Sir Clifford Sifton, CP, chevalier de l’Ordre de Saint-Michel et Saint-Georges, CR, avocat, personnage politique, homme d’affaires (né le 10 mars 1861 près d’Arva, dans le Canada-Ouest; décédé le 17 avril 1929 à New York). L’un des hommes politiques les plus remarquables de son temps, Clifford Sifton est surtout connu pour son importante promotion de l’immigration, visant à coloniser les Prairies occidentales. Sous sa gestion, l’immigration au Canada a considérablement augmenté, passant de 16 835 habitants en 1896 à 141 465 habitants en 1905. Homme politique libéral d’une influence considérable et à la fois visionnaire, il est aussi une figure controversée. Clifford Sifton défend un système scolaire unique et s’oppose au financement public des écoles confessionnelles, écartant les principales préoccupations des catholiques francophones. Son frère, Arthur Lewis Sifton, est le premier ministre de l’Alberta de 1910 à 1917.

Enfance et formation

Né en 1861, Clifford Sifton est le fils de Kate Watkins et John Wright Sifton. Ce dernier est un méthodiste wesleyen qui soutient la politique de George Brown et Alexander Mackenzie. Agriculteur au moment de la naissance de Clifford, John Sifton devient un homme d’affaires et un entrepreneur ferroviaire. En 1874, il obtient des contrats gouvernementaux pour construire deux tronçons du chemin de fer Canadien Pacifique, ainsi qu’une ligne de télégraphe au nord de Winnipeg. Ainsi, la famille déménage au Manitoba en 1875, mais Clifford Sifton retourne en Ontario en 1876, où il fréquente le Victoria College, à Cobourg. Dans son enfance, il est frappé de surdité partielle par la scarlatine. Clifford Sifton se consacre à ses études; en 1880, il décroche son diplôme, terminant premier de classe. En 1882, après un stage de deux ans au cabinet Samuel Clarke Biggs, à Winnipeg, il est admis au Barreau du Manitoba. Par la suite, il ouvre un cabinet d’avocats avec son frère, Arthur Lewis Sifton, à Brandon, au Manitoba.

Politique du Manitoba

La famille Sifton est active dans la politique nationale et locale. Son père soutient les campagnes d’Alexander Mackenzie et gagne deux fois l’élection à l’Assemblée législative du Manitoba (1878 et 1881). Clifford Sifton soutient les campagnes de réélection de son père en 1882 et en 1886 (les deux ont été des défaites). Au scrutin de 1888, Clifford Sifton se présente à l’Assemblée législative du Manitoba comme candidat libéral. Il est élu député provincial de la circonscription de Brandon-Nord, faisant partie du nouveau gouvernement sous la direction de Thomas Greenway. Les libéraux du Manitoba s’opposent à la politique du gouvernement conservateur du premier ministre sir John A. Macdonald, visant en particulier à maintenir le monopole ferroviaire par le chemin de fer Canadien Pacifique. Les libéraux veulent instaurer une concurrence réelle et abaisser le fret. Ils se méfient aussi du gouvernement provincial dirigé par John Norquay, qui, selon eux, est contrôlé par le gouvernement fédéral. L’issu du scrutin provincial de 1888 remporté par les libéraux du Manitoba marque un changement de politique en vue d’accroître les droits provinciaux. Le signe le plus évident apparut lors du débat concernant la question des écoles du Manitoba.

Débat scolaire au Manitoba

En 1890, le gouvernement libéral de Thomas Greenway établit un « réseau d’écoles nationales » au Manitoba. En vertu de la Loi sur les écoles publiques de 1890, seules les « écoles nationales » seraient subventionnées par le gouvernement provincial. Même si les écoles confessionnelles étaient autorisées, elles ne recevraient aucun financement provincial. Pourtant, cela met en péril la Loi sur le Manitoba de 1870, visant à garantir aux catholiques francophones et aux protestants anglophones l’administration d’écoles séparées financées par l’État. La minorité catholique conteste rapidement la nouvelle loi en intentant des poursuites : la cause Barrett c. la municipalité de Winnipeg en 1890 et celle de Brophy et autres c. le procureur général du Manitoba en 1893. Les causes sont entendues par les tribunaux du Manitoba, la Cour suprême du Canada et le comité judiciaire du Conseil privé en Angleterre. Clifford Sifton, qui est nommé procureur général et commissaire provincial des terres en 1891, et ministre de l’Éducation en 1892, défend habilement le système scolaire national et joue un rôle clé dans la négociation d’un règlement avec le gouvernement fédéral. Connu sous le nom « compromis Laurier-Greenway », le règlement autorise l’instruction religieuse limitée dans les écoles et l’éducation bilingue dans les écoles où dix élèves ou plus parlaient une langue autre que l’anglais. (Voir Question des écoles du Manitoba.)

Développement ferroviaire

Avec l’élection des libéraux du Manitoba, en 1888, le monopole du chemin de fer Canadien Pacifique prend fin. Bien que cela ait permis l’achèvement du Red River Valley Railwayet entraîne une réduction des taux de fret, l’expansion des chemins de fer bloque au Manitoba. Ce ralentissement résulte en grande partie des problèmes de financement de la construction. En 1895, Clifford Sifton imagine un nouveau système de financement de la construction ferroviaire dans lequel le gouvernement provincial garantit le capital et les intérêts sur les obligations ferroviaires. Aussi, il travaille avec les entrepreneurs ferroviaires Donald Mann et William Lyon Mackenzie pour terminer le chemin de fer Lake Manitoba, qui deviendra partie intégrante du réseau ferroviaire du chemin de fer Canadien du Nord en 1899.

Politique fédérale

Le 17 novembre 1896, après avoir négocié le compromis Laurier-Greenway au sujet de la question des écoles du Manitoba, Clifford Sifton rejoint le gouvernement de Wilfrid Laurier, devenant ministre fédéral de l’Intérieur et surintendant général des Affaires indiennes, qui comprend les attributions de l’immigration et de la colonisation des Prairies.

Convention du Nid-de-Corbeau

Clifford Sifton se distingue par son énergie, sa maîtrise de l’organisation politique, son esprit d’analyse pénétrant, sa conception dynamique du rôle du gouvernement pour stimuler le développement et sa profonde compréhension des problèmes matériels ainsi qu’économiques du Canada. Il est le principal négociateur de l’entente de la Convention du Nid-de-Corbeau avec la compagnie du chemin de fer Canadien Pacifique, qui accorde à la société ferroviaire une subvention en espèces (3,3 millions de dollars) et l’accès à l’intérieur de la Colombie-Britannique. Cette entente prévoit en contrepartie une réduction des tarifs pour l’expédition des céréales et de la farine vers l’Est, qui aide les agriculteurs des Prairies, et l’importation dans l’Ouest des produits manufacturés, qui aide les colons.

Immigration

La propagande énergique sur l’immigration par Clifford Sifton connaît un immense succès. Sous sa direction, le ministère de l’Intérieur favorise le peuplement dans l’Ouest canadien, profitant d’une forte reprise économique qui rend l’agriculture plus attrayante dans l’Ouest. Le département cible des colons agriculteurs aux États-Unis, en Grande-Bretagne et de façon très controversée en Europe centrale et orientale. Les Canadiens d’expression anglaise ont des inquiétudes, car les immigrants de l’Europe centrale et de l’Est constituent une menace pour leur culture, contrairement aux immigrants américains et britanniques, qui partagent leurs valeurs. Contre les attaques de ces nativistes, il défend les « vigoureux paysans en manteaux de peau de mouton », qui transforment des régions les plus hostiles de l’Ouest en des fermes productives. De 1896 à 1905, le nombre annuel d’immigrants arrivant au Canada passe de 16 835 à 141 465. Cependant, certaines personnes ne sont pas les bienvenues comme immigrantes, par exemple les Européens du Sud, les Noirs, les citadins britanniques, les Asiatiques de l’Est, car, de l’avis de Clifford Sifton, elles sont peu aptes à l’exploitation agricole.

Traitement des peuples autochtones

Alors que Clifford Sifton veut installer des agriculteurs européens dans l’Ouest, il affiche peu d’intérêt pour les peuples autochtones de cette région. Il réduit non seulement les coûts administratifs du ministère des Affaires indiennes, mais aussi les crédits alloués à l’éducation des Autochtones. Son intérêt primordial est d’ouvrir l’Ouest canadien pour la colonisation de même que la spéculation. En 1899, il approuve le Traité no 8, par lequel la Couronne obtient près de 850 000 km2 de tout ce qui constitue alors les Territoires du Nord-Ouest et la Colombie-Britannique, le nord-ouest actuel de l’Alberta, le nord-ouest de la Saskatchewan et certaines parties plus contemporaines des Territoires du Nord-Ouest et de la Colombie-Britannique. La principale motivation de la Couronne est la sécurisation du passage pour les prospecteurs des gisements alluvionnaires en direction du Yukon.

Ruée vers l’or du Yukon et conflit concernant la frontière avec l’Alaska

Clifford Sifton est également responsable de l’administration du Yukon pendant la ruée vers l’or. L’une de ses politiques les plus controversées concerne sa tentative de remplacer l’exploitation individuelle des placers par son appui à des investissements capitalistes visant une exploitation mécanisée à grande échelle des gisements aurifères. Il échoue également dans sa négociation pour un itinéraire direct des champs aurifères du Yukon au Pacifique, par le Panhandle d’Alaska. Il s’agit de la limite contestée entre le sud-est de l’Alaska et la côte de la Colombie-Britannique. Clifford Sifton est l’agent responsable de présenter le cas du Canada en 1903 au Tribunal frontalier de l’Alaska, qui a décidé en faveur de la revendication américaine (voir Conflit concernant la frontière avec l’Alaska).

Démission et fin de sa vie

Clifford Sifton démissionne du Cabinet le 27 février 1905, à la suite d’un différend avec le premier ministre Wilfrid Laurier au sujet de la politique scolaire pour l’Alberta et celle pour la Saskatchewan. Il estime que les nouvelles provinces doivent idéalement avoir un régime scolaire unique. Il défend sa conviction selon laquelle les dispositions sur l’éducation semblent accorder des privilèges à la minorité catholique. Clifford Sifton siège à titre de député indépendant au Parlement jusqu’en 1911, jusqu’au moment où il rompt avec le Parti libéral au sujet de la réciprocité avec les États-Unis. Il ne s’est pas porté candidat aux élections suivantes, mais il a soutenu les conservateurs antiréciprocité, contribuant à leur victoire aux élections générales de septembre 1911.

De 1909 à 1918, Clifford Sifton est président de la Commission de la conservation. Il fait la promotion d’une vaste gamme de mesures de conservation visant à gérer efficacement les ressources naturelles. Il est nommé chevalier le 1er janvier 1915, devenant chevalier de l’Ordre de Saint-Michel et de Saint-Georges.

Quatre des fils de Clifford Sifton sont des soldats dans l’Armée canadienne. Il soutient la participation du Canada lors de la Première Guerre mondiale. Lui et sa femme, Elizabeth Armanella (Arma) Burrows, passent une grande partie de la guerre en Grande-Bretagne pour se rapprocher de leurs fils. En 1917, lorsqu’ils reviennent au Canada, le pays est plongé dans la crise de la conscription. Clifford Sifton aide à convaincre les libéraux partisans de la conscription de l’Ouest de se joindre à Robert Borden pour former en 1917 un gouvernement d’union, mais l’échec du gouvernement de l’Union à adopter un programme de réformes intérieures, au-delà de l’accent porté sur la guerre, le déçoit. En 1925, il prononce plusieurs discours d’appui aux libéraux sous William Lyon Mackenzie King, qui, comme Clifford Sifton, croit que le Canada doit être plus indépendant de la Grande-Bretagne.

Clifford Sifton meurt d’une insuffisance cardiaque à New York, où il est allé consulter un spécialiste. Il laisse une succession évaluée à près de dix millions de dollars. Il reste très secret au sujet de ses affaires privées et commerciales. Il investit dans l’immobilier au début de sa carrière, et dans les ressources et les transports après sa démission du Cabinet, en 1905. Cependant, son acquisition la plus importante est celle du Manitoba Free Press en 1898. Son éditeur, John Wesley Dafoe, devient son plus proche confident et son éventuel biographe.