Les poissons font partie d’un grand groupe hétérogène de vertébrés qui vivent dans des habitats aquatiques très variés. Les espèces de poissons sont un peu plus nombreuses que toutes les autres vertébrés réunies. On retrouve environ 1 200 espèces de poissons indigènes au Canada, la majorité (près de 990) vit dans les eaux marines.

Description

Parmi les poissons dans eaux canadiennes, on compte les poissons sans mâchoires (agnathes), tels que les myxines et les lamproies, et les poissons à mâchoires (gnathostomes). Ces derniers comprennent cinq grands groupes : les placodermes et les acanthodiens, aujourd’hui éteints, et les chondrichtyens, les actinoptérygiens et les sarcoptérygiens encore vivants.

Les chondrichtyens sons des poissons à squelette cartilagineux, comme les requins et les raies. Les actinoptérygiens sont caractérisés par des nageoires à rayons, comme les saumons, les perches et les poissons plats. Les sarcoptérygiens sont des poissons à nageoires lobées, comme les cœlacanthes et les poissons à poumons, et comprennent également les tétrapodes (animaux dotés de quatre pattes ou membres), puisque les tétrapodes seraient issus des poissons sarcoptérygiens.

Certains ichtyologistes (zoologistes qui étudient les poissons) utilisent le terme « poisson » dans un sens plus restreint que dans le présent article. Certains n’y comptent que les formes avec des mâchoires. Pour notre part, nous entendons par « poisson » tout vertébré poïkilotherme, ou à sang froid, qui possède des branchies à toutes les étapes de sa vie et dont les membres, s’il en a, sont des nageoires. La majorité porte des écailles et des nageoires paires. Toutefois, il y a des exceptions à ces règles, de nombreux groupes non apparentés n’ayant pas d’écailles (p. ex., les lamproies et les poissons-chats), n’ayant aucun ou seulement un ensemble de nageoires paires (p. ex., les lamproies, les anguilles et la plupart des lançons). Pour ce qui est de l’usage du pluriel ou du singulier, le pluriel réfère aux individus de plus d’une espèce alors que le singulier désigne un individu ou plus d’une seule espèce.

Formes et couleurs

Les poissons exhibent une grande diversité de formes, de tailles et de couleurs. Certains sont allongés comme une corde, d’autres sont globulaires. Ils peuvent aussi ressembler à une roche bosselée, à une feuille ou à un serpent. La plupart ont un corps fuselé, comprimé de manière variable avec des contours harmonieux, de forme semblable à une torpille, comme celui des truites.

Leur taille varie entre 12 m chez le requin-baleine et 8 à 10 mm chez le minuscule goujon, le gobie et les schindleridés. Les plus petites espèces canadiennes mesurent environ 10 cm (p. ex., quelques espèces de menés, de dards et de poissons de la famille des chabots); quelques-unes, dont l’esturgeon noir et le thon rouge, font plus de 3 m de longueur; et plusieurs, comme l’esturgeon blanc, le renard de mer, le requin-pèlerin et le requin blanc, peuvent même dépasser 5 m de longueur.

Les poissons affichent une large gamme de couleurs. Dans les Tropiques, plusieurs espèces dulcicoles et marines sont très colorées, mais celles du Canada et d’autres régions nordiques sont généralement de couleur terne. Il existe cependant quelques exceptions, et les mâles de plusieurs espèces exhibent quelquefois des couleurs éclatantes pendant la fraie. C’est le cas entre autres de l’omble chevalier, du saumon rouge, du ventre rouge du nord, du meunier rouge (catostomidé) et de certains dards. Les populations d’une même espèce ont des couleurs plus variables dans les eaux nordiques que dans les eaux tropicales. Les variations très marquées de couleur de la truite arc-en-ciel et du grand brochet laissent croire à certains pêcheurs sportifs qu’il en existe différentes espèces dans diverses localités.

Écailles

Les requins et les raies ont des écailles placoïdes semblables à de petites dents. La plupart des espèces de poissons osseux à écailles ont des écailles cycloïdes (à bordure lisse) ou cténoïdes (à bordure munie de spicules). Chez les téléostéens, le groupe de poissons osseux le plus grand et le plus récent sur l’échelle temporelle évolutive, on trouve les deux types d’écailles : les cycloïdes, qui caractérisent les téléostéens assez primitifs (p. ex., les saumons et les menés); et les cténoïdes, qui caractérisent les téléostéens évolués (p. ex., les perches et les crapets).

Les poissons à écailles cycloïdes ont généralement les nageoires pelviennes au milieu du corps et n’ont pas d’épines dans les nageoires, tandis que ceux à écailles cténoïdes ont les nageoires pelviennes sous les pectoraux et sont pourvus d’épines sur certaines de leurs nageoires. Lorsque vient le temps d’estimer l’âge des poissons, bien que l’examen des écailles soit la méthode courante, elle n’est pas toujours fiable; certains os de la tête permettent une mesure plus précise.

Flottabilité et respiration

La majorité des poissons osseux sont pourvus d’une vessie natatoire, ou vessie gazeuse, qui les aide à avoir une flottabilité neutre. De nombreux poissons de fond ne possèdent pas cette vessie, ce qui leur amène à rester au fond, même dans des cours d’eau assez rapides, dépensant le moins d’énergie possible. Certaines espèces, comme le naseux des rapides, peuvent faire varier le volume de leur vessie pendant de courtes périodes, l’augmentant dans un lac et le diminuant dans un cours d’eau.

Même si quelques espèces ont des poumons ou d’autres organes respiratoires, elles sont toutes munies de branchies. Au Canada, les poissons respirent presque uniquement dans l’eau, mais ailleurs dans le monde, certains respirent dans l’air et peuvent même faire de courtes excursions sur la terre ferme.

Répartition et habitat

Le Canada possède une ichtyofaune vivante diversifiée qui comprend des représentants de toutes les classes. Cette faune compte un grand nombre d’individus, mais peu d’espèces, particulièrement si on tient compte des nombreux lacs et rivières d’eau douce, et des longues côtes. Dans le monde, on reconnaît environ 28 000 espèces vivantes de poissons qui appartiennent à environ 515 familles. Presque 43 % des espèces vivent en eau douce. Au Canada, il y a environ 1 200 espèces de poissons indigènes qui appartiennent à 195 familles.

De ce nombre, environ 990 espèces sont exclusivement marines (océans Pacifique, Arctique et Atlantique). Plusieurs espèces sont diadromes, c’est-à-dire qu’elles passent une partie de leur vie en eau salée et une partie en eau douce. Parmi celles-ci, certaines sont anadromes (p. ex., le saumon du Pacifique et plusieurs espèces de lamproies) et fraient en eau douce, tandis que l’anguille d’Amérique de la côte de l’Atlantique est catadrome et se reproduit dans l’océan.

Les espèces indigènes d’eau douce (environ 180) vivent dans les bassins hydrographiques des océans Pacifique, Arctique et Atlantique, de la baie d’Hudson et du golfe du Mexique. C’est dans les Grands Lacs et dans le Sud de l’Ontario que l’on rencontre le plus grand nombre d’espèces. Le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, l’Alberta et la Saskatchewan comptent relativement peu d’espèces si on considère l’étendue de leur territoire et de leurs eaux.

En eau douce comme en eau salée, plusieurs espèces peuvent être considérées comme des poissons benthiques (c.-à-d., de fond) ou des poissons pélagiques (c.-à-d., d’eau libre). On trouve les poissons des zones littorales près des côtes et, en milieu océanique, on les observe parfois dans les mares intertidales. Dans l’Arctique, que ce soit dans l’océan ou dans les lacs, les poissons peuvent passer la plus grande partie de leur vie sous la glace. La température de ces eaux descend parfois sous -1 o C.

Parmi les habitats diversifiés des poissons dits d’eau douce, on compte des sources thermales, des torrents froids des montagnes, des lacs profonds et même des eaux salées. Dans le bassin hydrographique des sources d’eau chaude de Cave et Basin, près de Banff, en Alberta, on trouve des individus de quelques espèces, comme le naseux des rapides, qui vit normalement dans les lacs et les cours d’eau froids, dans des eaux à 26 o C à proximité de poissons d’aquarium tropicaux introduits (p. ex., le Molly noir et le Gambusie qui vivent à des températures pouvant atteindre 30 o C). Dans le Parc national Wood Buffalo, les poissons vivent dans des lacs à dolines, formés par l’affaissement de la surface dû à la dissolution de la roche. Il arrive que les poissons se déplacent vers de petits étangs par des chenaux souterrains.

Régime alimentaire

Les poissons se nourrissent d’une grande variété d’aliments. Les espèces nordiques ont une alimentation plus généralisée que les espèces tropicales et ont tendance à manger la nourriture disponible. La majorité est carnivore, mais certaines espèces sont herbivores et mangent habituellement des algues. Ces dernières ont souvent de plus longs intestins. Un grand nombre d’espèces sont essentiellement des poissons de fond (p. ex., les esturgeons et les meuniers), d’autres se nourrissent de planctons en milieu pélagique (p. ex., les harengs et les ciscos). Les poissons piscivores (p. ex., le grand brochet) se nourrissent principalement d’autres poissons. Les insectes et les crustacés constituent la plus grande partie du régime alimentaire des espèces dulcicoles non piscivores canadiennes. La lamproie est le seul poisson parasitique des eaux nordiques, quoique les adultes de plusieurs espèces se nourrissent du sang d’autres poissons.

Reproduction

Les habitudes reproductrices des poissons sont aussi très diversifiées. Les chondrichtyens ont une fertilisation interne, tandis que la plupart des actinoptérygiens ont une fertilisation externe. Au Canada, la majorité des actinoptérygiens ont des périodes de frai bien distinctes. Les œufs pondus en eau douce l’automne éclosent généralement au printemps, et ceux pondus l’été éclosent quelques jours ou quelques semaines plus tard. Certaines espèces, comme les épinoches et les crapets, construisent des nids dans lesquels ils déposent les œufs qu’ils surveillent parfois.

Les harengs et les morues abandonnent leurs œufs après la fraie. Les individus de la majorité des espèces peuvent se reproduire pendant plusieurs années, mais les lamproies et les saumons du Pacifique fraient une seule fois et meurent. De nombreuses espèces migrent sur de longues distances afin d’atteindre leurs aires de reproduction. Le saumon quinnat effectue l’une des plus longues migrations et remonte le fleuve Yukon sur environ 2 800 km sans se nourrir.

Évolution

Les poissons ont probablement évolué à partir de descendants des céphalocordés (petits animaux marins fouisseurs ressemblant à l’anguille), et ils sont à leur tour à l’origine de l’apparition des amphibiens. Leur origine remonte à environ 530 millions d’années. Au Canada, il existe une grande quantité de fossiles de poissons, dont d’agnathes, de chondrichtyens et d’actinoptérygiens. Les placodermes et les acanthodiens sont deux autres grands groupes connus seulement par leurs fossiles.

Les périodes glaciaires influencent profondément l’ichtyofaune canadienne, et les différences dans le nombre d’espèces d’un bout à l’autre du Canada peuvent s’expliquer par les glaciations. Jusqu’à il y a environ 18 000 ans, la plus grande partie du pays était recouverte de glace. Des poissons venus de régions libres de glace se redistribuent ensuite, et la majorité des espèces dulcicoles actuelles proviennent du refuge (c.-à-d., un habitat où des organismes peut survivre à des conditions défavorables) du Mississippi-Missouri. La plupart des espèces de la Colombie-Britannique proviennent du refuge du fleuve Columbia. Les refuges du fleuve Yukon et de la côte de l’Atlantique jouent aussi un rôle important dans d’autres régions difficiles. Lors de la fonte des glaciers, des espèces peuvent se déplacer d’un bassin hydrographique à l’autre, par exemple du fleuve Columbia au fleuve Fraser. Seuls les poissons qui ont une certaine tolérance à l’eau salée peuvent atteindre le large des côtes (p. ex., Terre‑Neuve‑et‑Labrador, île de Vancouver et Haida Gwaii).

Chaque année, dans le monde, on décrit plus de nouvelles espèces de poissons que de tout autre groupe de vertébrés. Il est peu probable que l’on découvre de nombreuses espèces inconnues des scientifiques dans les eaux canadiennes, mais on peut encore apprendre que certaines étendent leur répartition. Quelques espèces semblent n’habiter que les eaux canadiennes. On a entre autres décrit une espèce de corégone (Coregonus huntsmani, corégone atlantique) qui habite exclusivement une partie de la Nouvelle‑Écosse, mais sa survie est peut-être menacée par les pluies acides.

Même si des biologistes d’organismes des gouvernementaux provinciaux, territoriaux et fédéral, d’universités et d’entreprises d’experts-conseils étudient les poissons, nos connaissances sur ces animaux sont encore limitées, particulièrement celles portant sur l’histoire naturelle de plusieurs espèces d’importance commerciale (p. ex., on en sait très peu sur les habitats des larves de harengs et de grands corégones). Des pêches expérimentales révèlent régulièrement la présence d’une espèce là où elle n’a jamais été observée auparavant que ce soit à l’échelle d’une province ou du Canada, particulièrement sur la côte du Pacifique. Les pêcheurs qui ont un bon sens de l’observation et qui s’intéressent à l’identification de leurs prises peuvent apporter des informations précieuses sur la répartition de ces animaux.

Voir aussi Saumon de l’Atlantique; Bar; Chimère; Lépisosté; Ombre; Maquereau; Maskinongé; Brochet; Scorpénidés; Éperlans; Pêche sportive.