La sécheresse est un état d'aridité provoqué par des précipitations plus faibles que la normale pendant une période prolongée. Elle commence par une diminution du taux d'humidité du sol, puis des réserves de surface et de la nappe phréatique. En période de sécheresse, la croissance des plantes ralentit, et il faut restreindre la consommation, à des fins domestiques, municipales, agricoles et industrielles, des réserves de surface et de la nappe phréatique.

Une sécheresse peut perturber momentanément l'écosystème et favoriser la propagation de certains insectes nuisibles et de maladies animales et végétales.

Les plantes xérophiles (qui peuvent vivre dans des lieux secs) ont tendance à remplacer la végétation normale tandis que les animaux sauvages et domestiques détruisent ce qui reste de végétation, mettant en danger la croissance ultérieure des plantes. La sécheresse crée aussi des conditions favorables aux incendies forestiers.

Des sécheresses frappent le monde entier depuis des millions d'années. On découvre l'existence de sécheresses préhistoriques en étudiant les anneaux de croissance des arbres, les sédiments des lacs et océans et les carottes de glace prélevées dans les glaciers. Des écrits anciens les relatent aussi. Plus récemment, de grandes sécheresses s'abattent dans les années 1930 sur les prairies de l'Amérique du Nord, dans les années 1970, 1980 et au début des années 1990, sur le Sahel (région semi-désertique entre l'Éthiopie et le Sénégal), en 1975-1976, sur la Grande-Bretagne, en 1976-1977, sur la Californie, dans les années 1990, sur l'Asie du Sud-Est et pendant la première décennie du XXIe siècle, sur l'Australie.

Types de sécheresses

Il n'y a pas de définition universelle du mot sécheresse, elle dépend de la façon dont les humains la perçoivent. Par conséquent, les critères de définition sont multiples : les précipitations, le débit des cours d'eau, le niveau des lacs, le niveau de la nappe phréatique, le degré d'humidité du sol, le rendement agricole et les rigueurs économiques.

Sécheresse météorologique
On mesure l'intensité de la sécheresse météorologique en comparant la quantité des précipitations reçues à la quantité normale de précipitations « prévues ». Pour évaluer une telle sécheresse, il faut tenir compte de facteurs comme la quantité totale de précipitations reçues pendant une période donnée (semaine, mois, année), le temps écoulé entre les pluies substantielles et l'époque à laquelle elles sont tombées.

Sécheresse agricole
La sécheresse agricole survient lorsque l'humidité du sol n'est pas suffisante pour les cultures agricoles. Causée par la sécheresse météorologique, elle s'aggrave avec les pertes dues à l'évapotranspiration. La jachère diminue la gravité d'une sécheresse agricole en maintenant dans le sol l'humidité emmagasinée l'année précédente. Dans les régions où l'eau d'irrigation reste accessible et où les réserves d'eau abondent, une sécheresse météorologique ne provoque pas nécessairement une sécheresse agricole.

Sécheresse hydrologique
La sécheresse hydrologique correspond à une diminution des réserves d'eau dans les cours d'eau, les réservoirs de surface et la nappe phréatique. La sécheresse hydrologique est causée par un manque de précipitations accompagné d'une évaporation massive. Cependant, des facteurs non météorologiques, comme la demande en eau, la disponibilité de réservoirs de surface et le forage de puits artésiens, en aggravent l'effet.

Sécheresse socioéconomique
Une sécheresse météorologique, agricole et hydrologique qui persiste pendant une période de temps prolongée entraîne souvent une sécheresse socioéconomique. Ce type de sécheresse correspond à un manque inhabituel d'eau qui a un effet négatif sur la société et l'économie.

Météo et sécheresse

La circulation atmosphérique provoque habituellement l'alternance des systèmes de haute et de basse pression sur une région donnée. Les systèmes de basse pression apportent en général de la pluie et déclenchent la formation d'orages de convection qui causent des pluies torrentielles. Parfois, une situation appelée blocage se produit quand une zone de haute pression devient stationnaire sur une région, repoussant au nord ou au sud les zones de basse pression porteuses de pluie. De tels blocages peuvent empêcher pendant des semaines, des mois et même des années une chute de pluie normale.

Cependant, même si ce type de blocages constitue les causes habituelles, des recherches récentes révèlent que d'autres types de circulation peuvent aussi provoquer une sécheresse. Par exemple, un courant froid du nord subsistant pendant une période prolongée cause de graves conditions de sécheresse sur certaines parties des Prairies canadiennes en 2009.

Les causes de blocage et les autres conditions d'écoulement ne sont pas encore connues. Il est donc difficile de prévoir à long terme les périodes de sécheresse, mais il s'agit d'un domaine de recherche très actif.

Parmi les recherches sur la prévision des sécheresses, la modélisation informatique met l'accent sur la circulation atmosphérique à grande échelle, les diagrammes des températures de la surface de la mer, les processus de précipitations et les interactions sol-atmosphère, l'identification de facteurs physiques ainsi que des comparaisons avec les cycles climatiques antérieurs.

Sécheresses au Canada

La plupart des régions du Canada subissent des sécheresses, mais c'est la région agricole des Prairies canadiennes qui est la plus vulnérable. Les écrits sur les sécheresses antérieures (articles de journaux, journaux des premiers colons et explorateurs) font état d'importantes sécheresses au XIXe siècle dans les Prairies. Les données paléoclimatologiques concernant cette région indiquent que les sécheresses y sont fréquentes et qu'elles peuvent durer pendant des décennies. Plus récemment, une grande sécheresse est enregistrée dans les années 1930.

Par la suite, de plus courtes sécheresses sévissent dans plusieurs régions du Canada, surtout les Prairies (fin des années 1950, début des années 1960, années 1980 et 1999-2005). La sécheresse de 2001-2002 touche presque toute la moitié sud du pays, de la Colombie-Britannique jusque dans les Maritimes.

Au Canada, les effets des sécheresses sont ressentis plus fortement là où les activités agricoles laissent peu de marge de manœuvre au chapitre des réserves d'eau. Le capitaine et explorateur John Palliser repère une de ces régions au cours de ses voyages (1857-1860). Cette terre aride, appelée plus tard le triangle de Palliser, est de forme irrégulière grossièrement délimitée par des lignes joignant Cartwright (Manitoba), Lloydmindster (Saskatchewan), Calgary et Cardston (Alberta). La moyenne des précipitations annuelles y est de 380 mm, alors qu'elle est de 800 mm à Toronto et de 1400 mm à Vancouver et à Halifax.

La sécheresse des années 1930 est marquante par son étendue et sa sévérité, mais surtout à cause des politiques et des programmes gouvernementaux et des méthodes de culture qui en résultent. La sécheresse commence en 1929 et se poursuit, avec des périodes de répit, jusqu'au milieu de l'été 1937. Plus du quart des terres arables (7,3 millions d'hectares) sont touchées. Les effets de la sécheresse sont ensuite aggravés par une grave érosion éolienne de la terre arable. De nombreuses fermes sont alors abandonnées, et les fermiers émigrent (voir Histoire de l'agriculture; Crise des années 1930).

La sécheresse des années 1930 amène les gouvernements fédéral et provinciaux à créer des organismes chargés de mettre sur pied et d'administrer des programmes d'aide aux victimes de la sécheresse. Le plus connu est l'Administration du rétablissement agricole des Prairies, agence créée par une loi adoptée en 1935. Cette agence tente d'aider les fermiers à contrecarrer les effets de la sécheresse en leur fournissant une aide financière et technique pour construire des réservoirs (tranchées et petits barrages). Des terres difficilement cultivables et à faibles rendements sont reprises par l'agence, qui y sème de l'herbe et met des prés communautaires à la disposition des cultivateurs. Les fermiers reçoivent l'aide nécessaire pour se reloger dans des endroits plus favorables où ils peuvent y pratiquer l'irrigation.

Le réseau de fermes expérimentales du Dominion est élargi pour intensifier les recherches et prodiguer aux cultivateurs des conseils sur les récoltes et les méthodes de culture les plus adaptées aux périodes de sécheresse (voir Stations de recherche en agriculture). La pépinière fédérale d'Indian Head fournit gratuitement des arbres aux cultivateurs pour en faire des coupe-vent qui empêchent l'érosion éolienne et favorisent l'accumulation de neige. On invente de nouvelles machines de labour pour remuer le sol le moins possible et le rendre ainsi moins sensible à l'érosion éolienne.

Les programmes d'aide mis en place pendant les années 1930 sont modifiés et élargis grâce à l'expérience acquise au cours de sécheresses subséquentes. Les organismes des gouvernements de l'Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba créent (seuls ou en collaboration avec le gouvernement fédéral) des programmes de construction de stations de pompage à distance pour remplir de petits réservoirs, donner à boire au bétail et réaliser des projets d'irrigation ou de forages de puits.

Futures sécheresses

Selon les données recueillies et les conclusions qui en sont tirées, les sécheresses sont un phénomène périodique. Compte tenu du changement de climat actuel et de la température généralement plus élevée, les sécheresses seront probablement de plus en plus fréquentes à l'avenir, bien qu'il soit difficile d'en être certain.

La difficulté d'en prévoir la date, l'étendue et l'intensité ne devrait pas empêcher de planifier des mesures d'urgence. Dans de nombreuses régions du Canada, la consommation d'eau municipale, agricole et industrielle atteint rapidement la limite des réserves disponibles. Il demeure donc toujours possible qu'une forte sécheresse perturbe sérieusement l'économie. Des études et une planification bien organisées en atténueraient considérablement les effets.

Pour cela, il faut tout d'abord rassembler des renseignements. Environnement Canada recueille des données sur les précipitations, le débit des cours d'eau et les niveaux d'eau, qui complètent celles enregistrées par les organismes provinciaux. Grâce à toutes ces données, il est alors possible d'effectuer des analyses statistiques pour déterminer les conditions moyennes à long terme, le début possible d'une sécheresse et la gravité d'une sécheresse en cours. Des mécanismes pour en atténuer les rigueurs peuvent alors être mis en place.