Enfance et emprisonnement

Marina Nemat grandit à Téhéran, en Iran, au sein d'une famille chrétienne et apprend les récits bibliques de sa grand-mère russe. Adolescente, elle participe avec des amis à des manifestations dénonçant la diminution des droits des femmes sous la révolution islamique de l'ayatollah Khomeini. À 16 ans, elle est arrêtée et faussement accusée d'être membre du parti communiste. Détenue à la prison d'Evin pendant deux ans, elle est maintes fois battue, violée et privée de sommeil. Elle est sur le point d'être exécutée lorsqu'un de ses gardiens, Ali, déclare son amour pour elle, se porte à sa défense et obtient qu'on la remette aux mains de sa propre famille.

Marina Nemat est stupéfaite de la gentillesse de la mère d'Ali et d'apprendre que celui-ci a également été torturé par les hommes du shah à la prison d'Evin. Elle en vient ainsi à comprendre les cycles d'inhumanité favorisés par les régimes despotiques. Bientôt, elle est forcée de se convertir à l'islam, de changer de nom et d'épouser Ali. Quatorze mois plus tard, ce dernier est abattu en public et Marina Nemat est renvoyée à la prison d'Evin après avoir fait une fausse couche. La famille d'Ali négocie son retour chez ses parents, qui refusent de parler de l'expérience vécue par leur fille : « J'attendais qu'ils me demandent quelque chose, n'importe quoi qui aurait pu m'indiquer où commencer mon récit. » La torture qu'elle a subie et son mariage forcé demeurent sources de honte et de culpabilité. En 1985, elle épouse son amour de jeunesse, André, dans une cérémonie chrétienne secrète. Ils immigrent au Canada en 1991 avec leur fils.

Écrits autobiographiques

Pour venir à bout de ses cauchemars sur ce qu'elle a vécu à la prison d'Evin, Marina Nemat décide de se rappeler volontairement ses souffrances et de les noter; c'est ainsi que commence l'ébauche de ses mémoires, Prisoner of Tehran (2007; trad. Prisonnière à Téhéran, 2008) (voir Écrits à caractère intime de langue anglaise). Dans une prose précise et mesurée, Marina Nemat y décrit son intention d'oublier le passé : « Alors que nous nous éloignions de Pearson, j'ai regardé par la fenêtre, et l'immensité du paysage m'a stupéfaite. Le passé était loin derrière, dans l'intérêt de tous. » Saluée par la critique comme « l'autobiographie la plus belle et la plus élégante écrite au Canada », l'œuvre a été publiée dans une trentaine de pays et a remporté le prestigieux prix Grinzane Cavour en Italie.

En 2008, après une dépression, Marina Nemat se remet à écrire et publie After Tehran, A Life Reclaimed (2010). Elle y révèle comment la stabilité de sa vie au Canada a été érodée par les voix et les visions qu'elle avait enfouies. Sur un rythme soutenu, Marina Nemat réfléchit à la confusion de la vie qu'elle a été forcée de partager avec Ali, mise en évidence par sa réaction à son décès par balle : « Je l'ai détesté, j'ai essayé de lui pardonner et, en vain, j'ai essayé de l'aimer. »

Dans un langage sans invective ni rancœur, Marina Nemat montre comment l'humanité se dégrade quand un régime entretient la peur plutôt que la liberté, la violence plutôt que la libre expression, la destruction plutôt que le débat. Sa prose délibérée et audacieuse définit son objectif : « Je suis un témoin et une écrivaine, pas une politicienne. » Elle affirme que ses récits sont des protestations universelles et pas seulement les siennes, qu'elles sont celles de nombreuses personnes qui souffrent.

En 2012, Prisoner of Tehran est finaliste au concours Canada Reads du réseau anglophone de Radio-Canada (CBC). Parfois, au cours de débats houleux, la véracité des propos de Marina Nemat est remise en question, ce qui attire l'attention de la presse nationale. Marina Nemat répond publiquement, répétant que ses histoires ne sont pas uniques, mais qu'elles constituent « le témoignage humble et imparfait de milliers d'autres qui ont été terriblement lésés... torturés et exécutés parce qu'ils avaient osé parler ». Les mémoires de Marina Nemat mettent au jour un régime qui, tout en inspirant une peur profonde au sein de sa population, a fait naître chez les individus la force profonde de résister.

Militante pour les droits de la personne

En 2008, Marina Nemat est lauréate du premier prix Dignité humaine décerné par le parlement européen. Elle est membre et porte-parole de l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, conférencière pour Amnistie internationale, et siège aux conseils d’administration du Centre canadien pour victimes de torture et de PEN Canada. En 2014, elle a reçu le prix Morris B. Abram pour les droits de la personne de l’organisation non gouvernementale UN Watch basée à Genève. Elle habite en banlieue de Toronto et enseigne en création littéraire à l’Université de Toronto au sein de l’école de formation continue.