De style victorien d’inspiration néo-italienne, cette maison construite en 1876 à Arthabaska, au Québec, est la résidence personnelle de sir Wilfrid Laurier (1841-1919). Figure nationale de son époque, Laurier est le premier Canadien français et catholique à devenir premier ministre du Canada (de 1896 à 1911). Désignée lieu historique national du Canada en 1999, la résidence est aujourd’hui un musée consacré à sa mémoire.

Historique de la maison

C’est en 1876, que Wilfrid Laurier commande à l’architecte Louis Caron père la construction de sa résidence d’Arthabaska. Chef-lieu administratif du comté de Drummond-Arthabaska, la municipalité d’Arthabaska est située au Québec, au cœur de ce qui est aujourd’hui la région du Centre-du-Québec.

Sise au 16 rue de l’Église, aujourd’hui la rue Laurier, la résidence est construite sur un lot que Laurier achète de son ami Ernest Pacaud (voir Le Soleil). La construction de la maison lui coûte 3 000 $. Bien que sa nomination à titre de député fédéral en 1874 lui donne une plus grande aisance financière qu’auparavant, il paie toutefois ce montant en plusieurs versements. Sobriété et simplicité priment dans cette demeure dépourvue de décorations extérieures superflues. Située en face de son étude d’avocat, la maison se trouve sur un vaste terrain paysager qui s’étend jusqu’à flanc de montagne. À l’arrière, une grande véranda offre à Laurier et son épouse Zoé Lafontaine tout l’espace nécessaire pour profiter de la vue du jardin ou pour y accueillir famille et amis.

Emménagé en 1877, le couple habite la maison à temps plein jusqu’en 1887, moment où Laurier est nommé chef du Parti libéral. Puis, lorsqu’il devient premier ministre du Canada en 1896, Wilfrid Laurier et son épouse quittent définitivement Arthabaska pour Ottawa. Ils n’y reviennent que pour le temps des fêtes et la période estivale. Arthabaska devient le refuge du premier ministre, lui fournit l’occasion de retrouver ses amis et le calme de la campagne, ou encore de sortir d’Ottawa, la « fournaise »comme il la désigne dans sa correspondance.

Les modifications au fil du temps

De 1910 à 1921, Laurier loue sa maison à la famille du juge Camille Pouliot. La famille de ce dernier étant nombreuse, Laurier consent à effectuer certains agrandissements à sa résidence.

Ainsi, en 1914, la pièce au rez-de-chaussée servant jusqu’alors de salle à manger est convertie en chambre principale réservée aux Laurier à l’occasion de leurs séjours à Arthabaska. La véranda est quant à elle reculée pour laisser place à une toute nouvelle salle à manger décorée selon les goûts de l’après-guerre. On en profite aussi pour construire au-dessus de cette nouvelle salle à manger une chambre supplémentaire à l’étage.

En 1918, Laurier fait installer un chauffage central et un chauffage au charbon au sous-sol. Des calorifères sont également ajoutés aux étages jusqu’alors chauffés par cinq foyers. Le foyer du grand salon est quant à lui conservé. Par la suite, d’autres modifications sont apportées lorsque la maison devient un musée.

Création du musée

Lors du décès en 1919 de Wilfrid Laurier, son épouse Lady Laurier hérite de la maison. À la mort de celle-ci en 1921, comme le couple n’a eu aucun enfant, la maison est léguée à leur nièce Pauline Laurier Harvey. En 1928, elle vend la maison à deux hommes d’affaires de Westmount, Noah A. Timmins et Andrew Kirk Cameron qui en font don au gouvernement du Québec à la condition que la résidence devienne un musée consacré à la mémoire de Wilfrid Laurier.

Le Musée Laurier ouvre ainsi ses portes en mai 1929 et devient un musée provincial en 1934. En 1975, la Société du Musée Laurier est créée avec pour objectif de s’occuper du fonctionnement et de l’animation de l’institution toujours entretenue et restaurée par le gouvernement québécois. En janvier 1997, le gouvernement du Québec cède la maison à la Société du Musée Laurier, un organisme à but non lucratif qui en est le seul propriétaire et gestionnaire depuis.

Constitution de la collection

La collection se constitue dès l’ouverture du musée en 1929, alors que la famille et les amis du couple Laurier font don d’archives, de meubles et d’objets leur ayant appartenu.

Le volet « beaux-arts » de la collection s’amorce pour sa part lorsque, dans les années 1930, Alfred Laliberté, sculpteur et grand ami des Laurier, offre généreusement plusieurs de ses œuvres à l’institution. La collection comprend également des œuvres de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, le plus célèbre des protégés des Laurier, et de Louis-Philippe Hébert.

Dans les années 1920, Alfred Laliberté et Suzor-Coté créent aussi en l’honneur de Wilfrid Laurier, leur ami et protecteur, un monument. Inauguré en septembre 1922, le monument, d’abord érigé en face de l’Hôtel de Ville d’Arthabaska, est déplacé en 1944 devant le Musée Laurier où il se trouve toujours.

Encore aujourd’hui, la collection du Musée Laurier continue de s’enrichir d’œuvres d’art et d’objets relatifs à Wilfrid Laurier.

Mission et programmation actuelle

Le Lieu historique de la Maison Wilfrid-Laurier a pour principale vocation de faire l’interprétation de la vie et de la carrière de Wilfrid Laurier ainsi que de l’histoire politique canadienne, le tout doublé d’un mandat de conservation et de diffusion. Des expositions historiques sont d’ailleurs présentées sur une base annuelle, en plus d’une exposition permanente consacrée aux Laurier.

La Société du Musée Laurier, propriétaire actuel de la maison détient et gère également trois autres bâtiments, dont le Musée de l’Hôtel des Postes. Inauguré en 1996, ce bâtiment patrimonial sert à la tenue des expositions artistiques jusqu’alors présentées à la Maison Wilfrid-Laurier. Le volet « beaux-arts » de la collection du Musée Laurier a ainsi pu y être relocalisé.

Reconnaissances

Ce n’est qu’en 1989 que la résidence est classée Monument historique du Québec. Puis, en 1999, elle reçoit la désignation de lieu historique national du Canada. Son importance nationale est ainsi soulignée en raison de son lien direct avec une figure marquante de l’histoire politique canadienne, Wilfrid Laurier, et de son état de conservation exceptionnel.