Jeunesse

Irene Marryat est la fille aînée du colonel Ernest Lindsay Marryat. Née à Londres, en Angleterre, où elle passera une partie de sa jeunesse, Irene Parlby déménage en Inde à l’âge de 13 ans lorsque son père y est posté. Elle fréquente par la suite des écoles privées en Suisse et en Allemagne. Faisant la sourde oreille à son père, qui lui recommande vivement la médecine, elle se tourne vers l’écriture et le théâtre.

Irene Parlby explore l’Europe pendant un certain temps avant d’aller rendre visite à des amis dans la région de Buffalo Lake, aux Territoires du Nord-Ouest (ultérieurement l’Alberta), en 1896. Peu après son arrivée, elle fait la rencontre de Walter Parlby, diplômé d’Oxford immigré au Canada pour y rejoindre son frère, un agriculteur vivant tout près de la ville d’Alix, en Alberta. Irene et Walter échangent leurs vœux en 1897.

Une fois installée dans sa nouvelle maison à Alix, Irene Parlby découvre que la vie à la ferme dans les Prairies lui plaît beaucoup; le Canada rural est en effet très différent des milieux urbains qu’elle a connus jusque-là. En 1899, elle donne naissance à un fils, Humphrey.

United Farm Women of Alberta

Walter Parlby participe activement aux activités des United Farmers of Alberta, dont il est élu président pour la section locale d’Alix en 1909. En 1913, Irene Parlby rejoint les rangs de l’Alix Country Women’s Club et est nommée secrétaire de l’organisation. Elle dira ceci de son rôle au sein du club : « J’étais loin de me douter, lorsque j’ai accepté ce poste, que je posais là le tout premier jalon d’une longue carrière publique que je ne visais pas du tout à l’époque. »

L’une des premières initiatives d’Irene Parlby avec le Women’s Club est la mise sur pied d’une bibliothèque locale, avec le soutien financier des lecteurs du London Spectator qui ont vu dans le journal son annonce de livres.

En 1913, Irene Parlby organise la toute première section locale féminine d’United Farmers of Alberta (UFA) et est élue présidente de l’organisation auxiliaire des femmes d’UFA en 1916. En tant que présidente, elle joue un rôle déterminant dans la transformation de l’organisation auxiliaire en organisation indépendante du nom d’United Farm Women of Alberta (UFWA). Dans le cadre de ses fonctions, elle sillonne la province d’un bout à l’autre, faisant pression pour l’amélioration des soins de santé et des services sociaux, de même que pour de meilleures écoles et bibliothèques pour les familles rurales. (Irene Parlby sera présidente jusqu’en 1920.)

En 1916, Irene Parlby présente un exposé lors d’une convention conjointe d’UFA et d’UFWA à Calgary intitulé Women’s Place in the Nation (la place des femmes dans la nation). Elle fait alors valoir que les femmes doivent s’insérer dans tous les domaines de la société.

Avec d’autres grandes militantes féministes albertaines – dont Louise McKinney, Henrietta Edwards et Emily Murphy –, Irene Parlby contribue à faire adopter la Loi sur le douaire à l’Assemblée législative de l’Alberta en 1917 (voir Douaire). Cette loi essentielle protège les droits de propriété des femmes mariées. (Voir aussi Irene Parlby et United Farmers of Alberta.)

« Ministre de la femme »

L’UFA devient un parti politique en 1921, avec des objectifs comme la régulation du commerce du grain, l’opposition à la privatisation du transport et la mise en lumière d’autres préoccupations importantes dans l’ouest du pays.

Irene Parlby est désignée comme candidate à l’UFA dans le district de Lacombe; on dit qu’elle aurait accepté de se présenter uniquement parce qu’elle estimait que l’UFA avait peu de chances de gagner. Elle décrit la campagne qui s’ensuit comme « empreinte de méchanceté » et raconte que « la seule chose qui semblait préoccuper mes adversaires était le fait que je sois une femme et pire encore, une Anglaise qui, bien qu’immigrée dans l’ouest du Canada lorsque la région était encore sauvage, ne pouvait d’aucune façon savoir de quoi elle parlait! »

Le 18 juillet 1921, l’UFA remporte la majorité à l’Assemblée législative de l’Alberta, et Irene Parlby est élue députée de son district.

Le premier ministreHerbert Greenfield nomme Irene Parlby au cabinet, faisant d’elle la deuxième femme de tout l’Empire britannique à occuper un tel poste. (La première à le faire est Mary Ellen Smith, élue à l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique quelques mois plus tôt.) Irene Parlby est nommée ministre sans portefeuille et chargée spécialement de conseiller le gouvernement sur des questions présentant un intérêt particulier pour les femmes et les enfants. Cependant, elle ne dispose ni d’un mandat ni d’un budget pour prendre quelque mesure que ce soit. La « ministre de la femme », comme on la surnomme, s’implique de façon particulière dans les questions liées aux soins de santé, à l’amélioration des salaires pour les travailleuses et aux droits de propriété des femmes mariées.

Les électeurs de Lacombe appuient Irene Parlby, la portant à nouveau au pouvoir en 1926, puis encore une fois en 1930. Pendant les 14 années qu’elle passera à l’Assemblée législative de l’Alberta, sa persévérance et sa patience seront ses principales alliées. Comme elle le déclarera un jour, « on ne provoque pas l’évolution avec de la dynamite. »

Lois relatives aux droits des femmes

En tant que « ministre de la femme », Irene Parlby parraine l’adoption réussie de lois relatives au salaire minimum pour les femmes, aux allocations pour les mères de famille et aux améliorations, notamment, à la Loi sur ledouaire et à la Loi sur les tuteurs officiels. Elle plaide en faveur de soins dentaires et médicaux mobiles, ainsi que de l’ouverture d’hôpitaux municipaux.

Les projets de loi mis de l’avant par Irene Parlby ne se sont pas tous concrétisés. En 1925, elle présente un projet de loi sur la communauté de biens, préconisant le maintien de tous les biens acquis par une femme avant son mariage ou obtenus par voie d’héritage ou de don au nom de la femme. Le projet de loi stipule également que tous les autres biens acquis pendant le mariage doivent demeurer dans la communauté. Considéré comme trop radical, le projet de loi échoue (voir Droit des biens).

Irene Parlby jouit d’une bonne réputation sur la scène politique. Une vingtaine de lois favorisant le bien-être des femmes et des enfants sont adoptées au cours de son mandat dans la fonction publique. Pour cette raison, certains la surnomment « ministre de la coopération ».

L’affaire « personne »

En août 1927, Emily Murphy invite Irene Parlby, Henrietta Edwards, Louise McKinney et Nellie McClung à une rencontre à son domicile d’Edmonton. Emily Murphy vient alors de rédiger soigneusement une pétition qu’elle souhaite présenter à la Cour suprême du Canada en ce qui concerne l’interprétation du mot personne en Amérique du Nord britannique(Loi constitutionnelle de 1867). À l’époque, les femmes sont exclues de la définition du terme personne en vertu de la Constitution. Emily Murphy et ses collègues activistes signent la pétition, qui demande essentiellement à la Cour suprême si le terme « personne » comme utilisé à l’article 24 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 inclut les femmes.Si la loi considère les femmes comme des personnes, la Constitution doit permettre la nomination de femmes au Sénat.

La Cour suprême rend sa décision le 24 avril 1928 : elle rejette la pétition. Cependant, la lutte est loin d’être terminée. D’abord surnommées les « Alberta Five » (les cinq Albertaines), puis Cinq femmes célèbres, les femmes portent leur demande devant le plus haut tribunal de l’époque, le Comité judiciaire du Conseil privé en Angleterre.

Le 18 octobre 1929, lord John Sankey, grand chancelier, lit le nom des cinq requérantes de l’Alberta. Il explique ensuite en détail son argumentation juridique dans ce qui deviendra l’affaire « personne ». Lord Sankey résume ainsi sa décision : les femmes sont des personnes en vertu de la loi. Par conséquent, les femmes sont admissibles à une nomination au Sénat.

Eugénisme

On critique souvent les membres des Cinq femmes célèbres pour leurs prises de position racisteset élitistes. Leur réputation et leurs réalisations se voient en quelque sorte ternies par leur association avec le mouvement eugénique. Irene Parlby appuie l’adoption de la Loi sur la stérilisation sexuelle, fondée sur des principes eugéniques, pendant son mandat de ministre au cabinet. Cette loi prévoit la stérilisation involontaire des personnes considérées comme atteintes d’une « déficience mentale ».

Dans un discours de 1924 présenté aux membres de l’United Farm Women of Alberta, Irene Parlby pose une question au sujet des pratiques agricoles normales d’abattage sélectif du troupeau pour favoriser uniquement la reproduction des meilleurs animaux, déclarant que « [...] et pourtant, quand il s’agit de la race humaine, nous permettons l’accouplement des individus les plus malades et imparfaits, à la fois mentalement et physiquement! »

Irene Parlby, comme plusieurs autres, est d’avis que la stérilisation pourrait prévenir d’autres problèmes et promulgue la Loi sur la stérilisation sexuelle. Entre 1928, année d’adoption de la loi, et 1972, année de son abrogation, des milliers de personnes considérées comme « psychotiques » ou « déficientes mentales » subiront ainsi la stérilisation eugénique.

Société des Nations

En 1930, le premier ministre R.B. Bennett fait d’Irene Parlby l’un des trois délégués canadiens qui participeront à la réunion de la Société des Nations à Genève, en Suisse. La Société des Nations est mise sur pied en 1919 après la Première Guerre mondiale, avec pour objectif de prévenir la guerre au moyen de la négociation, du désarmement et du concept de sécurité collective. La Société sera remplacée par l’Organisation des Nations Unies après la Deuxième Guerre mondiale.

Fin de vie

À l’approche des élections de 1935, Irene Parlby décide de ne pas se présenter pour un quatrième mandat. Elle se réinstalle dans le confort de sa demeure, prenant soin de sa famille et poursuivant son travail de promotion du mieux-être des femmes. Au cours de la même année, l’Université de l’Alberta décerne à Irene Parlby un doctorat honorifique en droit pour ses nombreuses années consacrées au conseil des gouverneurs de l’établissement. Elle est alors la première femme à recevoir une telle distinction.

Après avoir laissé une trace indélébile dans l’avancement des droits des femmes ainsi qu’en politique canadienne, Irene Parlby s’éteint à Red Deer, en Alberta, à l’âge de 97 ans.

Importance et héritage

Le gouvernement du Canada reconnaît Irene Parlby comme une personne d’importance historique nationale en 1966. Cette décision s’appuie non seulement sur le rôle joué par cette femme dans l’affaire « personne », mais aussi sur le travail qu’elle a accompli en tant que députée provinciale de l’Alberta et sur ses années de service remarquable dans les domaines de « l’éducation, des services sociaux et de la réforme législative ». En octobre 2009, soit 80 ans après l’affaire « personne », le Sénat du Canada vote pour décerner aux Cinq femmes célèbres le statut de sénatrices honoraires. C’est la première fois que le Sénat accorde une telle distinction.