Enfance et formation

Justin Trudeau, fils aîné de Pierre et Margaret Trudeau, naît à Ottawa le jour de Noël 1971. La politique lui coule dans les veines : son père a été premier ministre du Canada et son grand-père maternel, Jimmy Sinclair, a été membre du Cabinet fédéral dans les années 1950. Après la séparation de ses parents quand il a six ans, Justin et ses deux frères cadets, Alexandre et Michel, habitent avec leur père. Les garçons vivent à la résidence officielle du premier ministre, le 24, promenade Sussex, où ils sont fréquemment vus en public.

Quand Justin a 12 ans, Pierre se retire de la politique. Le père et ses fils déménagent à Montréal où Justin fait ses études secondaires au Collège Jean-de-Brébeuf, l’alma mater de son père.

Justin Trudeau fréquente l’Université McGill où il devient membre de l’équipe de débats et bénévole au centre d’agression sexuelle mis sur pied par les étudiants. Après avoir obtenu son B.A. en littérature anglaise en 1994, il voyage durant un an à l’étranger. Il revient à McGill où il étudie pour devenir enseignant. Avant d’avoir obtenu son diplôme, Justin Trudeau déménage à Whistler, en Colombie-Britannique, où il devient instructeur de planche à neige et travaille comme portier dans une boîte de nuit. Après plusieurs mois, il reprend ses études, cette fois-ci à l’Université de la Colombie-Britannique où il décroche un baccalauréat en enseignement en 1998.

Après avoir occupé le poste d’enseignant suppléant à Coquitlam, en Colombie-Britannique, il décroche un poste permanent à la West Point Grey Academy, une école privée située à Vancouver, où il enseigne le français et les mathématiques. Il passe éventuellement au système d’écoles publiques et enseigne à la Sir Winston Churchill Secondary School à Vancouver.

Changement personnel

Deux tragédies contribuent à modifier la trajectoire de vie de Justin Trudeau. En 1998, son frère Michel meurt dans une avalanche tout près de Kokanee Lake, en Colombie-Britannique. Puis, en 2000, son père succombe à un cancer de la prostate. L’éloge funèbre qu’il livre lors des obsèques publiques télévisées ramène Justin Trudeau sous les projecteurs et suscite des spéculations voulant qu’il entre en politique fédérale.

Entre 2002 et 2007, Justin Trudeau revient à Montréal où il étudie d’abord l’ingénierie à l’École Polytechnique de l’Université de Montréal, puis la géographie environnementale à McGill. Il ne complète aucun des deux programmes, se tournant plutôt vers le travail de représentation.

Justin Trudeau et Sophie Grégoire commencent à se fréquenter en 2003. C’est une amie d’enfance de son plus jeune frère Michel. Elle travaille comme animatrice à la télévision et à la radio pour différentes chaînes françaises et anglaises du Québec. Ils s’unissent le 28 mai 2005 et ont trois enfants : Xavier, Ella-Grace et Hadrien.

Travail de représentation

Justin Trudeau s’implique dans diverses questions d’intérêt public, d’abord à Vancouver. Après le décès de son frère, il travaille à sensibiliser les gens aux avalanches, devenant un directeur de la Fondation canadienne des avalanches et contribuant à mettre sur pied le Canadian Avalanche Centre. Il sert à titre de directeur de Katimavik, le programme de service volontaire destiné aux jeunes, puis de président du conseil d’administration. Il parle de questions environnementales, dirigeant la campagne Nahanni Forever qui vise à protéger et à agrandir la réserve de parc national Nahanni des Territoires du Nord-Ouest menacée par un projet de mine.

En 2006, Justin Trudeau est maître de cérémonie d’un important rassemblement à Toronto visant à exhorter les Nations Unies à déployer plus d’efforts pour mettre fin à l’épuration ethnique qui fait rage au Darfour, en Afrique. En 2008, lors d’un discours donné au rassemblement de la Journée UNIS à Toronto, un événement organisé par l’œuvre de bienfaisance Free the Children, Justin Trudeau encourage les jeunes à s’impliquer en politique. Durant cette période, il est largement présent dans les médias : il est maître de cérémonie du gala du prix littéraire Giller, il interprète Talbot Papineau, un soldat de la Première Guerre mondiale, dans une minisérie de CBC, et il anime un segment hebdomadaire sur les actualités pour une station radio de langue française basée à Montréal.

Le saut en politique

Durant sa jeunesse, Justin Trudeau ne fait pas de politique partisane, mais après la défaite des libéraux aux élections fédérales de 2006, il offre son aide à Tom Axworthy, ancien secrétaire principal de Pierre Trudeau et directeur de la Commission du renouveau du Parti libéral. Tom Axworthy nomme Justin à la tête du groupe de travail de la commission qui se concentre sur les problèmes concernant les jeunes.

À la course au leadership du Parti libéral en 2006, Justin Trudeau fait campagne pour l’ancien membre du Cabinet de l’Ontario Gerard Kennedy, transférant son appui à l’éventuel vainqueur Stéphane Dion après l’abandon de Kennedy. Justin Trudeau se découvre un talent pour les campagnes électorales. En 2007, il remporte la course à l’investiture du Parti libéral dans la circonscription montréalaise de Papineau où il défait le candidat favori de l’establishment du parti. Les francophones comptent pour presque la moitié de la population de Papineau. Plusieurs sont des nationalistes québécois qui, aux élections de 2006, élisent un député du Bloc québécois qui clame que Justin Trudeau – à l’instar de son père – est hostile envers le Québec. Aux élections de 2008, Justin Trudeau remporte la circonscription, mais son parti perd les élections générales; les conservateurs demeurent au pouvoir avec un gouvernement minoritaire.

Député

Après la nomination de Michael Ignatieff au poste de leader du Parti libéral en 2009, Justin Trudeau est nommé porte-parole des jeunes et du multiculturalisme, et plus tard, des jeunes, de la citoyenneté et de l’immigration.

Justin Trudeau est réélu dans Papineau en 2011, mais les élections fédérales sont un désastre pour son parti qui termine au troisième rang dans la Chambre des communes. Les conservateurs remportent une majorité de sièges, et en deuxième place, les néo-démocratessupplantent les libéraux à titre d’opposition officielle. Le résultat est le pire de toute l’histoire du Parti libéral, poussant certains analystes à prédire la mort imminente du parti. Après la démission de Michael Ignatieff, on souhaite que Justin Trudeau se présente à la direction du parti, mais plusieurs critiques refusent de le prendre au sérieux, remettant en question son expérience et ses capacités intellectuelles.

Justin Trudeau veut faire ses preuves publiquement. Il invite le sénateur conservateur Patrick Brazeau à l’affronter dans le ring afin d’amasser des fonds pour la recherche sur le cancer. « On me sous-estime souvent », dit Justin Trudeau. « On me voit comme un poids plume. Si je gagne ce match, peut-être qu’on me prendra plus au sérieux. » Des amis déconseillent à Justin Trudeau d’affronter Patrick Brazeau – plus jeune et plus lourd – un ancien soldat qui a une ceinture noire en karaté. Les experts prévoient la défaite de Justin Trudeau : on se demande seulement s’il sera blessé dans le ring. On oublie de prendre en compte l’expérience de Justin Trudeau en tant que boxeur amateur et le régime d’entraînement qu’il s’impose avant le combat. Justin Trudeau calcule que Patrick Brazeau, un fumeur, ne tiendra pas longtemps dans le ring. En mars 2012, Justin Trudeau est déclaré vainqueur après trois rondes quand l’arbitre interrompt le combat.

Leadership libéral

Le 2 octobre 2012, Justin Trudeau lance sa campagne pour la direction de son parti. Il émerge rapidement comme le meneur devant ses adversaires moins connus. Sa candidature déclenche un intérêt public généralisé, et le parti gagne en popularité dans les sondages d’opinion en prévision d’une victoire de Justin Trudeau. Le 14 avril 2013, il devient le chef du Parti libéral avec près de 80 % des votes.

Justin Trudeau s’emploie immédiatement à redynamiser un Parti libéral en difficulté, déchiré par la guerre intestine entre les anciens premiers ministres Jean Chrétien et Paul Martin, et éprouvé par le leadership inefficace de Michael Ignatieff. Justin Trudeau s’avère un leader énergique et un excellent collecteur de fonds. Ses adversaires le perçoivent comme un dilettante. Les conservateurs du premier ministre Stephen Harper calculent que Justin Trudeau se plantera en campagne électorale, si on lui donne assez de temps.

Élections de 2015

Stephen Harper déclenche des élections plus de deux mois avant le jour du scrutin. C’est la campagne la plus longue depuis les années 1870. Dans les campagnes récentes, il y a habituellement deux débats télévisés : un en anglais et un en français. Cette fois-ci, les néo-démocrates et les conservateurs font pression pour qu’il y ait davantage de débats, convaincus que Justin Trudeau craquera sous les projecteurs. Les trois partis se mettent d’accord pour cinq débats, du jamais vu.

Dépassant les attentes, les libéraux mènent une solide campagne et Justin Trudeau s’en sort bien durant les débats. Les libéraux promettent du changement après neuf ans de règne conservateur, s’engageant à légaliser la marijuana, à accueillir des dizaines de milliers de réfugiés syriens, et à enregistrer de légers déficits pour financer des améliorations aux infrastructures. Le 19 octobre 2015, jour du scrutin, les libéraux passent de la troisième à la première place, obtenant un gouvernement majoritaire avec 184 sièges sur 338 à la Chambre des communes – 150 de plus qu’en 2011.

Premier ministre

Justin Trudeau fait immédiatement les manchettes en formant un Cabinet qui respecte la parité entre hommes et femmes, une première au Canada.

Durant ses deux premières années, le gouvernement de Justin Trudeau accueille 40 000 réfugiés syriens au pays. Il propose un plan national pour une taxe sur le carbone d’ici 2018, malgré des réticences dans certaines provinces. Il allège l’impôt des particuliers de la classe moyenne et l’augmente pour les plus nantis – bien qu’une augmentation du taux de cotisation au Régime de pensions du Canada est attendue afin de réduire les économies fiscales de plusieurs familles de la classe moyenne. Le gouvernement ouvre également une enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées au Canada même si le dossier s’englue dans des conflits internes et souffre de désorganisation. Le gouvernement Trudeau légalise l’aide à mourir dans certaines circonstances, ainsi que la marijuana, et crée la prestation fiscale canadienne pour enfants destinée aux familles à revenu faible et moyen. Il annonce également une stratégie nationale en matière de logement.

Le premier ministre présente ses excuses pour trois injustices historiques : la décision d’Ottawa en 1914 de refuser l’entrée au pays de passagers indiens qui se trouvent sur le SS Komagata Maru, la maltraitance de jeunes pensionnaires à Terre-Neuve, et la discrimination du gouvernement fédéral fondée sur l’orientation sexuelle des fonctionnaires.

Réforme du Sénat

Justin Trudeau effectue la première réforme importante au Sénat depuis l’imposition de l’âge de la retraite à 75 ans en 1965. Alors dans l’opposition, il promet de travailler à un Sénat non partisan et, en 2014, à titre de première étape, il évince des sénateurs libéraux du caucus parlementaire du parti. À titre de premier ministre, il nomme un conseil consultatif chargé de recommander des personnes nommées au Sénat sur la base du mérite, et un chef indépendant de tout caucus sénatorial. Entretemps, de nouveaux sénateurs siègent en tant qu’indépendants, et non à titre de membres de caucus partisans. En deux ans, le nombre de sénateurs indépendants dépasse le nombre de sénateurs conservateurs qui ont formé le plus important caucus dans la chambre.

Relations avec Donald Trump

À la suite de l’élection du président américain Donald Trump en 2016, l’attention du gouvernement Trudeau se tourne principalement vers les relations canado-américaines. Le défi vient à la fois de la menace du président d’annuler l’accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) et de l’imprévisibilité générale de Donald Trump. Justin Trudeau noue une relation amicale avec Donald Trump, évitant toute critique publique de ses politiques. Justin Trudeau demande de l’aide à l’extérieur du Parti libéral, consultant l’ancien premier ministre Brian Mulroney, l’ancienne chef conservatrice par intérim Rona Ambrose et d’autres honorables Canadiens qui ont des liens étroits avec les États-Unis.

Au début de 2018, quand la menace des États-Unis de se retirer de l’accord semble être plus qu’un stratagème de négociation, le gouvernement Trudeau adopte une ligne plus dure, contestant les pratiques commerciales américaines sous la forme d’une plainte formulée auprès de l’organisation mondiale du commerce.

Controverses et défis

En 2017, Justin Trudeau est entraîné dans un scandale éthique : il a violé la loi fédérale sur les conflits d’intérêts après avoir séjourné en famille sur l’île privée du chef spirituel milliardaire Aga Khan. L’homme est un ami de la famille, mais sa fondation canadienne est un lobby du bureau du premier ministre et bénéficie de financement fédéral.

Justin Trudeau est aussi critiqué pour avoir brisé une importante promesse électorale faite en 2015, celle sur la réforme du système électoral. Son gouvernement accuse des déficits plus imposants que ceux anticipés. Par conséquent, il peinera à équilibrer le budget fédéral avant les élections de 2019. Il est également incapable de corriger Phoenix, le nouveau système de paie des employés fédéraux, qui rencontre des problèmes depuis son inauguration en 2016. Comme pour les gouvernements précédents, l’acquisition de nouveaux avions de chasse et de navires militaires est reportée à maintes reprises. Des militants environnementaux et le gouvernement de la Colombie-Britannique s’opposent à la décision des libéraux d’approuver deux nouveaux pipelines pour accroître l’exportation de pétrole des sables bitumineux de l’Alberta – une source continue de tension politique dans la deuxième moitié du mandat de Justin Trudeau.