Premières années

Issue d’une famille de sept enfants et fille d’un pasteur pentecôtiste, Susan Aglukark (dont le nom inuit est Uuliniq) a grandi dans plusieurs communautés de la région de Keewatin, dans les Territoires du Nord-Ouest, avant de s’installer en 1978 à Arviat (anciennement Eskimo Point). Elle se produit régulièrement au sein de la chorale de l’église de son père, chante des hymnes durant toute son enfance et apprend ses premiers accords de guitare à 15 ans, lors d’un camp biblique à Cambridge Bay. Après ces études secondaires, elle déménage à Ottawa où elle est embauchée comme linguiste au sein du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (aujourd’hui Affaires autochtones et du Nord Canada). Elle travaille ensuite avec le groupe de pression Inuit Tapirisat du Canada tout en développant ses talents musicaux.

Début de carrière

En 1990, Susan Aglukark rencontre Randall Prescott, un producteur de CBC North basé à Ottawa, qui l’inclut dans un album de compilation où sont rassemblés plusieurs artistes de l’Arctique. CBC Radio enregistre son premier album, Dreams for You (1990), qu’Aglukark produit à son propre compte, avant de lancer Arctic Rose (1992). Un vidéo-clip sur la chanson « Searching », subventionné par le gouvernement, gagne le prix d’excellence en cinématographie au concours de MuchMusic et est diffusé régulièrement sur les ondes. En 1993, Aglukark est nommée « Northerner of the Year » par le magazine Up Here tandis que le magazine Maclean’s déclare qu’elle fait partie des « Cent leaders du Canada à surveiller ».

EMI Music Canada prend conscience du potentiel d’Aglukark et lui fait signer un contrat de distribution au niveau mondial en 1993. Chez EMI, Aglukark sort Christmas (1993), une compilation de chants de Noël interprétés en Inuktitut, puis une nouvelle version d’Arctic Rose (1994), qui lui vaut les prix Juno de la Meilleure artiste solo et du Meilleur album autochtone. En 1994, elle reçoit également le prix Vista Rising Star de la Canadian Country Music Association (CCMA) et le prix national d’excellence décerné aux Autochtones dans la catégorie « Arts et spectacles ». C’est la première fois que ce prix est décerné à un artiste du spectacle.

Succès commercial

Susan Aglukark perce dans le circuit commercial grâce à son album This Child (1995) qui combine des mélodies contemporaines et des chants inuits traditionnels ainsi que des textes modernes et des éléments du folklore inuit. Le simple « O Siem », un appel authentique à rejeter le racisme et les préjudices, devient numéro un au hit-parade canadien du country et de la musique contemporaine pour adultes et numéro trois au hit-parade de la pop musique. Aglukark devient ainsi la première artiste Inuk à figurer parmi le Top 40. Elle reçoit un prix SOCAN de la radiodiffusion en 1995 pour « O Siem ». Son simple « Hina Na Ho (Celebration) », très populaire, s’est également fait une place parmi le palmarès des 40 meilleurs chansons pop canadiens. This Child lui a valu une nomination pour le prix Juno du Meilleur album de l’année et celui de la Meilleure interprète féminine de l’année. L’album est certifié triple platine en avril 1998 après la vente de plus de 300 000 copies au Canada.

En 1997, Aglukark apparaît dans un album de compilation Music for The Native Americans produit par Robbie Robertson. En 1998, CBC TV diffuse un épisode de Life and Times à propos de sa vie. Aglukark y raconte avoir été agressée sexuellement par un homme de sa communauté alors qu’elle n’était qu’une enfant. Elle explique comme cette expérience et celle des idées de suicide qui ont suivi ont inspiré son travail auprès des adolescentes dans le Nord. Dans son album Unsung Heroes, publié en 1999, on trouve le single « Turn of the Century », une chanson sur la création du nouveau territoire Nunavut.

En 2003, Aglukark produit son album Big Feeling avec Ben Mink (k.d. lang, Barenaked Ladies) et gagne le Juno du Meilleur album autochtone en 2004. Cette même année, Aglukark est nommée meilleure artiste féminine lors de la remise des Canadian Aboriginal Music Awards.

Performances remarquées

Susan Aglukark s’est produite lors de nombreuses cérémonies et événements diplomatiques. Elle chante ainsi pour la reine Élizabeth II durant les célébrations du 125e anniversaire du Canada en 1992, et une nouvelle fois en 1994 pour le gala des Jeux du Commonwealth. Elle monte également sur scène lors d’événements organisés en l’honneur de Nelson Mandela, de Jean Chrétien, de Brian Mulroney, de Jacques Chirac et d’Adrienne Clarkson.

En 1997, elle chante lors de la remise des Prix nationaux d’excellence décernés aux Autochtones, une cérémonie retransmise à la télévision à l’échelle nationale, et lors du concert bénéfice de la rivière Rouge à Winnipeg (voir Inondation de la rivière Rouge). Elle a aussi participé à la cérémonie d’ouverture officielle des Jeux olympiques spéciaux mondiaux. En 2007, elle chante devant le monument commémoratif de Vimy le jour de l’anniversaire de la bataille de la crête de Vimy. Elle monte également sur scène à l’occasion de la Fête de la Musique Melbourne, du festival WOMAD, du festival de musique Davvi Suvva en Suède et de la cérémonie de remise des Canadian Aboriginal Music Awards.

Susan Aglukark est toujours active aujourd’hui, réalisant des enregistrements et se produisant sur scène. Elle a publié un autre album de chansons de Noël intitulé Dreaming of Home en 2013. C’est également une conférencière inspirante très en demande.

Mentorat et participation à diverses organisations

Susan Aglukark est autant connue pour sa conscience sociale et son activisme que pour son talent de chanteuse et d’auteure-compositrice. Au milieu des années 1990, elle devient la porte-parole officielle de la section Arts et Artisanat du ministère du Développement économique et du Tourisme des Territoires du Nord-Ouest. Elle soutient depuis longtemps les communautés du Nord du Canada et a officié comme porte-parole nationale pour la division autochtone du programme de prévention et de sensibilisation à la toxicomanie et à l’alcoolisme de la GRC ainsi que comme ambassadrice pour le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest.

Aglukark est cofondatrice de l’Aboriginal Literacy Initiative et fondatrice du Arctic Rose Fund qui vise à aider les banques alimentaires du Nord. Elle a été présidente du conseil d’administration de l’Arctic Children and Youth Foundation et a représenté les Inuits canadiens lors de la Conférence mondiale sur les droits de l’homme au Vietnam. En 2007, elle est devenue la porte-parole officielle du programme de mentorat pour les Autochtones « Empowering Our Little Sisters ».

En 2008, Aglukark est nommée chercheuse en résidence à l’Université de l’Alberta. Elle y conseille des artistes autochtones et aide à développer un programme conjoint d’études autochtones, de loisirs, de sport et de santé communautaire. En 2016, elle est nommée membre associée en matière de créativité au Centre interdisciplinaire pour la culture et la créativité de l’Université de Saskatchewan. Elle présente une série d’exposés, donne un cours et sert de mentor aux étudiants dans le cadre du programme de réalisation des étudiants autochtones. Elle siège également au comité de sélection pour le prix Inspiration Arctique.

Prix

Vista Rising Star, prix offert par la CCMA (1994)

Prix national d’excellence décerné aux Autochtones, Arts et culture (1994)

Meilleure artiste solo, prix Juno (1995)

Meilleur album autochtone (Arctic Rose), prix Juno (1995)

Meilleur album autochtone de l’année (Big Feeling), prix Juno (2004)

Doctorat honorifique en art de l’Université de Lethbridge (2004)

Officier, Ordre du Canada (2004)

Doctorat honorifique en droit de l’Université de l’Alberta (2005)

Médaille du jubilé de diamant de la Reine Elizabeth II, gouvernement du Canada (2012)

Doctorat honorifique en lettres, Université Laurentienne (2015)

Prix de réalisation artistique (musique populaire), Prix du Gouverneur général (2016)

Doctorat honorifique, Université de Toronto (2017)

Une version de cet article a été publiée initialement dans l’Encyclopédie de la musique au Canada.