Environ neuf pour cent de la population canadienne vit dans la pauvreté. Par contre, ce pourcentage est généralement plus élevé au sein de certains groupes, notamment les mères monoparentales et les Autochtones. On compte parmi les Canadiens à faible revenu des petits salariés, qui occupent un emploi, et des bénéficiaires de l'aide sociale, qui dépendent surtout de l'aide gouvernementale. Depuis les années 1960, de nombreux programmes publics ont été créés pour lutter contre la pauvreté, comme l'assurance-emploi, des programmes de revenu de retraite pour les personnes âgées ainsi que divers crédits d'impôt et prestations pour enfants.

Quantifier la pauvreté

En 2013, Statistique Canada rapporte que 8,8 % des Canadiens avaient un faible revenu en 2011. Il s'agit d'un recul par rapport à 1996 (15,2 %). Le ministère calcule ces données à partir du seuil de faible revenu (SFR), fixé à la moitié du revenu médian national. Le gouvernement a aussi recours aux mesures de la pauvreté fondées sur un panier de consommation, qui utilise le coût d'un panier spécifique de biens et services pour évaluer la pauvreté. De plus, il recueille des données sur les travailleurs pauvres, où le soutien principal d'un foyer travaille au moins 910 heures par année avec un revenu se situant sous le seuil de la pauvreté, et présente les chiffres relatifs aux faibles revenus selon les divers profils démographiques.

D'après un rapport du Centre canadien de politiques alternatives publié en 2013, le taux de pauvreté chez les Autochtones du Canada est beaucoup plus élevé que dans le reste de la population. Il montre que la moitié des enfants des Premières nations (Indiens inscrits) du Canada vivent dans la pauvreté. En Saskatchewan et au Manitoba, ce sont les deux tiers de ces enfants. L'étude, qui repose sur les données du recensement de 2006, montre que la situation des enfants vivant dans les réserves qui relèvent du gouvernement fédéral est la pire, car ils vivent souvent dans des logements vétustes où l'eau potable est de piètre qualité.

Il est difficile de mesurer objectivement la pauvreté au Canada. Deux méthodes distinctes et opposées s'affrontent pour définir le seuil de la pauvreté, soit les approches absolue et relative.

L'approche absolue se fonde sur l'idée selon laquelle une personne pauvre n'a besoin que du strict nécessaire pouvant être établi de façon objective, comme un logement inadéquat et le minimum vital de nourriture et de vêtements. Elle découle de la croyance selon laquelle les personnes vivant dans la pauvreté sont responsables de leur situation et qu'il ne faut ni la récompenser, ni l'encourager par des mesures d'aide sociale adéquates. L'Institut Fraser publie un seuil de la pauvreté basé sur un panier de consommation restreint visant à assurer les conditions minimales de survie physique. Les autorités provinciales et municipales fournissent aux bénéficiaires de l'aide sociale un revenu qui garantit aussi seulement un niveau de vie absolu, c'est-à-dire en deçà de la norme. L'approche relative rejette la notion absolue voulant que la pauvreté puisse être mesurée de façon objective sans égard aux normes en vigueur dans la communauté. Un ménage pauvre vit dans le contexte d'une communauté canadienne prospère interdépendante. C'est pourquoi le fonctionnement économique, social et politique du ménage doit être pris en considération.

La méthode mise au point par le Conseil canadien de développement social (CCDS), organisme sans but lucratif, et le Comité spécial du Sénat sur la pauvreté est une mesure nationale bien connue fondée sur l'approche relative. Le seuil de la pauvreté établi par le CCDS se base sur le revenu moyen des familles canadiennes. Une famille est qualifiée de pauvre si son revenu est inférieur à la moitié du revenu moyen des familles. Des ajustements sont ensuite apportés pour tenir compte de la taille de la famille, mais non du lieu de résidence.

Sondage annuel sur la pauvreté

Le Canada est l'un des rares pays où l'on procède chaque année à un recensement sur la pauvreté. Cette approche constitue aujourd'hui la mesure du faible revenu la plus courante et la plus respectée. L'enquête annuelle de Statistique Canada établit d'abord une ligne budgétaire basée sur la part du revenu de la famille canadienne moyenne consacrée à la nourriture, aux vêtements et au logement, à laquelle on ajoute 20 %. Le revenu alloué à une famille pauvre est ainsi lié aux dépenses courantes de la communauté. Toute famille qui consacre à la nourriture, aux vêtements et au logement une proportion de son revenu supérieure à ce seuil a si peu de revenus discrétionnaires que l’on dit alors qu'elle vit dans des conditions précaires.

Le seuil de pauvreté augmente au fil des ans, suivant l'augmentation du niveau de vie du foyer canadien moyen. (voir NIVEAU DE VIE). Statistique Canada rajuste son seuil de revenu en fonction de la taille de la famille et du milieu de vie (rural ou urbain). Le seuil de pauvreté d'un ménage rural est 30 % inférieur à celui d'un ménage urbain.

Le nombre de personnes démunies est calculé au moyen d'une enquête par sondage des ménages canadiens, à l'exception des ménages autochtones vivant dans les réserves, des individus vivant dans des établissements et des personnes vivant dans les territoires du Nord. Une fois l'échantillon de données sur le revenu recueilli, on extrapole des données pour l'ensemble de la population canadienne, puis les revenus familiaux et individuels sont classés soit au-delà ou sous le seuil de faible revenu. Les résultats publiés par Statistique Canada permettent de déterminer le nombre de personnes et de familles pauvres, et de connaître les caractéristiques de ces foyers. (voir Répartition des revenus et Population)

Classement mondial

En 2008, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a examiné le classement du Canada à l'échelle mondiale et, sur cette base, a conclu qu'« après vingt années de déclin continu, les taux d'inégalité et de pauvreté ont augmenté rapidement au cours des dix dernières années, et sont désormais plus élevés que les taux de l'OCDE ». Elle affirme aussi qu'« au cours des dix dernières années, la pauvreté (c'est-à-dire les personnes dont le revenu est inférieur à la moitié du revenu médian moyen) a augmenté d'environ deux ou trois points de pourcentage dans tous les groupes d'âge; le taux global s'établit désormais à 12 % ». L'OCDE rapporte que le taux de pauvreté chez les personnes âgées s'élève à 6 %, mais que 15 % des enfants canadiens vivent dans la pauvreté.

De plus, l'OCDE affirme qu'au Canada, les riches sont particulièrement riches par rapport à leur pendant dans d'autres pays. De même, les pauvres et la classe moyenne sont aussi plus riches que la moyenne de l'OCDE, mais dans une moindre mesure. Elle attribue certaines des inégalités en matière de revenu aux changements démographiques, soit davantage de familles monoparentales et de personnes vivant seules.

Pauvreté dans les familles

Notons que, parmi les familles canadiennes à faible revenu, un peu plus de la moitié ont pour chef une personne active sur le marché du travail. Ces gens sont fréquemment appelés « petits salariés », puisque leurs revenus proviennent essentiellement d'un salaire et non de quelque forme d'assistance publique. Les travailleurs à faible revenu sont en marge de la population active. Ils sont souvent les derniers embauchés et les premiers congédiés, mais même lorsqu'ils ont un emploi, ils retirent un faible revenu et peu d'avantages sociaux. Ils sont rarement capables d'épargner et sont rarement admissibles à l'assurance-maladie, aux plans de soins de santé et de soins dentaires, à un régime de retraite privé et à des congés payés. Ils connaissent une insécurité extrême sur le plan économique.

L'autre moitié est composée des « bénéficiaires d'aide sociale ». Ils dépendent principalement de l'aide publique. On trouve un grand nombre de mères monoparentales dans cette catégorie. Les Autochtones représentent aussi une grande partie des bénéficiaires, bien que les motifs de cette situation soient obscurcis par une longue histoire de préjudice et de discrimination.

Depuis 1973 environ, le taux de pauvreté des familles s'est stabilisé autour de 12 à 15 %. Cependant, le profil des foyers démunis s'est profondément modifié. En 1967, le risque de devenir pauvre était trois fois plus grand pour une famille résidant dans une des provinces de l'Atlantique que pour une famille ontarienne. Par contre, en 1997, le taux de pauvreté chez les familles ontariennes se situe à 13 % contre 15 % dans les provinces de l'Atlantique. Au fil des ans, l'économie et d'autres facteurs comme les changements démographiques ont une incidence sur les statistiques relatives au faible revenu.

La pauvreté s'est également « urbanisée ». En 1967, 45 % des familles pauvres habitent à la campagne, mais en 1997, elles ne représentent plus que 12 %. Dans les grandes villes comptant plus de 500 000 habitants, le pourcentage de familles pauvres passe de 18 % en 1967 à 57 % en 1997.

Chez les familles dont le chef est une personne âgée de 65 ans ou plus, le taux de 27 % en 1967 chute à 7 % de l'ensemble des familles pauvres en 1997. D'autre part, les familles dont le chef est une femme représentent 15 % de toutes les familles pauvres en 1967, comparativement à 36 % en 1997. Ce changement de profil est tel que la pauvreté est beaucoup moins associée à la vieillesse qu'à la condition de femme. (Voir Femmes dans la population active).

La régression de la pauvreté chez les personnes âgées s'est surtout produite au cours des dernières années, notamment grâce aux améliorations progressives apportées aux programmes gouvernementaux de prestations de retraite. Des programmes tels que le Régime de pensions du Canada, le Régime des rentes du Québec, la pension de vieillesse, le supplément de revenu garanti, l'allocation au conjoint et certains programmes de supplément de revenu des gouvernements provinciaux ont aidé un plus grand nombre de gens âgés à éviter l'indigence. (Voir Sécurité sociale).

Durée de la pauvreté

La pauvreté est une situation temporaire pour environ 60 % des gens qui vivent dans la pauvreté, dans une année donnée, mais que pour les 40 % qui restent, il s'agit d'un problème persistant qui dure des années. Sur une période de dix ans, les personnes pauvres vivent cette situation durant environ cinq ans, soit sur une période continue ou périodiquement. Environ 5 % des personnes pauvres vivent dans la pauvreté pour une période continue de 10 ans et 15 % pour une période supérieure à quatre ans. Les parents seuls, les personnes handicapées, les immigrants récents et les personnes peu instruites sont plus susceptibles de vivre dans la pauvreté pour des périodes prolongées.

Efforts pour lutter contre la pauvreté

Les données nationales sur la pauvreté ne sont publiées que depuis les années 1960, lorsque la question commence à susciter l'intérêt du public. Cette préoccupation vient en grande partie des conditions effroyables dans lesquelles vivent de nombreux Autochtones et personnes âgées à ce moment et aussi d'énormes écarts de revenu entre les régions. Cette soudaine « découverte » de la pauvreté contredit le sentiment de prospérité qui prévaut pendant l'après-guerre. En 1964, les États-Unis déclarent la « guerre à la pauvreté », tandis que le Canada procède plus discrètement à une analyse des causes pour tenter d'y remédier par l'adoption de lois. Le Bureau du Conseil privé crée, en 1965, un groupe de spécialistes chargés d'étudier la question et de favoriser une collaboration fédérale-provinciale dans la lutte contre la pauvreté. Cette même année, on assiste à la création de la Compagnie des Jeunes Canadiens, organisme chargé de coordonner et de stimuler les efforts individuels locaux. Bien qu'elle soit démantelée quelques années plus tard, cette compagnie est le précurseur des programmes fédéraux Perspectives Jeunesse, Programme d'initiatives locales et Canada au travail, qui tentent de créer de l'emploi et de réduire la pauvreté par l'intermédiaire d'initiatives locales, dans les années 1970 et 1980.

En 1968, Statistique Canada publie les résultats d'une étude sur les revenus des Canadiens. Cette étude deviendra la base utilisée pour définir et mesurer les faibles revenus au Canada. La même année, le Conseil économique du Canada (CEC) ébranle les Canadiens en utilisant ce nouveau système pour évaluer l'étendue de la pauvreté au Canada. Il conclut que 27 % de la population canadienne vit alors dans la misère. En 1968, en partie grâce à ces découvertes, le puissant Comité spécial du Sénat sur la pauvreté, sous la présidence de David Croll, commence ses audiences et ses enquêtes dans tout le pays. Son rapport, publié en 1971, jouit d'une large diffusion. Il reprend de nombreux points révélés dans le rapport du CEC et propose un programme de revenu annuel garanti pour éliminer la pauvreté au Canada.

Une autre commission d'importance créée durant cette période et dirigée par Claude Castonguay remet un rapport rédigé à partir d'une étude minutieuse sur la sécurité sociale au Québec. La commission préconise elle aussi (parmi de nombreuses recommandations portant sur la santé, la sécurité du revenu, l'emploi et les services sociaux) un revenu annuel garanti.

L'inquiétude au cours des années 1960 conduit également à l'adoption de nouvelles mesures anti-pauvreté importantes. Des négociations fédérales-provinciales amorcées en 1964 aboutissent à la création du Régime de pension du Canada et du Régime des rentes du Québec, puisque les programmes privés s'avèrent souvent inadéquats pour les travailleurs retraités à faible revenu et leurs familles (Voir Pension). Le Programme de supplément de revenu garanti, créé à la même époque, assure un revenu de base régulier aux gens âgés dans le besoin.

En 1966 s'ajoute le Régime d'assistance publique du Canada (RAPC). Ce programme complet d'aide sociale remplace les programmes fragmentaires à coûts partagés auxquels les gouvernements fédéral et provinciaux participent depuis 1927. Visant principalement les personnes handicapées et les chômeurs, le RAPC vient aussi en aide à toute autre personne à faible revenu, y compris les travailleurs à faible revenu. Par ce même programme, le gouvernement fédéral est engagé dans divers types de services sociaux, dont les garderies, les services de conseils familiaux, l'aide à domicile et les services d'aide à l'enfance.

Les défenseurs du RAPC proclament que ce régime accorde des prestations aux personnes démunies incapables de s'assurer une aide suffisante. En pratique, cependant, le RAPC s'en tient à son but traditionnel, soit de répondre essentiellement aux besoins des pauvres. Dans le budget fédéral de 1995, le RACP est remplacé par Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux. Ce nouveau mode de financement fusionne les paiements de transfert fédéraux du fonds d'assistance sociale (précédemment chapeauté par le RACP) au fonds prévu pour la santé et l'enseignement postsecondaire pour ainsi créer un fonds unique de transfert. (Voir Paiements de péréquation). De ce fait, les provinces jouissent désormais d'une plus grande latitude en ce qui a trait aux dépenses liées aux programmes sociaux, y compris ceux qui sont prévus pour alléger ou prévenir la pauvreté. (Voir Politique en matière de santé et Finances intergouvernementales).

Au cours des années 1970 et au début des années 1980, l'activité législative ne consiste guère qu'en simples ajouts ou retraits aux programmes déjà mis en application. La Loi sur l'assurance-chômage est modifiée en 1971 pour assurer une plus grande protection aux chômeurs de même qu'aux travailleurs malades. En outre, le crédit d'impôt pour enfants de 1978 s'ajoute aux avantages que consent le gouvernement fédéral aux familles avec enfants, particulièrement celles qui ont un revenu faible. (Voir Allocations familiales). Plusieurs provinces instaurent à l'intention des personnes âgées un système de prestations en fonction du revenu. La Saskatchewan, le Manitoba et le Québec implantent des programmes d'aide aux familles de petits salariés. Cependant, la révision globale du système canadien de sécurité sociale entreprise au milieu des années 1970 par les deux paliers de gouvernement n'atteint pas son principal objectif qui est d'établir un revenu annuel garanti. Les années 1980 sont quant à elles marquées par des coupes budgétaires dans les prestations de revenu et les services sociaux destinés aux pauvres, une tendance qui s'accentue dans les années 1990.

Dans une tentative pour combattre la pauvreté infantile, il a instauré la Prestation fiscale canadienne pour enfants (PFCE) en 1998. La PFCE comprend deux éléments : la prestation de base versée mensuellement à environ 80 % des familles canadiennes avec enfants, et le Supplément de la prestation nationale pour enfants (SPNE) versé aux familles à faible revenu avec enfants.

Pourquoi y a-t-il tant de pauvres?

Les préoccupations et les lois des années 1960 soulèvent pourtant cette autre question : pourquoi y a-t-il tant de pauvres dans un pays aussi riche que le Canada? La pauvreté est traditionnellement perçue comme un fait individuel et non comme un problème social. Autrement dit, les démunis sont responsables de leur état. Donc, ce n'est pas la richesse du pays qui est remise en question, mais la façon dont le pays la distribue. À cet égard, une société peut opter pour une économie de « laissez-faire » ou de libre entreprise selon laquelle les gens sont censés retirer du marché ce qu'ils y ont investi. Conformément à ce système, ceux qui travaillent au foyer leur vie durant ne reçoivent rien directement. Théoriquement, une société peut aussi distribuer ses richesses selon un système collectif ou socialiste voulant que les fruits de la production économique soient distribués en fonction des besoins.

Le système économique canadien a évolué et évolue encore à partir des principes du capitalisme établis au XIXe siècle, bien que, dans la distribution du revenu, le gouvernement s'engage à venir en aide aux personnes nécessiteuses. C'est pourquoi le système canadien est généralement qualifié de mixte. La plupart des richesses sont distribuées selon une économie de marché, en vertu de laquelle la propriété de biens et les emplois bien rémunérés donnent droit à une bonne part des profits nationaux. Ceux qui sont incapables de se faire une place décente dans ce système de marché (personnes handicapées, Autochtones et travailleurs sans qualification) doivent se rabattre sur une combinaison quelconque de formes d'assistance familiale, sociale ou gouvernementale. Or, comme ces personnes sont tenues responsables de leur incapacité à bénéficier du système économique, le soutien financier qu'elles reçoivent est généralement faible.