Éducation et début de carrière

Madeleine Thien naît l’année où ses parents émigrent de Malaisie pour s’établir à Vancouver . Son père est sino-malais et sa mère est originaire de Hong Kong. Son frère et sa sœur aînés sont nés en Malaisie. Elle a étudié la danse contemporaine à l’Université Simon Fraser et a obtenu en 2001 une maîtrise en beaux-arts spécialisée en création littéraire de l’Université de la Colombie-Britannique. La même année, elle publie son premier livre, Simple Recipes (Version française : Une recette toute simple : nouvelles), un recueil de courts récits tirés de sa thèse de maîtrise.

Simple Recipes marque l’émergence d’une jeune écrivaine au talent prometteur dont les récits empathiques expriment de manière remarquable les sentiments de perte, de solitude et de fragmentation. Le livre se concentre sur les relations familiales et les conflits qui surgissent entre les générations et les différentes cultures, mettant au premier plan les sentiments d’aliénation, de confusion et de violence ressentis par les enfants, souvent dans le contexte de familles déchirées. Madeleine Thien a reçu plusieurs prix pour ce recueil : le Canadian Authors Association/Air Canada Emerging Writer Award en 2001, décerné à l’auteur canadien de moins de 30 ans le plus prometteur, le City of Vancouver Book Award en 2001, le VanCity Book Prize en 2002 et l’Ethel Wilson Fiction Prize en 2002. Simple Recipes lui vaut également le prix Kiriyama (décerné à un livre remarquable) en 2001.

Romans

Le premier roman de Madeleine Thien, Certainties (Certitudes, 2006), figure parmi les ouvrages finalistes pour le prix Kiriyama en 2007. Le récit se déroule dans le Bornéo du Nord (aujourd’hui la Malaisie) durant la Deuxième Guerre mondiale, un conflit que Madeleine Thien qualifie de « cœur noir de notre siècle ». Elle décrit les retombées de la guerre et de la décolonisation, les pertes personnelles que les bouleversements politiques engendrent, et la dislocation émotionnelle engendrée par l’expérience de la migration.

Son deuxième roman, Dogs at the Perimeter (Lâcher les chiens), est publié en 2011. Elle y suit des survivants de la violence des Khmers rouges cambodgiens qui ont assassiné des millions de personnes à la fin des années 1970. Ces rescapés essaient de trouver le moyen de vivre avec leur passé et, si possible, de retrouver des êtres chers perdus durant la révolution.

Le troisième roman de Madeleine Thien, Do Not Say We Have Nothing (2016), lui vaut le prix littéraire du gouverneur général du Canada dans la catégorie fiction et le Prix Scotiabank Giller. Le livre est également finaliste pour l’attribution du prix Man Booker. Le récit commence à Vancouver avec Li-Ling (Marie en anglais) qui médite sur le départ de son père puis son suicide à Hong Kong en 1989, au moment des manifestations sur la place Tiananmen à Beijing. Quelques mois après la tragédie, Marie et sa mère reçoivent une lettre d’une femme en Chine qui leur demande d’accueillir temporairement sa fille, Ai-ming, qui a eu des ennuis lors des manifestations. Il s’avère que le père d’Ai-ming est le compositeur Sparrow, le mentor du père de Marie dans les années 1960 au conservatoire de musique de Shanghai. Marie raconte alors l’histoire longtemps tue de l’amour de son père pour la musique et la façon dont il a été oppressé durant la Révolution culturelle.

The Chinese Violin (2001) est un livre pour enfants qui s’inspire de l’histoire vraie d’une fille qui émigre de Chine avec son père.

Madeleine Thien a vécu dans plusieurs endroits, à Vancouver, aux Pays-Bas, à Québec, à Montréal et à Berlin. À l’âge de 20 ans, elle entame une série de voyages à travers l’Asie du Sud-Est, au cours desquels elle rencontre plusieurs membres de la famille éloignée et étudie le contexte de ses romans. Elle continue à voyager souvent et ses ouvrages de fiction sont l’occasion pour elle de méditer sur la manière dont le temps et les lieux se croisent dans la vie des gens.

Dans sa fiction, Madeleine Thien examine les moyens que les gens développent pour vivre avec l’amour et la perte, les souvenirs et l’identité, pour se reconstruire tout en se créant un foyer. Cette quête de sens emprunte différents chemins, notamment celui des neurosciences, de la photographie et des autres imageries visuelles et passe par l’identification des motifs, des codes et des systèmes mathématiques. Madeleine Thien explore la manière dont les peuples définissent leur relation au monde grâce à cette combinaison d’approches poétiques et scientifiques.

L’affaire Steven Galloway

En novembre 2015, Steven Galloway, auteur du succès de librairie The Cellist of Sarajevo et directeur du programme d’écriture créative à l’Université de la Colombie-Britannique, est accusé d’agression sexuelle, de harcèlement sexuel et d’intimidation par une ancienne étudiante. Steven Galloway est placé en congé sans solde et l’ancienne juge de la Cour suprême de la Colombie-Britannique est engagée pour enquêter sur ces allégations. Son rapport, publié en juin 2016, conclut qu’aucune des principales allégations ne peut être confirmée adéquatement. À la fin du mois de juin, l’Université de la Colombie-Britannique annonce néanmoins qu’elle va mettre fin à l’emploi de Steven Galloway à cause d’un abus de confiance irréparable de sa part. L’Université n’ayant pas assuré la confidentialité de l’enquête, Steven Galloway voit sa réputation rapidement détruite sur les réseaux sociaux et sur d’autres plateformes. Madeleine Thien, qui connaît Steven Galloway depuis l’époque de leur scolarité, est choquée de la manière dont l’Université a traité. Le 26 septembre 2016, elle envoie une lettre aux directeurs de l’Université, dans laquelle elle détaille les raisons pour lesquelles elle pense que l’affaire n’a pas été traitée correctement et que la carrière de Steven Galloway a été détruite de manière injustifiée. Elle y demande également que l’Université retire son nom de tout document promotionnel où il a pu être utilisé.

Distinctions honorifiques

Canadian Authors Association/Air Canada Emerging Writers Award (2001)

City of Vancouver Book Award (2001)

VanCity Book Prize (2002)

Ethel Wilson Fiction Prize (2002)

Prix littéraire du gouverneur général du Canada (2016)

Prix Scotiabank Giller (2016)