dans l’affaire Marshall (1999) vient consolider ces droits. (Voir aussi Donald Marshall Jr. et Affaire Sylliboy.)

Diverses communautés mi’kmaw exercent activement leurs droits de chasse et de pêche. C’est le cas, notamment, des Eskasoni, qui en viennent à conclure un partenariat avec les producteurs de fruits de mer locaux de North Sydney. La Première nation Eskasoni possède maintenant une entreprise du nom de Crane Cove Seafoods qui emploie entre 90 et 95 pêcheurs mi’kmaw.

Toutefois, il arrive à l’occasion que l’exercice des droits autochtones engendre des conflits avec des groupes non autochtones. Par exemple, certains pêcheurs de homard s’opposent au fait que des membres de la Première nation Sipekne’katik pêchent et vendent du homard hors saison, ce qui, à leur avis, constitue un acte illégal. Le gouvernement fédéral, qui assume la responsabilité des pêches, n’a toujours pas fourni de directives claires quant à la définition du terme « subsistance convenable ».

Difficultés

À travers l’histoire, de nombreuses communautés mi’kmaw se sont vu prendre ou confisquer leurs réserves, de toutes les manières imaginables et à répétition, sans leur consentement éclairé. Par exemple, la Première nation de Membertou, autrefois, était établie non loin du port de Sydney, dans un endroit connu comme Kun’tewiktuk. Au tournant du 20e siècle, les fonctionnaires locaux tentent à maintes reprises d’expulser la communauté de la région. Ils échouent à l’époque, en raison des règles de la Loi sur les indiens qui l’interdisent. De plus, les résidents refusent d’évacuer les lieux. Toutefois, les règles sont modifiées en 1911 afin de permettre l’expulsion des « Indiens » dont la réserve se trouve à l’intérieur d’une ville comptant une population de plus de 8 000 habitants, ou est bordée par une telle ville. Les Mi’kmaq sont forcés de quitter leur réserve en 1916. En 1928, tous leurs membres sont réinstallés dans une nouvelle réserve loin de la ville et de l’eau. Fait intéressant, la Première nation de Membertou rachètera ses anciennes terres en 2015.

La Première nation de Pictou Landing pêche depuis longtemps à A’se’k (ou Boat Harbour), une zone de pêche traditionnelle regorgeant de poisson. Toutefois, dans les années 1960, le gouvernement provincial autorise une usine de pâte à papier à déverser ses déchets polluants et dangereux dans la région. En 2014, une conduite transportant les déchets de l’usine éclate, déversant des eaux non traitées dans le port et endommageant un ancien lieu de sépulture. La communauté réagit en imposant un blocus. Le gouvernement provincial accepte finalement de fermer l’installation de traitement de l’usine et de résoudre les préoccupations environnementales soulevées par les résidents. Toutefois, il faudra attendre jusqu’en 2030 au moins pour voir aboutir ce processus.

À l’extrémité nord-est de la partie continentale de la Nouvelle-Écosse, la Première nation mi’kmaw Paq’tnkek est divisée en deux lors de la construction de la route Transcanadienne. Depuis le milieu des années 1960, le conseil doit se contenter d’un accès limité à la portion sud des terres de ses réserves. En juillet 2017, la communauté accepte de céder certaines de ses terres pour construire un échangeur d’autoroute en partenariat avec les gouvernements fédéral et provincial. On prévoit que l’échangeur permettra enfin aux Paq’tnkek d’accéder facilement à leurs terres depuis l’autoroute, en fournissant également plus d’espace pour le développement.

Arts et culture

La Première nation Potlotek vit à Mniku (île Chapel), un lieu sacré pour les Mi’kmaq. C’est également un lieu historique national. Bien avant le contact avec les Européens, Mniku est un lieu de rassemblement pour les Mi’kmaq. Un missionnaire français y érige une église au milieu du 18e siècle, d’où le nom d’« île Chapel ». Les mi’kmaq continuent de se réunir à Mniku tous les ans à l’occasion d’un pow-wow estival combinant les traditions mi’kmaq et du catholicisme romain, lors de la fête de Sainte-Anne. En hiver, les Mi’kmaq y célèbrent également Wi’kapaltimk Aqtapuk, une fête soulignant le début de la nouvelle année cérémonielle, au milieu de la saison. Enfin, Mniku est le lieu de rencontre du Grand Conseil des Mi’kmaq. (Voir aussi Autochtones : religion et spiritualité.)

Un autre événement important en région est le tournoi de hockey Wallace Bernard Memorial Native Youth. Wallace « Wally » Bernard, intronisé au Temple de la renommée des sports des Mi’kmaq, contribue à la fondation du tournoi en 1974. Depuis, l’événement réunit des équipes de partout au Canada atlantique. La Première nation de Membertou, qui organise le tournoi chaque année, inaugure un nouvel aréna en 2017. (Voir aussi Hockey sur glace au Canada.)

On compte parmi les Mi’kmaq un grand nombre d’artistes, de musiciens et de poètes. Citons, parmi les plus connus, Rita Joe, dont le poème « J’ai perdu ma langue » en viendra rapidement à symboliser les préjudices infligés aux peuples et aux cultures autochtones dans les pensionnats, et Lee Cremo, un Eskasoni qui remporte la compétition de violon des Maritimes à six reprises et décroche le titre de « meilleur violoneux au monde » à Nashville, au Tennessee. Lee Cremo joue surtout de la musique traditionnelle, mais il compose également ses propres œuvres, comme « Shubenacadie Reserve Reel » et « Constitution Breakdown ». (Voir aussi Art autochtone au Canada et Musique autochtone.)