William Henry Pope, homme politique, journaliste, avocat, juge et agent de terres (né le 29 mai 1825 à Bedeque, en Î.P.-É.; décédé le 7 octobre 1879 à St. Eleanors, en Î.P.-É.). Éminent juge de l’Île-du-Prince-Édouard et stratège incontournable du parti conservateur, William Henry Pope participe aux Conférences de Charlottetown et de Québec, devenant un des plus ardents défenseurs de la Confédération sur l’Île-du-Prince-Édouard. Il exerce une influence décisive sur la politique locale, non seulement comme responsable politique, mais aussi comme journaliste et éminence grise.

Premières années

William Henry Pope est le fils aîné de Joseph Pope, qui, encore adolescent, émigre du sud-ouest de l’Angleterreen 1819. Le père de William Henry Pope fait carrière dans le commerce du bois et les chantiers navals, et occupe également les fonctions d’agent de terres. Il est une grande figure du conservatisme entre 1830 et 1850.

Après avoir commencé ses études sur l’Île-du-Prince-Édouard, William Henry Pope part en Angleterre. Il étudie le droit à l’Inner Temple de Londres avant de revenir s’établir sur l’île. Il est reçu au barreau en 1847 et devient peu après agent de terres pour des clients tels que Charles Worrell, qui part finir ses jours en Angleterre. William Henry Pope acquiert à cette occasion une réputation peu enviable. Alors qu’une loi de rachat de terres vient d’être promulguée par le gouvernement libéral, son beau-père fait croire à M. Worrell que l’État n’est pas disposé à racheter ses propriétés. William Henry Pope et ses partenaires financiers (dont son beau-père) en font eux-mêmes l’acquisition au prix de 14 000 £, pour les revendre peu de temps après à l’État au prix de 24 100 £. Cette escroquerie sans précédent reste dans les annales de l’île.

Carrière politique

William Henry Pope ne se présente à aucune élection dans les années 1850, mais joue un rôle de second plan de plus en plus actif au sein du parti conservateur. Lorsque les Tories accèdent au pouvoir en 1859, il est nommé secrétaire colonial. Au cours de la même année, il devient rédacteur en chef de l’Islander, plus important journal conservateur de la colonie. En face de lui, le journaliste libéral Edward Whelan écrit déjà que « M. Pope est un homme qui devrait inspirer de la crainte, plutôt que du respect, aux tories [...] il est plus astucieux et plus persévérant dans tout ce qu’il entreprend et possède un talent avec lequel aucun autre membre de son parti ne peut rivaliser. » Cette prophétie se réalise, car William Henry Pope est pendant des années la tête pensante du parti conservateur.

Entre 1860 et 1865, William Henry Pope prend part à des échanges verbaux de plus en plus violents avec les écrivains catholiques sur différents thèmes, notamment le pouvoir temporel du pape. De famille méthodiste, mais souvent considéré comme un « infidèle » (vocable insulaire contemporain qui désigne les libres penseurs), il est peu probable qu’il partage tous les sentiments qu’il attise pourtant. D’ailleurs, les conservateurs, qui remportent les élections en mobilisant la majorité protestante contre les catholiques, tentent, en vain, de se réconcilier avec l’évêque local. William Henry Pope met donc son journal au service des conservateurs, qui gagnent les élections les plus polarisées de l’histoire de l’île en 1863. Il emporte également un bastion protestant.

La réputation acquise par William Henry Pope avant que ne surgisse la question de la Confédération est celle d’un individu peu scrupuleux et pour qui la fin justifie les moyens dans les batailles politiques.

Confédération

William Henry Pope accueillit chaudement le projet d’union des colonies. Il considère que la formation de la Confédération est inéluctable et qu’elle donnerait davantage de poids aux Prince-Édouardiens dans les négociations sur le système de tenure à bail (voir Question des terres de l’Île-du-Prince-Édouard). Il prend part aux Conférences de Charlottetown et de Québec, mais doit se rendre à l’évidence : la Confédération ne suscite guère l’enthousiasme de la population locale. Après le retour du Québec des délégués, William Henry Pope s’engage dans un débat houleux sur cette question au sein de son parti, ce qui conduit à la formation d’un nouveau gouvernement conservateur en janvier 1865, dirigé par son frère cadet James Colledge Pope, aux positions pour le moins ambiguës en ce qui concerne la Confédération. William Henry Pope démissionne de ses fonctions de conseiller exécutif et de secrétaire colonial en 1866, et renonce définitivement à se présenter à des élections. Toujours rédacteur en chef de l’Islander, il vise deux objectifs : le rattachement de l’île à la Confédération (la fin) et la reconstruction du parti conservateur en renforçant sa présence au niveau de l’union (les moyens). Sa stratégie consiste à créer la discorde chez les libéraux, qui gagnent les élections législatives de 1867, mais sont aussi confrontés à des problèmes de leadership et se divisent sur les questions des terres et de l’école. William Henry Pope exploite cette division en défendant un appui financier restreint aux établissements scolaires catholiques tout en incitant les catholiques à défendre leurs intérêts.

En 1870, la question de l’éducation provoque une scission du parti libéral. Tous les parlementaires catholiques, sauf un, rallient le deuxième gouvernement de James Colledge Pope, qui se donne pour mission la construction du chemin de fer. Ce projet, défendu depuis des années par son frère aîné, s’avère beaucoup trop dispendieux pour l’île, qui rejoint le Dominion du Canada le 1er juillet 1873.

Voir aussi L’Île-du-Prince-Édouard et la Confédération.

Après la politique

En 1873, William Henry Pope est nommé juge de la Cour du comté de Prince, poste que vient de créer le troisième gouvernement de James Colledge Pope. Il se révèle être un homme de loi particulièrement brillant, qui prononce plusieurs milliers de sentences, dont seules deux doivent être confirmées par le Tribunal suprême de l’île, démontrant l’étendue de son réseau et de ses intérêts. À la veille de sa mort, il entreprend des recherches en Angleterre afin de rédiger l’histoire de l’île. Il est élu à trois reprises membre du Club Athenaeum de Londres et figure parmi les 15 membres honoraires non britanniques de cette institution.

Héritage

Outre son travail de juge, William Henry Pope laisse en héritage son engagement indéfectible en faveur de la Confédération. Il fait aussi preuve d’une détermination brutale et d’un penchant pour l’intrigue. En 1870, huit jours après la deuxième nomination de son frère au poste de premier ministre provincial, il écrit une lettre « privée et confidentielle » au premier ministre sir John A. Macdonald. Selon lui, l’heure est venue pour le Ministère des Colonies d’« accentuer la pression » et les autorités de Charlottetown doivent savoir que, si elles ne négocient pas avec Londres, celle-ci imposera ses conditions. Il insiste néanmoins pour qu’Ottawa s’abstienne de communiquer sur le sujet avec les autorités de l’île, offrant ainsi la preuve de sa propension à manœuvrer dans l’ombre.