Porteurs

Les Porteurs forment une tribu athapaskane ou DÉNÉE du centre-nord de la Colombie-Britannique, dont la population est de plus de 10 000 personnes. Leur nom vient d'une ancienne coutume voulant que la veuve porte les cendres de son défunt mari dans un sac pendant environ un an, après quoi une distribution cérémonielle de biens la libère de cette obligation. Les Porteurs s'appellent aussi Dakelhs et ajoutent les suffixes -xwoten, « peuple de » ou -t'en, « peuple » aux noms de villages ou de lieux pour désigner des tribus spécifiques (p. ex., Tl'azt'en, Wet'suwet'en). Le territoire des Porteurs sekani s'étend sur environ 76 000 kilomètres carrés dans la région du plateau intérieur de la Colombie-Britannique bordée à l'est par les montagnes Rocheuses, au nord par les chaînons Ominéca et à l'ouest par la côte du Pacifique. Les Porteurs établissent leurs villages d'hiver le plus souvent près d'une décharge de lac, d'un confluent de rivières ou d'une gorge de rivière stratégique. Du point de vue linguistique, ils appartiennent au groupe des langues athapaskanes et se divisent en trois grands sous-groupes basés sur les différences dialectales et la culture : les Porteurs du Nord ou Babines, qui vivent le long de la rivière Bulkley et du lac Babine dans le bassin versant de la rivière Skeena; les Porteurs du centre, dans les bassins des lacs Stuart et Fraser du bassin versant du fleuve Fraser et les Porteurs du Sud, dans la région de la rivière Blackwater.

Organisation sociale

Le nom Porteur est une traduction d'Aghele, le nom du people des Dakelhs en langue sekani. L'organisation sociale des Porteurs du Sud est fondée sur des clans de parenté bilatérale centrés autour de familles étendues formées des frères, de leurs épouses et enfants et des familles des fils mariés. Chaque clan (sedeku) a son territoire de chasse et de pêche et ses lieux de cueillette. Les Porteurs du Nord et du centre vivent en clans de filiation matrilinéaire et disposent de droits sur les ressources d'une région (keyoh) et sur des lieux de cueillette. Les chefs des clans de parenté portent le nom de deneza. Les clans tiennent des POTLACHS, distribution cérémonielle de biens et de nourriture, pour commémorer les décès, l'héritage de noms et autres occasions spéciales. Les membres de chaque communauté sont unis par des liens étendus de parenté qui règlent la transmission de territoires de piégeage et l'échange de biens et de services.

Organisation économique

L'économie traditionnelle des Porteurs est fondée sur la pêche (saumon et poissons de lac principalement), sur la chasse au gros et petit gibier (le caribou, jusqu'à la moitié du XIXe siècle, puis l'orignal après 1900 et l'ours, la marmotte et le castor) et sur la cueillette (baies et plantes). Ils pêchent le saumon au moyen de nasses tendues dans les embouchures de rivière ou avec des gaffes le long des cours d'eau. Les porteurs utilisent les routes côtières pour échanger des peaux, des baies et des viandes séchées. Les pistes par lesquelles se fait ce troc reçoivent le nom de sentiers de graisse parce que beaucoup des produits qui y transitent sont créés à l'aide d'huiles ou de gras de poisson. Les Porteurs entretiennent aussi des relations commerciales avec les groupes voisins, tels que les NUXALKS (Bella Coolas), les GITKSANS et les SEKANIS. Après l'établissement de postes de traite des fourrures dans la région des Porteurs au début du XIXe siècle (p. ex. FORT ST. JAMES au lac Stuart en 1806), les Porteurs font la traite du saumon et des fourrures avec la COMPAGNIE DU NORD-OUEST jusqu'en 1821 et, par la suite, avec la COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON. En 1873, des missionnaires oblats fondent une mission au lac Stuart et incitent les Porteurs à abandonner le potlatch et autres coutumes. À cause de la mission et du poste de traite du lac Stuart, Fort St. James devient un important centre de rassemblements saisonniers pour tous les Porteurs de la région.

Influences sur l'économie et la population des Porteurs

Une fois la ligne de chemin de fer achevée en 1914, les Porteurs s'engagent dans la coupe de bois et dans des travaux saisonniers rémunérés tout en continuant à chasser, trapper et pêcher. Ce mode de vie demeure important aujourd'hui. Plusieurs changements ont eu des répercussions sur l'économie et la population des Porteurs. Dès 1911, on interdit l'usage de nasses pour la pêche au saumon dans les bassins versants du fleuve Fraser et de la rivière Skeena. En 1913-1914, des éboulements de rochers dans le canyon Hells Gate du fleuve Fraser ayant considérablement réduit la quantité de saumons atteignant la région des lacs Stuart et Fraser, les Porteurs doivent miser davantage sur la pêche lacustre, la chasse et le piégeage. La variole et les oreillons, dans les années 1800, ainsi que l'influenza, en 1918, déciment la population des Porteurs, réduite à son minimum à la fin des années 1920. En 1871 et au cours des années 1890, des RÉSERVES INDIENNES leur sont allouées.

Dans les années 1980, les tribus de Porteurs les plus à l'ouest, les Wet'suwet'en et les Gitksans de la rivière Skeena, se pourvoient en justice pour la reconnaissance de leur titre autochtone dans l'affaire Delgamuukw (voir AUTOCHTONES, DROITS DES). En 1996, la population des Porteurs est constituée de plus de 10 000 personnes réparties dans environ 17 groupes désignés.

De nos jours, huit bandes sont gouvernées par le Conseil tribal carrier-sekani et trois autres le sont par le Conseil tribal carrier-chilcotin qui gouverne aussi une bande tislkotin. Le recensement canadien ne fait pas de différence, quant à la langue parlée, entre les Babines, les Porteurs du centre et les Porteurs du Sud, et il semble qu'il y aurait moins de 500 utilisateurs de la langue des Porteurs.