Créé en 2008, le parc national des Monts-Torngat couvre 9700 km2, du LABRADOR au nord du fjord Saglek. Torngat, en inuktitut Torngait, désigne l'un des plus puissants esprits inuits, dont on croit qu'il habite ces montagnes. Habité par les INUITS et leurs prédécesseurs pendant des millénaires, ce lieu reste de nos jours un territoire inuit.

La création du parc a abouti après un processus entamé en 1969. Elle a exigé de la patience, de la persévérance, des changements dans les politiques et dans les conditions, un respect mutuel et, surtout, le consentement des Inuits à la création d'un PARC NATIONAL chez eux.

La réserve de parc national du Canada des Monts-Torngat a été établie officiellement le 1er décembre 2005, date de promulgation de la Loi sur l'Accord sur les revendications territoriales des Inuit du Labrador. Les Inuits du Nunavik (dans le Nord du Québec) ont aussi des droits et des intérêts sur les terres et les ressources de cette région. Leur consentement à la création d'un parc national a été donné dans l'Accord sur les revendications territoriales des Inuit du Nunavik et la réserve de parc national a acquis le statut de parc national à part entière lors de l'entrée en vigueur de l'accord le 10 juillet 2008.

Histoire naturelle

Le parc national des Monts-Torngat s'étend du fjord Saglek au sud jusqu'à l'extrémité nord du Labrador, et d'ouest en est, de la frontière provinciale avec le Québec jusqu'à la MER DU LABRADOR. Dans ce périmètre, une enclave de 8,4 km2 de terres des Inuits du Labrador dont le centre est Iron Strand Beach ne fait pas partie du parc. Celui-ci comprend toutes les îles côtières et les îlots qui se trouvent dans le fjord Saglek et au nord de celui-ci, ainsi que toutes les terres jusqu'à la laisse de basse mer.

La situation biophysique du parc a une grande influence sur le climat et le biote. La présence de la mer du Labrador à l'est, des détroits d'HUDSON et de DAVIS au nord et de la BAIE D'UNGAVA à l'ouest soumettent le parc à un effet maritime puissant. Pendant tout l'hiver, la banquise s'avance jusqu'à la côte. Les glaces peuvent persister jusqu'en juillet et les ICEBERGS, dériver au large sur le courant du Labrador tout l'été. En plus de subir l'influence de la mer, les MONTS TORNGAT sont entrecoupés de profonds FJORDS et de vallées fluviales. Des gradients bioclimatiques extrêmes sont donc la norme, ce qui explique la présence de communautés climatiques et écologiques très localisées. La température atteint souvent les 20º-30º C en été, mais il peut y avoir pendant n'importe quel mois des températures au-dessous de zéro, de la neige et des vents extrêmes.

Les monts Torngat présentent une géologie spectaculaire. La diversité du relief de surface est bien visible en raison du couvert végétal limité et des strates épaisses de roc découpées par des falaises abruptes. La datation des plus vieilles roches du parc leur donne un âge de plus de 3,6 milliards d'années et les effets successifs de la TECTONIQUE DES PLAQUES, des dépôts, du métamorphisme et de la glaciation ont créé une riche mosaïque géologique. La chaîne de monts compte de nombreux pics de plus de 1200 m d'altitude, entre autres le mont Caubvick (nommé mont D'Iberville au Québec), dont le sommet culminant à 1652 m est le point le plus élevé de la partie continentale du Canada à l'est des MONTAGNES ROCHEUSES. Les signes de GLACIATION sont nombreux. Plus de 50 petits glaciers ont même subsisté dans des cirques profonds; ce sont les seuls GLACIERS du continent nord-américain à ne pas se trouver dans les montagnes de l'Ouest.

Le parc national des Monts-Torngat est situé juste au nord de la LIMITE FORESTIÈRE et les différences dans la végétation y sont prononcées. Au fond des vallées abritées de la moitié sud du parc se trouvent des fourrés relativement denses de saules et d'aulnes, et quelques petits peuplements de peupliers baumiers subsistent au bord du fjord Nachvak. Cependant, à mesure qu'on s'élève vers les hauteurs, on voit que ces fourrés cèdent rapidement la place aux bouleaux glanduleux, à des arbustes rabougris et à la TOUNDRA herbacée, puis à des étendues stériles où dominent les roches, les lichens et les mousses. En allant vers le nord, on voit ces zones descendre vers le niveau de la mer, impression que la côte amplifie. Les fourrés se raréfient et finissent par disparaître dans la moitié nord du parc, et l'extrême nord est dominé par la toundra et des roches recouvertes de lichen.

Le parc est à la limite de l'aire de répartition de nombreuses espèces fauniques. Les espèces boréales vivent dans la végétation relativement riche des vallées fluviales du sud tandis que les espèces de la toundra occupent les parties montagneuses du parc et celles qui sont le plus au nord. Les peuplements qui s'y trouvent, caractéristiques du Bas-Arctique en général, comprennent le RENARD arctique, le LOUP gris, le LIÈVRE arctique, le CARIBOU et plusieurs espèces de CAMPAGNOLS nordiques et de LEMMINGS. Beaucoup d'espèces boréales habitent le parc, dont l'OURS noir et le renard roux. En raison du littoral étendu, il se trouve également des espèces associées aux milieux marins, en particulier des ours polaires, mais aussi plusieurs espèces de PHOQUES et de BALEINES. Un grand nombre d'OMBLES arctiques y remontent de la mer et constituent une source de nourriture importante pour les animaux et les Inuits depuis des siècles.

Les communautés d'oiseaux témoignent du rôle de carrefour faunique que joue le parc. La limite septentrionale de l'aire de répartition de plusieurs espèces de la limite forestière se situe dans des fourrés de grands arbustes qui se trouvent dans la moitié sud du parc. On peut y voir entre autres la grive à joues grises, la PARULINE rayée, la paruline à calotte noire, le bruant hudsonien et le BRUANT fauve. Toutefois, de véritables espèces arctiques se reproduisent aussi dans la région; c'est le cas du PLONGEON catmarin, de la MOUETTE blanche, du harfang des neiges (voirHIBOU), de la BUSE pattue et du LAGOPÈDE alpin. Les nombreuses baies et îles abritées sont importantes pour les OISEAUX MARINS tels que le guillemot à miroir et le goéland bourgmestre, tandis que la côte nord du Labrador sert de territoire de mue à beaucoup d'espèces d'OISEAUX AQUATIQUES, comme le garrot commun et le garrot d'Islande, le canard noir, la macreuse noire, l'eider à duvet et la bernache du Canada, qui y viennent à la fin de l'été.

Patrie des Inuits

Les Inuits et leurs prédécesseurs occupent les monts Torngat depuis des millénaires et on trouve partout dans le parc des sites archéologiques, dont certains remontent à près de 7000 ans. La carrière de chert de la baie de Ramah a produit cette pierre vitreuse jugée de grande valeur et qui servait à faire des outils. Le chert de Ramah a été très utilisé pour le troc et on en trouve jusqu'à Terre-Neuve, en Nouvelle-Angleterre et aux Grands Lacs. Les signes d'occupation humaine plus récente sont des sites abandonnés de missions MORAVES et de postes de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson ainsi qu'une station météorologique allemande que l'équipage d'un sous-marin avait eu pour mission d'installer dans la région, à Martin Bay, pendant la Deuxième Guerre mondiale (voir aussiOPÉRATIONS DES SOUS-MARINS ALLEMANDS).

Aujourd'hui, les Inuits continuent de chasser, de pêcher et de se déplacer dans la région qui, par ailleurs, attire de plus en plus de touristes du monde entier. Bien que beaucoup d'aînés inuits soient nés et aient grandi dans le secteur qui constitue maintenant le parc, celui-ci n'est pas occupé toute l'année par des humains.

Gestion du parc

L'élément fondamental de la relation entre Parcs Canada et les Inuits est un conseil de cogestion de sept membres, dont deux sont nommés par la Société Makivik (qui représente les Inuits du Nunavik), deux par le gouvernement Nunatsiavut (représentant les Inuits du Labrador) et deux par Parcs Canada. Le conseil est présidé par un administrateur indépendant nommé conjointement par les trois parties. Le conseil a pour mandat de conseiller le ministre fédéral de l'Environnement sur toutes les questions se rapportant à la gestion du parc.

Les bureaux administratifs, les installations d'accueil et le centre d'orientation se trouvent à NAIN (T.-N.-L.). Il y a aussi un bureau au Nunavik, à KANGIQSUALUJJUAQ, au Québec. Le camp de base et la station de recherche des monts Torngat appartiennent aux Inuits, qui l'exploitent. Ils jouxtent la limite sud du parc, dont ils constituent un point d'accès. Le parc permet de pratiquer des activités telles que la randonnée pédestre de courte et longue durée et l'alpinisme, de participer à des expéditions ou visites guidées et d'explorer l'histoire culturelle et humaine.