Margaret Laurence, née Jean Margaret Wemyss, romancière (Neepawa, Man., 18 juill. 1926 -- Lakefield, Ont., 5 janv. 1987). Après des études à Neepawa, puis au United College de Winnipeg, elle épouse, en 1947, Jack Laurence, un ingénieur hydraulicien. Le couple s'installe en Angleterre, en 1949, puis séjourne en Somalie et au Ghana, où Jack est constructeur de barrages pour le British Overseas Development Service. Laurence donne naissance à deux enfants (1952 et 1954). En 1957, la famille quitte le Ghana pour Vancouver, puis, en 1962, Margaret part pour l'Angleterre avec ses enfants, où elle s'installe dans le village de Penn (Buckinghamshire). Margaret et Jack Laurence divorcent en 1969, et, en 1974, Margaret revient s'établir définitivement à Lakefield (Ontario).

Dès l'âge de sept ans, elle écrit des histoires. Ses travaux d'écriture se poursuivent pendant ses études secondaires, puis pendant la période où elle travaille pour un quotidien syndical, le Winnipeg Citizen. Il faudra attendre son séjour en Somalie pour que paraisse sa première oeuvre. En 1954, le protectorat britannique de Somalie publie A Tree for Poverty, une traduction de légendes et de poèmes somaliens. L'Afrique transforme la jeune occidentale, libérale et idéaliste qu'était Margaret en une femme pleine de maturité. Elle saisit vite les problèmes des jeunes nations, sympathise avec leurs peuples et lit tout ce qui se rattache à leur histoire et à leur littérature. Sa première oeuvre de fiction, Uncertain Flowering, figure dans l'anthologie de Whit Burnett (1954). Cette nouvelle sera suivie de plusieurs autres récits se déroulant au Ghana, qui paraîtront dans diverses revues, puis seront regroupés, en 1963, sous le titre The Tomorrow-Tamer. C'est encore le Ghana qui sert de toile de fond à son premier roman, This Side Jordan, publié en 1960. Tous ses romans africains témoignent d'une volonté d'apprendre à maîtriser l'écriture ainsi que d'un talent naissant, fondé sur une confiance passionnée dans la dignité et le potentiel de tout être humain.

De retour à Vancouver, Laurence reprend ses mémoires des années somaliennes, qui seront publiées sous le titre The Prophet's Camel Bell (1963). Puis, elle se concentre sur son personnage Hagar Shipley, inventé à partir de ses souvenirs de ses Prairies natales. The Stone Angel (1964 ; trad. L'Ange de Pierre , 1976) raconte le dernier voyage de Hagar vers l'acceptation de l'amour et de la liberté et marque une date importante dans l'histoire de la littérature canadienne. Ce sera le chef-d'oeuvre de Laurence. L'action se déroule à Manawaka, une ville imaginaire que Margaret Laurence fait surgir du paysage canadien et qui annonce ses futurs romans.

A Jest of God (1966 ; trad. Un dieu farceur, 1981) raconte l'histoire de Rachel Cameron, qui, au sortir de l'épreuve qu'elle traverse au cours d'un été à Manawaka, dans les années 60, se découvre une personnalité fragile mais riche. À partir de 1962, sept des huit nouvelles de A Bird in the House (1970 ; trad. Un oiseau dans la maison, 1989) sont publiées. Margaret Laurence fait vivre à l'héroïne, Vanessa MacLeod, ses propres expériences. Elle transpose sous forme romanesque certains événements de sa vie : la mort de ses parents, les bouleversements et la douleur qu'entraîne cette perte, les situations qu'elle a été amenée à vivre. Stacey MacAindra, l'héroïne de The Fire-Dwellers (1969 ; trad. Ta maison est en feu, 1971), est la soeur de Rachel Cameron. Épouse d'un commis qui tire le diable par la queue et mère de quatre enfants, Stacey vit à Vancouver et incarne la femme au foyer de notre époque. Elle se considère quelconque et sans intérêt, mais l'auteure révèle avec un immense talent son courage, son immense amour et sa vitalité.

The Diviners (1974 ; trad. Les oracles, 1979), histoire de l'écrivaine Morag Gunn, rappelle la propre démarche de Laurence et représente l'apogée du cycle de Manawaka. Roman complexe et profond, il réunit des colons écossais et des métis de Manawaka et débouche sur la fusion du passé et du présent et sur l'affirmation de l'avenir dans le personnage de Pique, la fille de Morag et de Jules Tonnere.

De temps à autre, Margaret prend plaisir à écrire des livres jeunesses. Jason's Quest (1970), conte joyeux et inventif sur une taupe et ses amis, traite de la confrontation entre les forces de l'ombre et les forces de la lumière. Six Darn Cows (1979) est une histoire admirablement bien rédigée, destinée aux très jeunes lecteurs, et The Olden Days Coat (1979 ; révisé en 1982), consiste en un conte merveilleux de Noël. A Christmas Birthday Story (1980) est la nouvelle version d'une oeuvre écrite quand ses enfants étaient tous petits. En 1968, son intérêt pour la littérature africaine s'exprime dans Long Drums and Cannons, hommage à la renaissance de la littérature nigériane en langue anglaise entre 1958 et 1964. En 1976, elle regroupe ses essais sous le titre Heart of a Stranger.

Installée à Lakefield, Laurence milite constamment au sein de divers organismes pacifistes, en particulier du Project Ploughshares. Elle est nommée Membre de l'Ordre du Canada et reçoit des grades honorifiques de 14 universités canadiennes. The Stone Angel est le premier roman canadien à figurer parmi les lectures obligatoires pour l'agrégation, un prestigieux concours français. Ses ouvrages sont traduits en plusieurs langues, et, avant sa dernière maladie, elle préparait un voyage en Grande-Bretagne, où Virago Press réimprime aujourd'hui les romans du cycle Manawaka, et en Norvège, où la traduction de The Stone Angel a remporté un succès de librairie. Pendant trois ans, Laurence a été chancelière de l'U. Trent de Peterborough (Ontario).

Auteure attachante, son nom restera gravé dans la mémoire pour ses ouvrages, sa personnalité chaleureuse, sa vigueur et son humour qu'elle a partagé avec tant de générosité. Son testament littéraire, ses mémoires Dance on the Earth, qu'elle a terminés avant de mourir, ont été publiées en 1989.