Louis de Buade, comte de Frontenac, gouverneur général de la Nouvelle-France (Saint-Germain, France, 22 mai 1622 -- Québec, 28 nov. 1698). Ce comte autoritaire est d'abord officier dans les armées française et vénitienne. En 1672, il obtient le poste de gouverneur du Canada, en partie afin de dérouter ses créanciers. En l'absence de l'intendant (1672-1675), il étend son autorité vice-royale et militaire aux affaires civiles. Ses prétentions, comme celle de présider le Conseil souverain, suscitent l'opposition d'autres dirigeants qu'il condamne parfois à l'exil ou place en détention. Il offense le clergé en approuvant la vente de l'eau-de-vie aux Indiens. Après 1675, il est en conflit avec l'intendant Jacques DUCHESNEAU, qui a sa propre faction dans la TRAITE DES FOURRURES. À cause de leurs querelles, ils sont tous deux rappelés en France en 1682.

Frontenac donne à la France un empire territorial, en agissant à l'encontre de ses directives. Les ordres du roi et du ministre des colonies aux administrateurs français au Canada sont de limiter la colonisation aux régions ayant des liens maritimes directs avec la France, de regrouper les colons dans des communautés faciles à défendre et de les employer dans l'agriculture et dans les métiers manuels. On impute à la traite des fourrures la dispersion de la main-d'oeuvre et la faiblesse militaire et économique de la Nouvelle-France. Frontenac se sert de son autorité pour organiser des expéditions de reconnaissance et pour construire des forts, qui sont en réalité des postes de traite des fourrures pour ses complices traiteurs. Un réseau de forts apparaît autour des Grands Lacs et le long des affluents du Mississippi. Le refus d'accorder l'accès à ce territoire aux colonies anglaises en plein essor mène inévitablement à la guerre et, finalement, à la fin de l'empire français en Amérique du Nord.

Frontenac est rétabli dans ses fonctions de gouverneur en 1689, au moment où les nations de la confédération iroquoise attaquent la Nouvelle-France. Il a l'ordre de s'emparer de la colonie de New York, base de ravitaillement des Iroquois. Il envoie plutôt des détachements attaquer les établissements frontaliers de la région new-yorkaise et de la Nouvelle-Angleterre. En guise de représailles, une expédition par mer sous le commandement de sir William PHIPS assiège Québec. Sommé de capituler, Frontenac rétorque : « Allez dire à votre maître que je répondrai par la bouche de mes canons ». La maladie et le froid forcent les envahisseurs à se retirer. Frontenac croit, à tort, pouvoir mettre fin à l'hostilité des Iroquois par la diplomatie. En 1696, conformément aux décrets ministériels, il commande une expédition punitive qui détruit les villages et les récoltes des ONEIDAS et des ONONDAGAS (voirGUERRES IROQUOISES). Bien que moins querelleur au cours de son deuxième mandat, il continue d'utiliser ses pouvoirs pour tirer profit de la traite des fourrures qu'il est accusé de soutenir avec des fonds militaires. Frontenac aurait peut-être été destitué s'il n'était pas mort en 1698.