Le Cabinet du Premier ministre (CPM) est un organisme central qui prend de l'importance vers la fin des années 60. Il diffère des autres organismes centraux du fait que son personnel est constitué de nominations politiques temporaires plutôt que de fonctionnaires de carrière à temps plein, et du fait qu'il ne découle d'aucune disposition législative, son budget faisant partie des prévisions budgétaires du Bureau du Conseil privé (BCP). Le premier ministre décide de l'organisation et du rôle du CPM, dont les fonctions découlent des responsabilités politiques du premier ministre à titre de chef de parti plutôt que de chef du gouvernement. En pratique, la distinction entre les deux aspects est cependant floue, ce qui permet alors au CPM d'empiéter sur le domaine plutôt administratif des autres organismes centraux.

Le CPM est notamment chargé de la liaison avec la presse, des relations publiques, de la correspondance volumineuse du premier ministre et du calendrier des allocutions de ce dernier. Il suggère des candidatures aux nombreuses nominations par décret, par exemple la direction des sociétés de la Couronne et les membres des commissions de réglementation, où la recommandation du premier ministre est essentielle et décisive. Le CPM reste en communication avec la direction du parti à l'extérieur du Parlement et au sein du caucus. D'une façon générale, il sert de poste d'écoute et de « gare de triage », déterminant quelles questions seront portées à l'attention du premier ministre et s'assurant que la bureaucratie ne perd pas de vue les dimensions politiques des décisions gouvernementales. Un conflit et un chevauchement peuvent survenir avec le Bureau du Conseil privé. L'accroissement du personnel et des fonctions du CPM, qui remonte au temps du premier ministre Pierre Trudeau, atteste l'ascendant croissant du premier ministre à titre de chef du gouvernement et de chef du parti, et les successeurs de Trudeau ont perpétué cet ascendant.

La tension inhérente entre le rôle lié au parti politique et le rôle consultatif en matière de politiques fait que le personnel du CPM est tantôt perçu comme étant faible et incapable de fournir une orientation, tantôt comme étant trop puissant et envahissant le domaine des autres organismes centraux, notamment le BCP.