Le Canada est fort mal préparé lorsqu’il entre en guerre contre l’Allemagne aux côtés du Royaume-Uni, le 10 septembre 1939. Le premier ministre William Lyon Mackenzie King est un habile politicien d’expérience. Même s’il est au pouvoir depuis près de 13 ans, par intermittence, depuis 1921, peu de gens croient qu’il a ce qu’il faut pour mener le pays en temps de guerre. Au premier coup d’œil, il ne se compare pas favorablement aux guerriers agressifs que sont Adolf Hitler, en Allemagne, et Benito Mussolini, en Italie, ni à l’imposant président américain Franklin Roosevelt ou, après mai 1940, au premier ministre britannique pugnace qu’est Winston Churchill. Malgré cela, William Lyon Mackenzie King s’entoure d’un solide Conseil des ministres, est guidé par une fonction publique forte et dévouée, et se mêle peu des affaires des professionnels militaires qui dirigent les nouvelles forces armées du Canada. Au final, il guide le pays à travers six années pénibles de conflit, supervise un effort massif de guerre et, étonnamment, fait peu d’erreurs dans cette période remplie de tourmente, de changements et d’angoisse.

Adolf Hitler et la mobilisation

Après avoir, pendant des années, réarmé l’Allemagne, rompu des traités, menacé ses voisins, annexé des pays, puis, enfin, envahi la Pologne le 1er septembre 1939, Adolf Hitler déclenche la Deuxième Guerre mondiale en Europe. La Grande-Bretagne et la France s’allient, avec le soutien de l’Empire britannique, qui regroupe 500 millions de personnes, pour résister à Adolf Hitler et au nazisme, qui dirige l’Allemagne. Le meurtrier et psychopathe Joseph Staline règne sur l’Union soviétique avec une main de fer. Ce dernier, qui a laissé des millions de citoyens mourir de faim et exécuté des centaines de milliers d’autres, avait signé un pacte de non-agression avec l’Allemagne. Malgré cela, Adolf Hitler se retourne contre lui en juin 1941. L’Italie et le Japon, gouvernés par des fascistes, se rangent naturellement du côté des nazis d’Adolf Hitler, même s’il y a peu de coordination entre les trois nations qui forment les puissances de l’Axe.

Contribution du Canada

Après avoir déclaré la guerre contre l’Allemagne, le 10 septembre, le premier ministre William Lyon Mackenzie King et son Conseil des ministres peinent à cerner le rôle que jouera le Canada dans la guerre. Sachant que les Canadiens français se méfient de tout engagement militaire à l’étranger, William Lyon Mackenzie King et Ernest Lapointe, son ministre influent du Québec, promettent que les Canadiens ne seront pas obligés de participer à la guerre. Cela a suffi pour amener le Québec en guerre sans qu’il n’y ait de manifestations ou d’émeutes. L’absence d’une force militaire moderne représente un autre problème d’envergure. Pour décider de la position du Canada pendant la guerre, William Lyon Mackenzie King se laisse guider par les actions du Canada pendant la Première Guerre mondiale.

De 1914 à 1918, le pays avait porté tous les fardeaux dans la poursuite de la victoire et s’était presque déchiré en cours de route. Le Canada avait produit d’énormes quantités d’aliments, de matières premières et de munition. Plus de 620 000 Canadiens avaient porté l’uniforme. La guerre industrielle sur le front de l’Ouest avait causé de lourdes pertes. Du côté des troupes canadiennes, on a compté plus de 66 000 morts et 172 000 blessés. (Voir Le soldat canadien de la Grande Guerre.) Le recrutement d’effectifs posait constamment problème à partir du milieu de la guerre, ce qui a mené à la crise de la conscription, de 1917. La législation concernant le service militaire obligatoire avait divisé les groupes linguistiques et ethniques, les classes et les régions du pays. William Lyon Mackenzie King avait vu les effets d’un effort de guerre débridé sur son pays. Il se jure donc de ne pas reproduire la même politique de guerre ouverte, qui avait mené à la conscription.

William Lyon Mackenzie King espère que les 11,5 millions approximatifs de Canadiens pourraient s’orienter vers la production d’aliments, d’équipements et de munitions destinés aux forces alliées, plutôt que de faire croître exponentiellement les rangs de l’armée, de la marine et de la force aérienne. Cette stratégie sera plus tard nommée « responsabilité limitée ».

Le Canada anglais refuse d’accepter l’engagement restreint. Pratiquement dès le début, des dizaines de milliers d’hommes s’enrôlent dans les trois forces armées. William Lyon Mackenzie King croit que l’armée tente de le contraindre à donner un rôle plus actif au Canada pendant la guerre, mais il était à peu près impossible d’empêcher la création d’une nouvelle armée outre-mer. La 1re Division d’infanterie canadienne se rend de l’autre côté de l’Atlantique avant la fin de l’année, sous le commandement du charismatique major général Andrew McNaughton. Le Canada déploie l’énorme Première Armée canadienne, qui compte près d’un demi-million de soldats.

Le Canada part aussi au combat en mer. Dès le premier mois de conflit, la Marine royale canadienne (MRC) amorce les escortes de convois en septembre 1939. Ne comptant que sur une douzaine de navires de combat au début de la guerre, sa flotte est composée de plus de 400 bâtiments à la fin de la guerre. Les navires de guerre canadiens guident les navires marchands qui transportent le matériel de guerre essentiel dans leur traversée vers la Grande-Bretagne, au milieu des attaques perpétrées par les U-boots allemands. Le maintien de cette voie vers l’Europe est crucial à l’effort de guerre des forces alliées (voir Bataille de l’Atlantique).

Gouvernement de William Lyon Mackenzie King

La guerre est livrée tout en défendant les idéaux libéraux et la liberté. Toutefois, le Conseil des ministres de William Lyon Mackenzie King invoque la Loi sur les mesures de guerre le 3 septembre. Cette mesure, combinée aux règlements concernant la défense du Canada, permet la censure, la détention de citoyens sans porter d’accusations et la surveillance. Toute personne qui prend parti pour l’ennemi, tant par sa parole que par ses actes, peut être emprisonnée. Même Camillien Houde, maire de Montréal, n’est pas au-dessus de la loi. Lorsqu’il se prononce contre la guerre, en 1940, et alimente la crainte que William Lyon Mackenzie King puisse instaurer la conscription, on l’emprisonne sans procès pendant quatre ans.

Alors qu’il ne se passe pas grand-chose de l’autre côté de l’océan (la conquête de la Pologne par l’Allemagne avait été très rapide, puis c’est l’impasse entre cette dernière et les alliés de l’Ouest dans ce qu’on appelle peu après la « drôle de guerre »), William Lyon Mackenzie King déclenche une élection en mars 1940. Les Canadiens croient fermement qu’il a fait son devoir de soutenir le Royaume-Uni sans pour autant s’aliéner le Québec. Sa gouverne prudente lui vaut une écrasante majorité au Parlement. Son approche modérée à l’effort de guerre reflète ce que la plupart des Canadiens veulent de leur pays.

Les Canadiens font confiance à William Lyon Mackenzie King et à son Conseil des ministres d’expérience. Le très compétent J. L. Ralston prend les rênes du ministère des Finances, puis de la Défense nationale; C. D. Howe occupe des postes de plus en plus importants dans la gouverne des industries de la guerre; J. L. Ilsley est plus tard nommé ministre des Finances et s’avère excellent dans la gestion du trésor de la nation; enfin, Ernest Lapointe, Charles Power et Louis St-Laurent donnent au Québec une voix forte. Le premier ministre dirige son équipe pour peu à peu créer et changer les politiques afin de s’attaquer à chaque nouvelle crise. William Lyon Mackenzie King est très intelligent, et ses instincts politiques sont très aiguisés. Son conseiller proche, le sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères O. D. Skelton, note que William Lyon Mackenzie King « suit des pressentiments ». De plus, ce dernier se sent à l’aise de déléguer son autorité. Bien qu’il puisse être mesquin, insultant et dresser ses ministres les uns contre les autres, il fait confiance à son Conseil des ministres talentueux. Il est rare que celui-ci lui fasse défaut.

Gestion militaire du Canada

La marine, l’armée et la force aérienne du Canada sont toutes indépendantes des forces britanniques. Même si elles combattent au sein de grandes formations britanniques ou alliées, leurs unités, leurs uniformes et leurs traditions sont distincts. De plus, les Canadiens sont dirigés par leurs chefs militaires : le général Harry Crerar dirige la Première Armée canadienne à la fin de la guerre; l’amiral Leonard Murray commande les forces de l’air et navales qui combattent les U-boots dans l’Atlantique du Nord-Ouest; le vice-maréchal de l’air Clifford McEwen commande le Groupe de bombardement no 6 (ARC) en Europe. Les principaux chefs militaires sur le terrain ont le droit de recourir à la carte nationaliste pour refuser un ordre particulièrement haineux provenant de supérieurs étrangers. (Ils se rapportent à la structure militaire de la force alliée, mais aussi à Ottawa.) Hélas, aucun ne le fera, même lors de désastres comme le raid raté de Dieppe, le manque d’équipement de la MRC en 1942, ou les incessants bombardements coûteux contre Berlin à la fin de 1943 et au début de 1944.

William Lyon Mackenzie King et son Conseil des ministres auraient pu réclamer une plus grande influence dans l’élaboration de la politique de guerre des forces alliées, établie par Londres et Washington. Après la chute de la France, en juin 1940, et avant l’entrée en guerre des États-Unis, en décembre 1941, le Canada est l’allié principal du Royaume-Uni. Toutefois, William Lyon Mackenzie King ne veut pas aider à façonner la stratégie, car il croit que cela pourrait le forcer à envoyer plus de troupes canadiennes que possible sans recourir à la conscription. Le fait de ne pas réclamer une plus grande influence a été une erreur de William Lyon Mackenzie King, car en fin de compte, un nombre considérable d’hommes et de femmes du Canada porteront l’uniforme (près de 1,1 million) sans que le pays n’ait vraiment son mot à dire sur la stratégie de guerre.

Le fait que William Lyon Mackenzie King n’ait même pas informé de la date du débarquement du jour J (6 juin 1944), au cours duquel une division canadienne est l’une des formations en fer de lance, démontre à quel point il est tenu à l’écart par le haut commandement des forces alliées. Personne ne s’attendait à ce qu’il soit sur un pied d’égalité avec Winston Churchill ou Franklin Roosevelt. Joseph Staline reste seul de son côté après l’invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne, en juin 1941, ce qui fait de lui un allié étrange et impénétrable. Cependant, William Lyon Mackenzie King aurait pu demander d’avoir son mot à dire plus tôt et avec plus d’insistance.

William Lyon Mackenzie King comme chef de guerre

Néanmoins, William Lyon Mackenzie King joue un rôle important au début de la guerre en médiant les relations parfois difficiles entre la Grande-Bretagne et les États-Unis neutres. Ami du président américain Franklin Roosevelt, William Lyon Mackenzie King aide les Britanniques, de plus en plus désespérés, à conclure des accords clés, comme l’entente « contre-torpilleurs contre bases », en août, grâce auquel les Américains neutres transfèrent de vieux contre-torpilleurs au Royaume-Uni en échange d’un accès aux bases navales britanniques, situées dans les Amériques, y compris Terre-Neuve. Aussi, William Lyon Mackenzie King convainc le président de débloquer des fonds pour que les Britanniques puissent continuer d’acheter des biens américains. Il est en mesure d’utiliser son amitié avec Franklin Roosevelt pour que les États-Unis et le Canada travaillent en étroite collaboration en matière de défense de l’hémisphère, et que le commerce entre les deux pays demeure ouvert, équitable et à un volume relativement égal. Grâce aux accords sur la défense et le commerce, signés en 1940 et 1941, le Canada peut consacrer toute son attention à l’approvisionnement en fournitures de guerre essentielles de la Grande-Bretagne.

Le Canada contribue aussi à l’effort de guerre de la Grande-Bretagne et des forces alliées en administrant le Programme d’entraînement aérien du Commonwealth. À la suite de négociations difficiles entre le gouvernement de William Lyon Mackenzie King et les Britanniques, à la fin de 1939, pour savoir qui paierait pour le plan estimé à 1 milliard de dollars, le Canada convient d’établir des bases d’entraînement et des terrains d’aviation à travers le Dominion. Quelque 131 500 aviateurs sont entraînés pour combattre les puissances de l’Axe. Plusieurs jeunes Canadiens sont attirés par la force aérienne, en particulier le Groupe de bombardement, en raison du prestige de l’aviation. Le plan s’avérera dangereux et coûteux, mais aussi efficace pour transporter la guerre en sol allemand.

Après la chute de la France aux mains des forces allemandes, en juin 1940, l’effort de guerre du Canada change radicalement. William Lyon Mackenzie King abandonne rapidement son plan de responsabilité limitée. Au lendemain de la débâcle en France, la Loi sur la mobilisation des ressources nationales introduit la conscription limitée, sans service à l’étranger, pour protéger le Canada. Les munitions, la nourriture et les matières premières, combinées au « cadeau d’un milliard » de la Grande-Bretagne pour les payer, transforment le Canada en « arsenal de l’Empire ».

Tout cela est accompli avec habileté et énergie, mais William Lyon Mackenzie King et son Conseil des ministres sont continuellement mis à l’épreuve. Lorsque l’inflation gagne du terrain, les ministres entreprennent radicalement de plafonner les salaires et les prix. William Lyon Mackenzie King craint la révolte des Canadiens, mais ceux-ci acceptent au nom de la victoire. Le plafond a réussi à garder l’inflation sous contrôle. Le chômage disparaît vers la moitié de la guerre, tout comme bon nombre de biens de luxe qui devaient être rationnés. La plupart des Canadiens se serrent la ceinture, achètent des obligations de la Victoire pour l’avenir et participent à l’atteinte de la victoire à l’usine ou dans leurs fermes.

Les relations avec le mouvement syndical avaient toujours été difficiles, mais le Conseil des ministres de William Lyon Mackenzie King les gère de façon efficace, ce qui fait en sorte que la production en temps de guerre n’a pas été considérablement perturbée par de longues grèves. Près de deux millions de Canadiens ont des emplois ayant trait à la guerre, dont 439 000 femmes dans le secteur des services et 373 000 autres dans le secteur de la fabrication. En 1944, un code du travail fédéral est adopté comme compromis face aux syndicats. Il permet la création de plus de syndicats.

Malgré ces succès, William Lyon Mackenzie King et son Conseil des ministres échouent parfois. L’exemple le plus flagrant est l’internement d’environ 21 000 Canadiens d’origine japonaise vivant sur la côte ouest en 1942, à la suite de la déclaration de guerre du Japon contre les forces alliées. Sous l’impulsion du racisme et de la crainte qu’on ne pouvait pas faire confiance aux Canadiens d’origine japonaise, cette injure est aggravée par la vente de leurs biens à des prix criminellement bas.

Crise et conscription

Les Canadiens subissent des pertes constantes lors de la bataille de l’Atlantique, de la guerre aérienne au-dessus de la Grande-Bretagne et de l’Europe, et de la guerre terrestre, surtout pendant la chute de Hong Kong, en décembre 1941, et le raid de Dieppe, en août 1942. Ces campagnes sont suivies par l’invasion de la Sicile, en juillet 1943, puis de l’Italie continentale, en septembre (voir Campagne d’Italie), ce qui fait diminuer progressivement les ressources et le nombre de recrues. Pendant la Première Guerre mondiale, le recrutement volontaire s’était effondré à la fin 1916, ce qui avait mené le premier ministre Robert Borden à instaurer la conscription l’année suivante. Dans cette optique, William Lyon Mackenzie King demande à ses chefs militaires de promettre qu’ils avaient suffisamment d’hommes. Ils assurent le premier ministre que c’est le cas, jusqu’à ce que ça ne le soit plus. En octobre 1944, après les batailles d’attrition estivales du jour J et de la campagne de Normandie, puis la libération de la France, de la Belgique et d’une partie des Pays-Bas, l’armée canadienne est à court de soldats d’infanterie.

Jusque-là, William Lyon Mackenzie King cherchait à tout prix à éviter un autre clivage entre les Canadiens anglais et français à propos des effectifs, ainsi qu’avec les syndicats et les agriculteurs (deux groupes qui s’opposent à la conscription, car ils craignent une pénurie de la main-d’œuvre et le ciblage de la classe ouvrière). Toutefois, le manque de soldats bien formés de l’infanterie canadienne en Europe et en Italie mène à des pertes de vie inutiles dans les champs de bataille. À la fin octobre, il tente de parvenir à un compromis avec son ministre de la défense, J. L. Ralston, qui demande que la conscription soit instaurée. Chacun compte ses partisans, et les deux restent campés sur leurs positions. Divisé, le Conseil des ministres est sur le point de s’effondrer.

William Lyon Mackenzie King congédie J. L. Ralston le 1er novembre, mais le pays est dans l’impasse et commence à se déchirer. Une grande partie du Canada anglais réclame la conscription, alors que le Canada français prie William Lyon Mackenzie King de tenir sa promesse. Il jure qu’il gardera sa position, mais lorsqu’il devient évident que son gouvernement pourrait tomber, il change d’avis pour ordonner, le 22 novembre, la conscription limitée. Malgré eux, environ 13 000 soldats, ayant à l’origine fait l’objet d’une conscription aux seules fins de défense du territoire national, sont envoyés outre-mer. Plus de 2 400 d’entre eux se rendent au front. William Lyon Mackenzie King survit à la crise, mais on condamne ses actions. Le Québec est mécontent, mais sent qu’il a fait de son mieux pour calmer les plus fervents Canadiens anglais. L’unité est affaiblie, mais pas autant que durant la Première Guerre mondiale.

Réélection

William Lyon Mackenzie King dirige le pays tout au long de la guerre et supervise l’un des Conseils des ministres les plus efficaces de l’histoire canadienne. En faisant des pieds et des mains et en étant ouvert au compromis, il parvient à réduire les tensions. Il sort malmené et fatigué des six années de guerre, mais il rassemble assez d’énergie pour remporter une autre victoire électorale en juin 1945. Pendant la guerre, ses erreurs peu fréquentes n’ont pas été fatales à la nation. Il a aussi lancé le Canada sur la voie prospère de la paix en promulguant la généreuse Charte des anciens combattants, qui offre des avantages sociaux aux militaires revenant au pays. De plus, il est à l’origine de la Loi sur les allocations familiales, qui donne aux familles une allocation mensuelle pour chaque enfant. Le produit national brut du Canada passe de 5,6 milliards de dollars en 1939 à 11,8 milliards de dollars à la fin de la guerre. Après la guerre, le riche Canada est prêt à acheter des maisons et des articles ménagers. L’économie canadienne est en essor.

Environ 1 080 000 Canadiens se sont enrôlés dans les forces armées à partir d’une population de 11,5 millions d’habitants. L’armée compte désormais un demi-million de soldats, et ses deux corps ont combattu dans de nombreux théâtres de guerre. En effet, 215 000 hommes et femmes font désormais partie des forces aériennes… un sommet. Bon nombre d’entre eux sont aviateurs au sein d’escadrons de bombardiers du Groupe de bombardement no 6. La marine compte dans ses rangs près de 100 000 marins. Elle est, pendant un certain temps, l’une des plus grandes marines du monde. La marine marchande a aussi contribué à la victoire en transportant des fournitures de guerre essentielles de l’autre côté de l’Atlantique. Cependant, le Canada a payé son service très chèrement. Près de 44 000 individus provenant de tous les secteurs des forces armées et de la marine marchande y ont laissé leur vie. Malgré la tristesse et le deuil, le Canada sort du conflit comme une puissance intermédiaire forte.

Réputation

L’histoire n’a pas été tendre envers William Lyon Mackenzie King. On le considère comme une personne bizarre en raison de sa croyance au pouvoir surnaturel et au fait qu’il a participé à des séances de divination. Il est en partie responsable des blessures infligées à sa réputation. Il a tenu un journal pendant plus de 50 ans, remplissant plus de 30 000 pages. Il s’agit des documents personnels les plus importants jamais créés par un Canadien. Ils révèlent de l’information approfondie sur un demi-siècle de politique, deux guerres mondiales et l’émergence du Canada moderne. Pour William Lyon Mackenzie King, la tenue d’un journal était aussi cathartique. Il contient donc ses peurs, ses inquiétudes, son nombrilisme, ses commentaires à saveur « anglo-saxon protestant blanc », et toutes sortes de portraits peu flatteurs de lui-même et des autres. Il ne devrait pas être jugé par ces écrits, mais plutôt par ses actions et ses réalisations, qui comptent encore parmi les plus importantes de l’histoire canadienne.

William Lyon Mackenzie King croit que son plus grand succès à titre de dirigeant en temps de guerre repose sur ce qu’il a su prévenir : les passions débridées du Canada anglais étant prêt à tout pendant la guerre, comme cela avait été le cas pendant la Première Guerre mondiale. Les cicatrices de la première bataille de la conscription, en 1917, n’étaient pas guéries lors du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. Un second affrontement au sujet des effectifs aurait pu déchirer le pays. Il a empêché que le Québec soit abusé et aliéné en raison de ses moindres contributions à la victoire durant la Deuxième Guerre mondiale. De plus, à titre de dirigeant du Canada en temps de guerre, ses réalisations sont nombreuses. Il a supervisé la plus grande mobilisation de Canadiens de l’histoire de la nation. Son style de gestion axé sur le compromis a bien servi le pays, même s’il était peu séduisant et non héroïque. « Mon premier devoir est envers le Canada », écrit William Lyon Mackenzie King pendant la guerre. « Gardons notre pays uni. » C’est ce qu’il réussit dans une guerre d’une nécessité absolue pour l’humanité.