L'ordre d'Orange est une société fraternelle protestante fondée en 1795 en Irlande pour commémorer la victoire de Guillaume d'Orange lors de la bataille de la Boyne en 1690. Pendant l'insurrection irlandaise de 1798, l'ordre d'Orange devient le principal lien entre le gouvernement britannique et les protestants d'Irlande, alors que les Orangistes remplissent les rangs de la milice volontaire et occupent la majorité des postes de la fonction publique. Bien qu'il demeure puissant en Ulster, l'ordre d'Orange perd presque toute son influence en Irlande après l'adoption du Catholic Emancipation Act en 1829. Les loges orangistes adoptent un rituel et un fonctionnement de style maçonnique fondés sur l'entraide mutuelle et l'organisation d'événements à caractère social. Les Orangistes qui s'installent en Grande-Bretagne et dans les colonies britanniques sont aidés par les loges locales qui facilitent leur intégration au nouveau milieu.

La Grande Loge d'Amérique du Nord britannique est fondée par Ogle R. Gowan, le 1er janvier 1830 à Brockville dans le Haut-Canada. Gowan essaie d'utiliser les loges orangistes comme tremplin de sa carrière politique en regroupant, en 1836, Catholiques et Orangistes sous la bannière conservatrice. En 1844, l'influence électorale des Orangistes est telle que John A. MACDONALD devient membre de l'ordre. En 1853, l'alliance des Conservateurs avec le Parti bleu canadien-français provoque une division au sein du mouvement. Même si la brèche est colmatée en 1856, le vote orangiste est dès lors divisé. Les Orangistes sont accusés d'avoir apporté outre-mer des querelles européennes, alors que ce sont les Pèlerins qui ont importé en Amérique le mouvement anti-catholique. Au Canada, au début des années 1860, le journal The Globe du libéral George Brown accuse le grand maître orangiste Ogle Gowan de trahir la cause protestante. En effet, la Grande Loge orangiste freine l'ardeur de l'EQUAL RIGHTS ASSOCIATION ultraprotestante des années 1880 et celle des associations de défense des protestants des années 1890, basées aux États-Unis.

Des deux côtés de l'Atlantique, les Orangistes préservent les traditions des Irlandais protestants pour qui l'anniversaire de la bataille de la Boyne est l'équivalent de la Saint-Patrick. La célébration de cet anniversaire demeure toujours une source de tensions en Ulster mais, au Canada, il s'agit simplement d'une fête annuelle parmi tant d'autres. L'importance à la fois politique et sociale des loges orangistes atteint son apogée pendant le dernier quart du XIXe siècle, mais leur influence se fait sentir au XXe siècle jusque dans les années 50. Elle survit encore aujourd'hui dans certaines communautés rurales.