Premières années

Paul Demers s’intéresse très tôt aux arts, principalement à la musique, au cinéma, au théâtre et à la peinture. Inspiré par les Beatles (et plus particulièrement par le génie de Paul McCartney), Bob Dylan, Harry Belafonte, Robert Charlebois, Gilbert Bécaud et Charles Trenet, c’est sur les accords d’Hugues Aufrey que Demers, alors âgé d’environ 10 ans, apprend à jouer de la guitare.

À l’adolescence, il déménage à Ottawa et fréquente l’École secondaire Champlain située dans l’ouest de la ville. Il fait ses débuts en musique, en Outaouais, en présentant des chansons de répertoires, mais aussi de ses propres compositions. Après une prestation au Festival annuel de Théâtre Action à Sturgeon Falls en 1978, Alain Grouette, qui le remarque, lui propose de faire de la musique à ses côtés. C’est dans ce contexte que naît le groupe Purlaine, surnommé aussi, éventuellement, le trio PAD en l’honneur des musiciens du groupe (Robert Paquette, Marcel Aymar et Demers).

Vivre avec la maladie

En 1981, alors qu’il est âgé de 25 ans, il apprend qu’il est atteint de la maladie d’Hodgkin, un cancer des lymphatiques, traitable mais coriace. Il participe à des essais pour son traitement à l’Hôpital d’Ottawa et éventuellement, en sort vainqueur.

En 1985, à un moment où il fait un retour plus ou moins officiel sur scène, il participe à la Nuit sur l’étang à Sudbury et y présente sa chanson « Mademoiselle » qui remporte, à sa grande surprise, les bourses Bertrand et André Paiement de l’Assemblée des centres culturels de l’Ontario (ACCO). Cette dernière lui permet l’impression de la chanson en 45 tours.

« Notre place »

Peu de temps après, alors qu’il est toujours en convalescence, le directeur musical François Dubé lui propose d’écrire les paroles d’une chanson qui serait présentée lors d’un gala visant à célébrer l’entrée en vigueur de la Loi sur les services en français (communément appelée « Loi 8 »). Il s’agit d’un beau défi pour Demers qui a toujours été attiré et inspiré par la culture et la question identitaire franco-ontarienne. La pièce qu’il crée avec Dubé s’intitule « Notre place » et aborde la langue française sous l’angle des gens qui la parlent en évoquant les noms de plusieurs villes et villages francophones de l’Ontario comme la Pointe-aux-Roches (Stoney Point), Orléans (Ottawa), Lafontaine (Tiny), North Bay et Fauquier (Fauquier-Strickland). Présentée pour la première fois le 18 novembre 1989, la pièce musicale reçoit un accueil spectaculaire grâce à ses paroles et ses rythmes chargés d’émotions. « Notre place » devient, dès lors, l’hymne officiel des Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes. La pièce est enregistrée avec les voix de Paul Demers, Robert Paquette et le groupe manitobain Hart Rouge. De 1997 à 2002, lors de la lutte pour sauver l’Hôpital Montfort d’Ottawa, la chanson résonne à nouveau, devenant un véritable chant de ralliement pour la communauté francophone d’Ottawa.

Cinq ans après son premier diagnostic de cancer, Paul Demers doit faire face à une récidive de la maladie et subir une greffe de moelle osseuse autonome. Avec bravoure, il gagne à nouveau le combat qui, toutefois, reste latent tout au long de sa vie.

Le groupe CANO (Coopérative des artistes du nouvel Ontario), qui rassemble des artistes alliant leurs forces afin d’obtenir une plus grande présence au sein de la communauté, lui insuffle l’idée de fonder l’APCM, le 5 mars 1990, avec une vingtaine d’autres artistes dont Jean Malavoy. Ils obtiennent une première subvention et, après trois ans seulement, ils ont en main les outils nécessaires pour l’enregistrement et la distribution d’albums, ouvrant le chemin à de nombreux artistes francophones hors Québec. À ce jour, l’APCM compte plus de 100 artistes et groupes musicaux.

Albums

C’est à la suite de son passage au Festival international de Louisiane à Lafayette que Paul Demers découvre l’univers et l’ambiance festive de la musique cajun. Il revient chez lui avec des airs en tête et compose une chanson de style Zydeco pour sa fille Magali qu’il compare avec les plus belles filles, c’est-à-dire, selon lui, les femmes de la Louisiane.

En 1990, il lance son premier album éponyme, Paul Demers, où se mêlent des musiques aux sonorités pop-rock, blues et sentimentales. Bien que cet album ne connaisse pas une critique positive unanime, il rencontre un grand succès auprès du public, ce qui l’amène à voyager dans l’ensemble du Canada, aux États-Unis et en France.

En 1994, Paul Demers fait partie du spectacle concept « Épopéra » où il joue en compagnie de personnalités artistiques comme Daniel Lavoie, Jean-Guy Moreau, Laurence Jalbert et Mario Chenart. Il interprète la chanson « Lindberg » en duo avec l’intense et magistrale Louise Forestier.

En 1999, il lance son deuxième album D’hier à toujours. On y trouve « Un jour j’irai dans l’Nord » qu’il imagine, au départ, sous forme de chanson à répondre. Une des pièces marquantes de l’album, qui porte aussi le titre de celui-ci, « D’hier à toujours », propose des sonorités irlandaises (voir Musique irlandaise au Canada).

Tout au long de sa carrière, Paul Demers travaille en parallèle comme animateur culturel dans les écoles où il donne des ateliers en chansons et en technique de scène. En 2000 et 2001, il s’exile dans la région du sud de la Saskatchewan où il anime des ateliers destinés aux adolescents et fait de la radio à Radio-Canada, remplaçant au micro Michel Lalonde (membre fondateur du groupe Garolou), un autre artiste franco-ontarien. Il découvre les aurores boréales ainsi que les panoramas époustouflants des plaines et des horizons qu’il compare aux paysages océaniques. Ces grands espaces feront partie de ses thèmes de prédilection dans ses textes et son œuvre poétique. À son retour dans la vallée de l’Outaouais, il demeure engagé dans le domaine scolaire et s’investit avec passion à l’École Samuel-Genest à Ottawa où il partage son expérience et reste à l’affût des aspirations de la relève.

Son troisième et dernier album, Encore une fois, sort en 2011. Réalisé notamment avec la collaboration de Damien Robitaille, l’album regroupe des chansons qu’il a soigneusement accumulées au fil de ses nombreuses années en musique. Il remonte sur scène à l’occasion des FrancoFolies de Montréal et de la Nuit sur l’étang à Sudbury, et en 2013, il remporte le prix SOCAN de l’Auteur, compositeur ou auteur-compositeur par excellence.

Legs artistique et culturel

Le 29 octobre 2016, à l’âge de 60 ans, Paul Demers rend son dernier souffle après avoir reçu un troisième diagnostic de cancer, qui cette fois-ci, s’avère hélas incurable. Quelques semaines avant sa mort, il est présent à l’inauguration d’une école élémentaire d’Orléans, nommée Notre-Place en l’honneur de sa plus célèbre chanson. Aujourd’hui partie prenante du patrimoine des Franco-Ontariens, cette chanson, composée il y a près de 30 ans par Paul Demers et François Dubé, est entonnée chaque 25 septembre à l’occasion de la Journée des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes (voir Drapeau franco-ontarien). Le 2 mars 2017, au terme d’une initiative menée par l’APCM, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et l’Hôpital Montfort d’Ottawa, une motion adoptée par Queen’s Park a fait de « Notre place » l’hymne officiel de la francophonie ontarienne.

Prix et distinctions

Prix hommage SOCAN auteur-compositeur, Gala des prix Trille Or (2007)

Prix SOCAN de l’Auteur, compositeur ou auteur-compositeur par excellence, Gala des prix Trille Or (2013)

Voir aussi Chansonniers; Musique populaire francophone.