Marie-Claire Blais, romancière, (Québec, 5 octobre 1939 - ). Marie-Claire Blais grandit dans le quartier ouvrier de Limoilou, à Québec. Éduquée par des religieuses catholiques, elle est de plus en plus désillusionnée par ses études et décide d'aller plutôt sur le marché du travail tout en suivant quelques cours de littérature. Son talent sera d'ailleurs vite remarqué par ses professeurs qui l'encourageront à écrire.

Elle publie en 1959, son premier roman, La Belle Bête, salué par la critique mais aussi critiqué pour son aspect amoral. D'une violence et d'un langage cru tout nouveau pour l'époque au Québec, l'intrigue de ce roman laissera des marques ineffaçables dans l'imaginaire de ses nombreux lecteurs. L'histoire des relations tordues entre cette jeune femme laide et son jeune frère, simple d'esprit mais d'une beauté exceptionnelle, sert de tremplin à toute une panoplie d'émotions plus fortes les unes que les autres; les critiques y parleront même de sauvagerie sans nom, d'ou la stupeur éprouvée par les lecteurs vu le jeune âge de l'auteure. Ce roman sera tout de suite publié en France en 1960 et traduit en anglais (Mad Shadows), en espagnol et en italien. Remarquée par le critique américain Edmund Wilson, cette œuvre remarquable permettra à Marie-Claire Blais, de retour de quelques mois difficiles à Paris, de se mériter deux bourses de la fondation Guggenheim. Elle part donc s'installer dans la région de Cape Cod, avec ses amies, la peintre Mary Meigs et la journaliste Barbara Deming. Suit rapidement un deuxième roman, Tête blanche (1960; trad. 1961). Paraît en 1965, le très acclamé roman Une saison dans la vie d'Emmanuel (A Season in the Life of Emmanuel), traduit dans plus d'une dizaine d'autres langues). Plus de 2000 livres, thèses, articles, critiques et entrevues ont été rédigés sur ce roman et les multiples interprétations qu'en a faites la critique littéraire représentent un hommage certain à la riche complexité du roman.

En 1972, Marie-Claire Blais déménage en Bretagne et, après avoir passé quelques années en Europe, revient s'installer à Montréal, où elle continue d'écrire de manière prolifique. Montréal et l'Estrie lui sont particulièrement inspirants et serviront de toile de fond pour nombre de ses œuvres subséquentes. On pense à Le Sourd dans la ville (1979), Visions d'Anna (1982), Tête blanche (1980), L'insoumise (1966), David Sterne (1967), Manuscrits de Pauline Archange (1968), Vivre! Vivre! (1969), Pierre (1991), L'ange de la solitude (1989), Un jardin dans la tempête (1990), Soifs (1995), Dans la foudre et la lumière (1995), Augustino ou le chœur de la destruction (2005), Naissance de Rebecca à l'ère des tourments (2009), Mai au bal des prédateurs (2010).

Quelques-uns de ces romans furent adaptés pour le cinéma, on pense à Une saison dans la vie d'Emmanuel, réalisé par Claude Weisz (1968), prix de la Quinzaine des jeunes réalisateurs, Le sourd dans la ville, réalisé par Mireille Dansereau (1987), prix Mostra du Festival de Venise, et L'océan, téléthéâtre de Jean Faucher pour Radio-Canada.

Marie-Claire Blais a aussi œuvré comme auteure dramatique, ayant écrit plus de six pièces de théâtre, dont un texte français inspiré d'une traduction de Seamus Heaney de l'Antigone, de Sophocle présenté par le TNM en 2005 et comme poète, ayant publié cinq recueils de poésie. Marie-Claire Blais a de plus participé à la scénarisation du film d'Anne-Claire Poirier pour l'ONF, Tu as crié Let me go. Marie-Claire Blais vit en alternance dans l'Estrie (Québec) et à Keys (Floride).

Les œuvres de Marie-Claire Blais lui ont valu plusieurs prix internationaux. Entre autres, elle se mérita le Prix du Gouverneur Général (1968,1979, 1996, 2001, 2005, 2008), le prix France-Canada (1965), le prix Médicis (1966), le prix Athanase-David (1982), le prix de l'Académie française (1982), le prix Ludger-Duvernay (1988), le prix d'Italie (1999), le prix W.O.-Mitchell (2000), le prix Prince-Pierre de Monaco (2002), le prix Gilles-Corbeil de la fondation Émile-Nelligan (2005), attribué tous les trois ans pour l'ensemble d'une œuvre, le prix Matt-Cohen du Writers' Trust of Canada (2007), première fois remis à un écrivain francophone. Marie-Claire Blais a été nommée International Woman of the Year par l'International Biographical Centre de Cambridge en Angleterre. Elle est membre de l'Ordre du Canada, de l'Ordre national du Québec et a été nommée Chevalier de l'Ordre des Lettres de France. Elle a de plus reçu la Médaille commémorative marquant le 125e anniversaire de la Confédération du Canada (1992). Elle est aussi la première auteure nord-américaine à avoir été invitée à se joindre à la prestigieuse Académie de la langue et de la littérature française de Belgique.