Dossiers de la Commission de secours d’Halifax

Après l’explosion d’Halifax, le 6 décembre 1917, la Commission de secours d’Halifax est créée par legouvernement fédéral pour aider à reconstruire la ville et à administrer les services sociaux pour les victimes de l’explosion. Quatorze dossiers ont été sélectionnés pour une révision par la Champlain Society : neuf femmes et cinq hommes rendus veuves et veufs par l’explosion.

Cet échantillon témoigne de 19 morts causées par l’explosion, de 8 personnes envoyées à l’hôpital pour cause de blessures graves (aux yeux ou autre), ainsi que des dommages moins graves, dont le choc, sur plusieurs autres personnes. L’explosion fait donc 48 orphelins et laisse dans le besoin 3 femmes, enceintes en plus de priver 8 ménages d’une demeure habitable.

Perte de revenus familiaux

En plus de l’extrême difficulté émotionnelle associée au désastre, la mort d’un époux signifie habituellement la perte du principal revenu d’une famille. Quant à la mort d’une épouse, elle représente la disparition de la personne responsable de la gestion du ménage et, à l’occasion, de celle qui rapporte des revenus supplémentaires.

Les enfants les plus vieux peuvent aider à l’entretien de la maison ou encore travailler pour fournir un peu d’argent en plus, souvent nécessaire à la survie de leurs proches. Il est également possible pour certaines familles de bénéficier de l’argent que leur envoient leurs enfants partis à la guerre. La famille élargie offre également à certains un incroyable réseau de soutien : ils peuvent prendre des réfugiés chez eux, devenir parents adoptifs ou aider à l’entretien de la maison. Malgré tout, une part importante de l’aide touchée par les veufs et les veuves provient du Comité de secours aux citoyens et son organisme successeur, la Commission de secours d’Halifax.

Veuves

Annie Watson subit la perte de son mari, de son fils aîné et de sa maison lors de l’explosion. Hospitalisée et enceinte, elle devient la seule responsable de cinq (bientôt six) enfants en bas âge dont l’un qui, grièvement blessé, décède rapidement de diphtérie. Son cas doit être immédiatement pris en charge par ceux responsables de distribuer des secours, qui doivent notamment trouver une solution quant au logement et fournir une pension à Annie Watson.

L’époux de Cassie Christopher meurt également des suites de blessures causées par l’explosion, et leurs trois jeunes enfants sont envoyés à l’hôpital pour de graves fractures. Elle reçoit alors un diagnostic de tuberculose avancée. Les efforts pour la soigner demeurent vains, et la mort de Cassie Christopher laisse donc trois orphelins, qui sont confiés à leur grand-mère.

En plus de perdre son époux et sa demeure à cause du désastre, Frances Coleman, blessée, a désormais l’entière charge de ses quatre enfants. Grâce aux gestes héroïques posés par son mari, Vince, juste avant sa mort, elle bénéficie toutefois d’une aide particulièrement généreuse de la part de la Commission.

Effie Preston perd son époux alors qu’il travaille à la raffinerie de sucre du secteur nord. Malheureusement, ayant été en grève une bonne partie de l’année 1917, il avait été obligé de puiser profondément dans les économies familiales, et la compensation financière fournie par le syndicat à sa femme et ses trois enfants s’en trouve considérablement réduite. Si le soutien financier de la Commission et les dons privés permettent à Effie Preston d’éviter l’extrême pauvreté, l’avenir pour elle sera rempli d’épreuves.

Annie Squires perd non seulement son mari, mais aussi son partenaire d’affaires avec qui elle dirigeait son commerce. Puis, alors qu’elle lutte pour subvenir aux besoins de ses quatre enfants, elle s’aperçoit que le personnel de secours est sceptique quant à ses chances, en tant que femme seule, de gérer un commerce.

Au contraire, les membres des équipes de secours sont d’une grande délicatesse avec Mary Condon, sans doute parce que son défunt époux, capitaine des pompiers, est réputé avoir trouvé la mort dans des circonstances héroïques.

Veufs

S’il est difficile de généraliser l’expérience d’une femme rendue veuve par l’explosion, la situation des veufs est elle aussi fort différente d’une personne à l’autre. Par exemple, la perte de son épouse et de sa fille provoque un vrai chaos au sein du ménage de Thomas Bayers. Malgré les efforts continus de la Commission de secours d’Halifax, l’ordre n’est rétabli qu’après son remariage.

La famille McTiernan est elle aussi en déroute : privé de la bonne influence de sa femme, Cornelius se laisse entraîner dans l’abus d’alcool et la violence, deux choses que le personnel de secours ne peut pas contrôler.

La famille de Richard Stewart, soldat en poste en France au moment du drame, se désintègre elle aussi lorsque sa mère et son épouse sont tuées dans l’explosion. Le personnel de la Commission, agissant de pair avec les autorités de l’armée et de l’église, place ses huit enfants soit chez des membres de la parenté, soit à l’orphelinat. Brièvement de retour chez lui en permission, ce père, dévasté, décide de mettre tous ses enfants en adoption plutôt que de tenter de réunir sa famille.

En comparaison, la famille Newcombe fait preuve d’une extraordinaire résilience malgré sa situation difficile. Ayant perdu une mère et un enfant en bas âge, malgré leur demeure détruite et leur père hospitalisé à l’extérieur de la ville pour une jambe cassée, les aînés se rassemblent et, avec l’aide fournie par la Commission, décident de rebâtir leur vie ensemble.

Quant à George Ridgeley, lorsque sa femme enceinte subit une fausse couche, puis meurt d’un cancer, il parvient à convaincre le personnel de la Commission, pourtant sceptique, qu’il mérite du soutien financier complet, dont des logements pour divers proches qu’il a fait venir en ville pour veiller sur son jeune fils. Cela fait, George Ridgeley se lance dans un second mariage, qui semble être un succès à long terme.

Cet article est une version condensée d’une publication de la Champlain Society, We harbour no evil design: Rehabilitation efforts after the Halifax Explosion of 1917, édité par David A. Sutherland. Réimprimé avec la permission de la Champlain Society.