Sheila Watson, née Doherty, romancière, critique et professeure (New Westminster, C.-B., 24 oct. 1909 -- Nanaimo, 1er févr. 1998). La publication de son roman The Double Hook (1959; trad. Sous l'oeil de Coyote, 1976) marque le début de la littérature contemporaine au Canada. Elle fréquente l'U. de la Colombie-Britannique, puis termine un doctorat à l'U. de Toronto sous la direction de Marshall McLuhan. Spécialiste réputée de la période des débuts du modernisme en Grande-Bretagne et, plus particulièrement, de l'oeuvre de Wyndham Lewis, elle enseigne d'abord en Colombie-Britannique, puis à l'U. de l'Alberta. Elle est l'épouse de l'écrivain et professeur Wilfred Watson, avec qui elle prendra sa retraite à Vancouver, en 1980. Elle reçoit la Médaille Lorne Pierce de la Société Royale du Canada en 1984.

Watson publie Four Stories en 1979, suivi de And the Four Animals en 1980. Ces deux récits sont intégrés par la suite à Five Stories (1984). Ses critiques ont fait l'objet d'un numéro spécial de Open Letter (1974). Elle est aussi fondatrice et rédactrice en chef du périodique

White Pelican

(1971-1975). Un recueil d'essais,

Figures in a Ground

, est publié en son honneur en 1978. The Collected Works of Miriam Mandel (éd. par Watson) paraît en 1984. Elle publie, en 1992, Deep Hollow Creek, un roman qu'elle a écrit beaucoup plus tôt, soit au début des années 30.

Par son audace intellectuelle, la confiance qu'elle a en ses lecteurs et l'attitude sceptique qu'elle adopte face à la nature même du langage, Watson a rendu possible l'essor de la littérature contemporaine au Canada. The Double Hook (trad. Sous l'oeil de Coyote)présente, de façon concise et symbolique, un drame de désintégration sociale et de rédemption dans un village isolé de la Colombie-Britannique. Selon l'auteur, ce roman décrit comment, s'ils n'ont dans leur vie ni art, ni tradition, ni rituel, les gens sont portés à la violence ou à l'insensibilité. Elle insiste sur le caractère essentiel des rituels médiateurs qui se manifestent dans l'expression artistique. Elle présente ces thèmes dans un style qui oscille entre deux registres, à la fois local et universel, réaliste et symbolique.

Des écrivains, tel Robert Kroetsch, ont vu dans ce double registre une caractéristique fondamentale de la culture canadienne, un équilibre des contraires. Deep Hollow Creek reprend de nombreux thèmes présents dans Sous l'oeil de Coyoteet les traite de manière plus directe et conventionnelle, mais dans un style toujours elliptique et stimulant. Il est fascinant de songer à l'évolution qu'aurait connue le roman canadien si ce brillant ouvrage avait été publié l'année de sa rédaction.