Pelletier, Denise

 Denise Pelletier, comédienne (Saint-Jovite, Qc, 22 mai 1923 - Montréal, 24 mai 1976). Cette figure de proue du théâtre au Québec, comédienne au tempérament passionné, marque les scènes d'ici et d'ailleurs, en anglais comme en français, ainsi que la radio et la télévision, par sa fougue, son intensité, son rire cristallin et sa silhouette élancée. L'exigence et la rigueur qu'elle s'impose en tout, son professionnalisme exacerbé, de même que son extrême générosité, en font un modèle inégalé. Bête de scène d'une nature exceptionnelle, Denise Pelletier sera adulée par plusieurs générations de spectateurs.

Denise Pelletier naît dans une famille lettrée, heureuse et peu nombreuse, des Laurentides : son père, Albert Pelletier, notaire, éditeur et critique littéraire, et sa mère, Marie-Reine Vaugeois, femme de culture d'une grande autonomie, encouragent son amour du théâtre, tout comme celui de son frère Gilles, le comédien bien connu. Après un passage chez les Dames de la Congrégation Notre-Dame, Denise Pelletier s'inscrit aux cours de théâtre de la section francophone du Montreal Repertory Theatre, au début des années 1940. Elle y joue son premier rôle, puis se consacre entièrement à son métier, étudiant chez Sita Riddez, travaillant à l'Arcade, à la Comédie de Montréal, et à la radio dans des pièces du répertoire et des radio-romans.

Dès 1942, Denise Pelletier prête sa voix à Annie Greenwood dans Un homme et son péché à la radio, prend part aux tournées de la série Vie de famille, incarnant de nombreux personnages, puis joue dans l'un des premiers films québécois, À la croisée des chemins (1943). Se joignant à l'Équipe, fondée par Pierre Dagenais, elle y tient plusieurs grands rôles, s'imposant avec autorité dans Les Fiancés du Havre de Salacrou en 1946, dans Les Parents terribles de Cocteau en 1947, puis dans la création de pièces signées Jean Desprez (La Cathédrale, 1948) et Lomer Gouin (Polichinelle, 1950). On la voit chez les Compagnons de saint Laurent dans Léocadia d'Anouilh, jouant Agrippine dans Britannicus de Shakespeare et Toinette dans Le Malade imaginaire de Molière.

Sa rencontre avec Jean Gascon, en 1951, est marquante : Denise Pelletier lui donne la réplique dans L'Avare de Molière, premier spectacle du au THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE. Elle intègre la troupe de ce théâtre et participe à plusieurs spectacles, notamment lors des tournées européennes de 1958 et 1971. Elle travaille auTHÉÂTRE DU RIDEAU VERT et à la Nouvelle Compagnie Théâtrale, multipliant les rôles majeurs, telles Bernarda dans La Maison de Bernarda de Lorca, Clytemnestre dans Iphigénie de Racine, Gertrude dans Hamlet et Isabelle dans Henri V de Shakespeare, Hécube dans Les Troyennes d'Euripide, Marguerite dans Le roi se meurt d'Ionesco. Elle brûle les planches dans La Danse de mort de Strindberg, Mère Courage de Brecht, Oh! les beaux jours de Beckett, mais joue aussi les Québécois Marcel MARCEL DUBÉ (Le Temps des lilas en 1958, Les Beaux Dimanches en 1965) et Michel Tremblay (Bonjour, là, bonjour en 1974).

Dès l'arrivée de la télévision, en 1952, Denise Pelletier crève le petit écran dans le rôle de Cécile, l'aînée des Plouffe, de Roger Lemelin, rôle qu'elle tiendra pendant six ans. Élue Miss Radio Télévision en 1955, elle priorise la scène, mais on la voit dans quelques téléromans : En haut de la pente douce de Lemelin, La côte de sable et De neuf à cinq de Dubé, dans lequel elle crée le personnage du téléthéâtre Virginie, où elle donne la réplique à Jean Duceppe, en 1968. Dans les années 1970, elle est du téléroman Mont-Joye de Réginald Boisvert, puis de la création de Michel TREMBLAY, Trois petits tours, réalisée par Paul Blouin.

Applaudie plusieurs fois au FESTIVAL DE STRATFORD, Denise Pelletier y crée, en anglais, son dernier spectacle en 1975, La Divine Sarah. Au moment où elle doit le présenter à Montréal, elle décède lors d'une opération au cœur, deux jours après son anniversaire. Quelques semaines plus tôt, le Conseil des Arts du Canada lui décernait le Prix Molson pour l'ensemble de sa carrière. La nouvelle salle de la NCT, inaugurée en 1977, sera baptisée THÉÂTRE DENISE-PELLETIER. Le gouvernement du Québec a créé en son honneur le prix Denise-Pelletier des arts de la scène.