Mary Pickford, née Gladys Louise Smith, actrice, productrice et scénariste (née le 8 avril 1892 à Toronto, en Ontario; morte le 29 mai 1979 à Santa Monica, en Californie). Mary Pickford fut une pionnière du début du cinéma et est devenue une des vedettes les plus réputées du cinéma muet. Elle a ouvert de nombreuses portes aux femmes dans l’industrie du cinéma.

Enfance

Mary Pickford est l’aînée des enfants de Charlotte (née Hennessey) et de John Charles Smith. Elle a une sœur, Charlotte (Lottie) (1893–1936) et un frère, John (Jack) (1896–1933). À l’âge d’environ quatre ans, elle contracte la diphtérie. Elle est alors baptisée par un prêtre catholique et son deuxième prénom est changé pour celui de Marie. John Smith meurt en 1898, apparemment d’une blessure à la tête à la suite d’une chute, laissant derrière lui une famille presque démunie. Dans le besoin, Charlotte Pickford loue une chambre à un régisseur de plateau de la société Cummings Stock de Toronto. Le régisseur lui suggère de présenter ses filles au casting d’une pièce de théâtre. Mary Pickford fait ses débuts devant la caméra avec la Valentine Stock Company, en 1898, dans le film Bootle’s Baby. En 1900, elle joue sous le nom de Baby Gladys Smith au Princess of Wales Theatre de Toronto. Elle joue deux rôles, celui d’un garçon et celui d’une fille, dans The Silver King, d’Henry Arthur Jones et Henry Herman. S’en suivront plusieurs autres rôles dans les théâtres de Toronto. L’année suivante, toute la famille se joint à une troupe de théâtre ambulant. En 1907, ils se joignent à la David Belasco Theatre Company de New York.

Sur la suggestion de David Belasco, Gladys Smith change de nom pour Mary Pickford, combinant son deuxième prénom et celui de son grand-père maternel, John Pickford Hennessey. Charlotte, Lottie et Jack adopteront également le nom de Pickford. Cette année-là, Mary Pickford entame une longue saison sur scène avec la pièce à succès de William de Mille, The Warrens of Virginia, au théâtre Belasco, sur Broadway.

Premiers rôles au cinéma

En 1909, Mary Pickford commence à chercher du travail dans le nouveau monde du cinéma. Elle fait sa première apparition cinématographique dans le court-métrage de l’American Mutoscope and Biograph Company Her First Biscuits, réalisé par David W. Griffith. Elle signe un contrat avec la Biograph Company pour 10 dollars la journée et obtient son premier « premier rôle » dans The Violin Maker of Cremona. Elle enchaîne rapidement avec They Would Elope.

En janvier 1910, Mary Pickford se rend avec la Biograph Company en Californie où elle continue à faire des films réalisés par David Griffith. À cette époque, Mary Pickford attire déjà l’attention du public et de nombreux critiques. Elle ne dépasse guère cinq pieds de haut, mais sa fougue crève l’écran. D’instinct, elle comprend qu’on ne joue pas devant une caméra comme on joue devant des spectateurs au théâtre. Contrairement aux nombreux acteurs de théâtre qui ne parviennent pas à se convertir au cinéma, Mary Pickford se faufile jusque dans l’avant-garde des acteurs qui réussissent à mêler le réalisme psychologique à la gestuelle chorégraphiée des films muets. Il en résulte une intimité sans précédent entre l’acteur présent sur l’écran et les spectateurs de la salle. Alimentée par le génie de Mary Pickford, son dynamisme et son sens du comique à l’écran, cette nouvelle relation suscite un engouement de plus en plus grand pour son personnage avec l’avènement des longs métrages, qui font à l’époque plus d’une heure.

Lorsque la célèbre star Florence Lawrence quitte Biograph en 1910 pour rejoindre l’Independent Moving Picture Company (IMP) de Carl Laemmle, Mary Pickford la remplace dans le rôle de la « Biograph Girl ». Elle ne restera cependant même pas un an avec Biograph et rejoint elle aussi l’IMP. En 1911, Mary Pickford épouse l’acteur Owen Moore. Il jouera cette année à ses côtés dans Their First Misunderstanding.

Entre 1912 et 1919, Mary Pickford fait des films pour plusieurs studios, travaillant notamment avec David Griffith, Owen Moore, Mack Sennett, Wilfred Lucas et Cecil B. DeMille. Parmi les dizaines de films dans lesquels Mary Pickford assume le premier rôle durant cette période, on peut citer The Informer (1912), The Unwelcome Guest (1913), Cinderella (1914), Madame Butterfly (1915), The Foundling (1916), Rebecca of Sunnybrook Farm (1917), Poor Little Rich Girl (1917), Stella Maris (1918) et The Hoodlum (1919). Elle met également sur pied sa propre société de production et loue ses services en tant que scénariste sur certains projets. Au cours de l’hiver 1912-1913, Mary Pickford arrête temporairement de réaliser des films pour jouer le premier rôle dans la pièce de Rosamund Gerard et Maurice Rostand – A Good Little Devil – pour Broadway, sous la direction de David Belasco.

En 1919, elle est déjà l’une des stars les plus populaires de la communauté du cinéma à Hollywood, ainsi qu’une de celles les mieux payées. On l’appelait affectueusement « The Girl With the Golden Hair » (la fille aux cheveux d’or), « Little Mary » (Petite Mary), « Goldilocks » (Boucles d’or) ou « The Girl With the Curls » (La fille aux frisettes). Ses origines canadiennes n’ont pas empêché qu’on la surnomme l’« America’s Sweetheart » (la chérie de l’Amérique).

United Artists

En février 1919, Mary Pickford, David Griffith et les stars Douglas Fairbanks et Charlie Chaplin mettent officiellement sur pied la United Artists Corporation dans le but de contrôler plus efficacement les aspects financiers et artistiques de leurs productions. Mary Pickford crée la Mary Pickford Company qui produit des films dont la distribution est exclusivement réservée à la United Artists. Son premier film, Pollyanna (1920), réalisé dans ce nouveau contexte, rapporte plus d’un million de dollars.

Mary Pickford et Douglas Fairbanks

En mars 1920, Mary Pickford divorce d’Owen Moore en invoquant l’abandon de foyer. Plus tard ce même mois, elle épouse Douglas Fairbanks et devient ainsi citoyenne américaine. Le couple déménage dans un manoir de Beverley Hills baptisé « Pickfair ». Le couple le plus célèbre d’Hollywood passe sa lune de miel en Europe et est assailli par une foule d’admirateurs à Londres et à Paris.

Mary Pickford, à l’apogée de sa carrière d’actrice, va alors jouer dans quelques-uns de ses films les plus mémorables : Little Lord Fauntleroy (1921), Tess of the Storm Country (1922), Rosita (1923), Dorothy Vernon of Haddon Hall (1924), Little Annie Rooney (1925) et Sparrows (1926). En 1921, elle cofonde le Motion Picture Relief Fund, qui offre une aide financière aux employés de l’industrie du film dans le besoin, et en devient la première vice-présidente. Jack et Lottie Pickford auront également quelques succès à leur actif en tant qu’acteurs de cinéma, mais ils n’atteindront jamais les sommets atteints par Mary.

En mai 1926, l’Egyptian Theatre de Sid Grauman, à Hollywood, entre dans l’histoire en mettant à l’affiche une double première : Sparrows, de Mary Pickford, et The Black Pirate, de Douglas Fairbanks, dans lequel Mary Pickford fait une apparition éclair sans toutefois être citée dans le générique. En 1927, Mary Pickford et Douglas Fairbanks sont les premières stars à laisser l’empreinte de leurs mains et de leurs pieds dans le ciment devant le Grauman’s Chinese Theatre (le théâtre chinois de Grauman). Cette même année, ils font partie des 36 fondateurs de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences (connue pour ses « oscars »). Douglas Fairbanks sera élu premier président de cette académie.

Les temps changent

En 1927, Mary Pickford joue aux côtés de Charles « Buddy » Rogers dans My Best Girl. Ce sera son dernier film muet. Le succès énorme du premier « film sonore », The Jazz Singer, avec Al Jolson dans le premier rôle, marque la fin du règne du cinéma muet.

Mary Pickford perd sa mère emportée par un cancer en 1928. Surmontant son chagrin et son initiale ambivalence à l’égard du nouveau médium que constitue le son, elle assume le premier rôle de Coquette (1929), pour lequel elle recevra l’oscar de la meilleure actrice. Cette même année, Mary Pickford apparaît également dans The Taming of the Shrew, le seul film dans lequel elle partage la vedette avec Douglas Fairbanks. Le film ne fera pas recette.

La dernière grande apparition de Mary Pickford sera dans Secrets (1933). Le film sort la semaine même où le président Franklin D. Roosevelt ordonne la fermeture temporaire des banques, une mesure destinée à combattre la Crise des années 1930. Comme tous les autres films sortis cette semaine-là, Secrets fut un échec au niveau des entrées. Lorsqu’elle passe finalement l’âge de jouer les jeunes héroïnes frivoles qui lui ont valu sa réputation, Mary Pickford décide de prendre sa retraite d’actrice. Elle reste cependant active en tant que productrice.

Mary Pickford se sépare de Douglas Fairbanks en 1933 à cause des infidélités de celui-ci et finit par obtenir un divorce. En 1934, Mary Pickford publie un roman, The Demi-Widow, écrit avec l’aide de Belle Burns Gromer. Elle écrira également Why Not Try God?, un livret qui fait la promotion de la Science chrétienne, et un volume similaire, My Rendezvous With Life, un an plus tard.

En mai 1934, Mary Pickford fait un retour triomphant dans sa ville natale de Toronto. Elle est reçue par une délégation officielle d’élus tandis qu’une foule d’admirateurs bloquent complètement les rues du centre-ville. Mary Pickford reçoit une médaille d’or du Centenaire et déclare « être fière d’être Canadienne » lors d’un discours au cours duquel elle ne manque pas non plus de rendre hommage à ses parents.

Elle épouse Buddy Rogers en 1937 et le couple adoptera deux enfants : Ronald Charles Pickford Rogers et Roxanne Pickford Rogers.

Plus tard dans sa vie

Mary Pickford crée plusieurs entreprises, notamment Mary Pickford Cosmetics, cofonde la Society of Independent Motion Picture Producers, et met sur pied le Mary Pickford Charitable Trust, plus tard rebaptisé la Mary Pickford Foundation. Mais avec la vieillesse, elle tend à se retirer de la société et se bat avec l’alcoolisme et la dépression. Sa participation, en 1953, à la première retransmission télévisée de la remise des oscars constitue l’une de ses très rares apparitions en public à cette époque. En 1976, Mary Pickford n’assiste pas à la cérémonie de remise des oscars et ne reçoit donc pas en personne l’oscar honorifique qui lui a été décerné pour l’ensemble de sa carrière. Elle acceptera l’oscar de sa résidence, Pickfair.

Déclarant qu’elle « désire mourir en tant que Canadienne », Mary Pickford obtient satisfaction lorsqu’elle demande que sa citoyenneté canadienne lui soit restituée. Lorsqu’elle meurt d’un accident vasculaire cérébral, elle détient la double citoyenneté canadienne-américaine. Mary Pickford est réputée au niveau international comme étant une figure dynamique et marquante de l’histoire du cinéma. À Toronto, un buste à son effigie et une plaque ont été érigés à l’Hospital for Sick Children qui occupe aujourd’hui le lieu de sa naissance. Une étoile en son honneur a également été ajoutée sur l’Allée des célébrités canadiennes.