Edward Whelan, Père de la Confédération, politicien et journaliste (né en 1824 à Ballina, en Irlande; décédé le 10 décembre 1867 à Charlottetown, sur l’Île-du-Prince-Édouard). Edward Whelan a été l’un des délégués représentant l’Île-du-Prince-Édouard à la Conférence de Québec. En tant que journaliste et législateur sur l’Île-du-Prince-Édouard, il contribue à façonner le parti libéral et est un ardent partisan de la Confédération, contrairement à la plupart des membres de son parti.

Jeunesse

Edward Whelan reçoit une éducation de base, d’abord à Ballina, en Irlande, puis en Écosse. Selon Edward Whelan, sa mère et lui émigrent en 1831 et s’installent à Halifax. Il entre aussitôt à la St. Mary’s School et devient apprenti l’année suivante à l’imprimerie du propriétaire de journal Joseph Howe. Son patron l’encourage à suivre son exemple et à continuer son éducation par la lecture. Tout en étudiant au Séminaire St. Mary’s, Edward Whelan continue de travailler chez Joseph Howe jusqu’en 1842.

La même année, Edward Whelan devient éditeur du Register, un journal destiné aux Irlandais catholiques, particulièrement aux libéraux. La publication demande avec véhémence la fin de l’union entre l’Irlande et l’Angleterre. L’année suivante à Halifax, il tente de créer un nouveau journal sans affiliation ethnique ou religieuse. Le projet ne décolle pas, et il s’installe sur l’Île-du-Prince-Édouard à l’été 1843. Il y fonde le Palladium, un journal bihebdomadaire dédié à la cause réformiste, particulièrement à l’abolition du système prédominant de tenure à bail, un des piliers du parti réformiste.

Voir aussi Question des terres de l’Île-du-Prince-Édouard

Carrière politique

Edward Whelan croit que la question des terres ne peut être résolue que si l’Île-du-Prince-Édouard obtient le gouvernement responsable. D’après lui, cette réforme constitutionnelle fournirait les moyens par lesquels la tenure à bail serait abolie. Sa stratégie consiste à ne pas s’engager dans des solutions précises pouvant provoquer le désaccord des réformistes et de se concentrer à la place sur la question du gouvernement responsable comme préliminaire essentiel. Cependant, le Palladium rencontre des difficultés financières et cesse de paraître en mai 1845.

Edward Whelan envisage de quitter l’île après la faillite de son journal, mais décide de rester après avoir remporté un siège à la Chambre d’assemblée en août 1846. C’est ainsi qu’il devient le représentant de St. Peters, une localité dans l’est de l’île.

Le 7 août 1847, il commence à publier un nouvel hebdomadaire, l’Examiner, où il écrit de brillants articles satiriques et fait preuve d’une grande sagacité. Les portraits et les analyses qu’il fait de ses contemporains sont pertinents aujourd’hui encore.

Edward Whelan forme une alliance solide avec George Coles, un riche entrepreneur et ancien conservateur devenu chef du parti réformiste. Au début de 1850, alors que la lutte pour le gouvernement responsable approche son dénouement, Edward Whelan augmente la fréquence de publication de l’Examiner. Orateur de talent, il prononce plusieurs discours lors de réunions publiques pour la cause. La colonie gagne le gouvernement responsable en avril 1851.

Durant les années 1850, Edward Whelan joue un rôle prééminent dans la défense et la promotion des réformes majeures introduites par les libéraux. Le partenariat George Coles – Edward Whelan devient un aspect légendaire de « l’âge d’or » de l’île. George Coles domine les débats à l’Assemblée, tandis qu’Edward Whelan s’impose en tant que champion journalistique de l’agenda progressif, qui comprend l’extension de la franchise électorale, la gratuité scolaire et une tentative de réforme du système de gestion des terres.

Confédération

Quand l’union des colonies de l’Amérique du Nord britannique émerge en tant que question politique pratique en 1864, Edward Whelan est d’abord sceptique, mais devient vite un partisan enthousiaste. Il prévoit que la Colonial Office, qui avait constamment défendu les propriétaires des mesures réformistes, cesserait son « intervention irritante […] dans notre législation locale ».

Edward Whelan est nommé délégué à la Conférence de Québec. Bien qu’il considère que les provisions concernant la représentation de l’île dans les corps législatifs fédéraux sont inadéquates, il continue de soutenir l’union, position qu’il reprend dans l’Examiner. Cependant, il fait partie d’une minorité parmi les îliens, particulièrement dans les rangs du parti libéral. En 1866, il se plaint d’être plus malmené que jamais à cause de sa position.

L’année suivante, il subit une défaite électorale pour la première fois. Profondément divisés, les conservateurs sont battus par les libéraux, et Edward Whelan conserve d’abord son siège. Cependant, en acceptant le poste d’imprimeur de la reine, il est forcé de se présenter devant ses électeurs lors d’une élection partielle qui est remportée par Edward Reilly, un autre libéral qui avait autrefois été son employé. Plusieurs facteurs contribuent à la défaite d’Edward Whelan, mais il est indéniable que la question de la Confédération était l’une d’entre elles.

Voir aussi l’Île-du-Prince-Édouard et la Confédération

Après la politique

Edward Whelan semble ne s’être jamais remis de cette défaite. Sa santé décline peu à peu pendant plusieurs mois. Le 10 décembre, il meurt d’un œdème à l’âge de 43 ans. Plusieurs voient en lui un personnage tragique, une vision corroborée par sa vie privée. Marié deux fois, il perd sa première femme (de 11 ans son aîné) en 1845, 5 mois après leur mariage. Et parmi ses enfants, seul Edward junior lui survit, mais meurt noyé à 19 ans.

Héritage

Avant tout, l’histoire se souvient d’Edward Whelan comme étant le journaliste le plus talentueux ayant vécu sur l’Île-du-Prince-Édouard, et ce, à juste titre. Comme il est arrivé dans la colonie dans sa jeunesse pour créer sa publication réformiste, sa brillance n’est que renforcée par sa précocité. Il se trouve au centre de toutes les questions majeures de son arrivée sur l’île jusqu’à sa mort : la question des terres, le gouvernement responsable, les luttes concernant la relation appropriée entre la religion et l’éducation et finalement la Confédération. Son plus grand succès est sans doute l’obtention du gouvernement responsable après une lutte remportée en partie grâce à la stratégie qu’il avait formulée pour les réformistes. Cependant, comme tous ses contemporains, il ne parvient pas à résoudre la question des terres une fois pour toutes. De plus, sa position concernant le lien entre Église et État est complexe et difficile, et quant à la Confédération, il meurt avant de voir sa cause menée à bien.