Thomas Joseph « Tom » Mulcair, chef de l'Opposition officielle de 2012 à 2015, avocat, professeur d'université, politicien provincial et fédéral (né le 24 octobre 1954 à Ottawa, en Ontario); B.C.L. (McGill, 1976), LL.B. (McGill, 1977). Nommé au Conseil privé de la Reine pour le Canada en septembre 2012.

Thomas Mulcair a succédé à Jack Layton comme chef du Nouveau Parti démocratique, en mars 2012. Avant son entrée en politique fédérale en 2007, Mulcair était membre de l'Assemblée nationale du Québec. Il a exercé les fonctions de ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs sous le gouvernement libéral de Jean Charest. Au Québec, Mulcair a joué un rôle clé dans le renforcement du soutien au NPD lors des élections fédérales de 2011, après lesquelles le NPD est devenu l'Opposition officielle. Cependant, sous la direction de Mulcair, le NPD a glissé au troisième rang lors des élections du 19 octobre 2015, alors que le Parti libéral dirigé par Justin Trudeau a remporté la majorité.

Études et début de carrière

Thomas Mulcair naît à Ottawa d'une mère canadienne‑française et d'un père irlando‑canadien. Deuxième d'une famille de dix enfants, il grandit à Laval, au nord de Montréal. Mulcair étudie le droit à l'Université McGill. Il obtient son baccalauréat en droit civil (B.C.L.) en 1976 et son baccalauréat en common law (LL.B.) en 1977. Il assume également la présidence de l'Association des étudiant-e-s en droit de McGill et siège au conseil de l'Association étudiante de l'Université McGill.

Après son admission au Barreau du Québec en 1979, Mulcair travaille pour la Direction générale des affaires juridiques et législatives du ministère de la Justice du Québec, et pour la Direction des affaires juridiques du Conseil de la langue française. En 1983, il devient directeur des affaires juridiques d'Alliance Québec, puis fait son entrée dans un cabinet de droit privé en 1985. De 1987 à 1993, Mulcair assume le mandat de président de l'Office des professions du Québec. Il enseigne aussi le droit à l'Université du Québec à Trois-Rivières et à l'Université Concordia.

Carrière politique

Bien que Thomas Mulcair soit membre de longue date du Nouveau Parti démocratique, au palier fédéral, il s'est auparavant porté candidat libéral pour obtenir un siège à l'Assemblée nationale du Québec. En 1994, il remporte la circonscription de Chomedey, à Laval, et est réélu en 1998 et en 2003. Comme membre de l'opposition, il joue le rôle de critique en matière de justice et d'industrie. Après que le Parti libéral du Québec accède au pouvoir en 2003, Charest nomme Mulcair ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs. En tant que ministre, Mulcair lance un Plan de développement durable en 2004. Ce plan comprend une proposition d'ajout d'un nouveau droit à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec : le « droit de vivre dans un environnement sain où la biodiversité est préservée » (Loi sur le développement durable, 2006). À la suite d'un processus de consultation élargie, l'Assemblée nationale du Québec adopte cette loi en avril 2006.

En février 2006, le premier ministre Charest remanie son Cabinet. Il offre à Mulcair le poste de ministre des Services gouvernementaux, rétrogradation évidente. Mulcair démissionne en guise de protestation. Il prétend que ce changement est causé par ses nombreux désaccords avec Charest, dont celui portant sur le projet de transfert de terrains du parc provincial du Mont-Orford à des promoteurs de copropriétés du secteur privé.

En 2007, Mulcair fait le saut en politique fédérale; il remporte une élection partielle tenue dans la circonscription d'Outremont en septembre. Réélu en 2008 lors des élections générales fédérales, il est élu de nouveau en 2011. Deuxième député fédéral du NPD à se faire élire au Québec (après Phil Edmonston, en 1990), Mulcair est, en fait, le premier candidat du NPD à rafler une circonscription québécoise lors d'une élection générale. Mulcair devient leader adjoint, titre qu'il partage avec Libby Davies, puis lieutenant de Jack Layton au Québec. Après que le NPD forme l'Opposition officielle, à la suite des élections générales de 2011, Mulcair devient chef de l'Opposition à la Chambre des communes.

Direction du NPD

Deux mois environ après le décès de Jack Layton, chef du NPD, en août 2011, Thomas Mulcair annonce sa candidature au leadership. Il est élu dirigeant du parti en mars 2012. En tant que chef de l'Opposition, ses politiques suscitent une certaine controverse, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du NPD. Tout comme Mulcair, la plupart des fidèles du parti prônent le maintien du Registre canadien des armes à feu. Cependant, certains sympathisants (et opposants) sont étonnés de son ouverture à l'égard du libre‑échange, qui diffère de la rhétorique proposée jusque-là par le NPD.

En janvier 2013, le NPD dépose un « projet de loi sur l'unité » pour remplacer la Loi sur la clarté. Cette suggestion provoque un plus grand litige. La Loi sur la clarté a été proposée par les Libéraux après le référendum du Québec (1995), puis adoptée en 2000. Elle stipule qu'une nette majorité de Québécois doit voter oui à une question référendaire formulée clairement, avant que le gouvernement fédéral n'accepte de négocier les modalités d'une séparation. En octobre 2012, le Bloc Québécois soumet un projet de loi pour faire abroger la Loi sur la clarté, incitant le NPD à proposer son option de rechange : une proportion de 50 % plus un du vote constituerait une nette majorité, et elle suffirait à déclencher des débats sur la séparation. Cependant, selon les premiers sondages menés à ce sujet, la plupart des Canadiens croient que ce pourcentage devrait être plus élevé. Bon nombre de dirigeants provinciaux du NPD refusent de commenter la question.

Mulcair essuie également des critiques en raison de son appui à Gary Freeman, Américain condamné pour avoir fait feu sur un policier de Chicago, lors de son arrestation en 1969. Freeman s'est enfui peu de temps après l'incident et s'est frayé un chemin jusqu'au Canada; il a épousé une Canadienne et a élevé une famille dans la région de Toronto. En 2004, il est arrêté, puis déporté aux États‑Unis en 2008. Après avoir purgé une peine brève de 30 jours (ayant plaidé coupable à des accusations de batterie grave), Freeman se fait interdire son retour au Canada pour y rejoindre sa famille. Mulcair défend la cause de Freeman pendant trois ans avant de le rencontrer publiquement dans un restaurant de Washington, en mars 2013. Le ministre de la Citoyenneté Jason Kenney, entre autres, critique Mulcair pour son appui à Freeman.

Par ailleurs, Mulcair subit des attaques pour ses commentaires sur les projets de pipelines Keystone XL et Enbridge Northern Gateway. Mulcair rejette clairement ce dernier en invoquant des arguments environnementaux. Lors de sa visite à Washington D.C., en mars 2013, il exerce des pressions auprès des Américains pour empêcher l'approbation du projet de pipeline Keystone XL, qui s'étendrait de l'Alberta au Nebraska. Il affirme que la sécurité énergétique du Canada et la protection des emplois canadiens constituent la priorité de son parti. Il prône la création d'un pipeline ouest‑est, qui transporterait le pétrole de l'Ouest canadien vers la côte est du Canada, où on le raffinerait. Mulcair attire de nombreuses critiques pour avoir compromis les intérêts nationaux. Néanmoins, il soutient que si on pouvait assurer la sécurité énergétique du Canada et réaliser un projet de pipeline ouest‑est, le débat sur le projet Keystone XL, entre autres, pourrait reprendre. De plus, il affirme qu'un gouvernement du NPD obtiendrait un meilleur appui du public pour ces projets, puisqu'il commanderait des analyses environnementales plus rigoureuses que le gouvernement conservateur.