Enfance et début de carrière

Jean Leclerc passe une partie de son enfance au Togo, où il demeure jusqu’à l’âge de huit ans. Il revient alors au Québec durant une année, puis repart en Algérie; c’est là qu’il se découvre une passion pour la musique. Marqué par les Rolling Stones, les Beatles et Jimi Hendrix, comme la plupart des jeunes de sa génération, il est aussi fortement influencé par la musique francophone et certaines de ses têtes d’affiche les plus colorées comme Jacques Dutronc, Jacques Higelin, Serge Gainsbourg et Michel Polnareff.

En 1976, c’est un retour définitif au Québec. Leclerc développe son art musical avec un style unique, si bien qu’en 1983, il remporte le premier prix Auteur-compositeur-interprète au renommé Festival international de la chanson de Granby. Deux ans plus tard, il tient le rôle de Ziggy dans la deuxième production de l’opéra rock Starmania de Luc Plamondon.

En 1988, Jean Leclerc adopte le nom de scène Jean Leloup et se fait connaître auprès des jeunes en lançant son vidéoclip « Alger» et, peu de temps après, son album Menteur. N’aimant pas les arrangements de cet album et le trouvant trop commercial, il le renie aussitôt. Cependant, le vidéoclip de la chanson « Printemps-été » tirée de l’album, dont l’action se déroule dans un appartement au lendemain d’une fête entre amis, est diffusé sur les ondes de MusiquePlus et lui apporte une réelle popularité.

Collaborations artistiques

Fort de ce succès, Jean Leloup forme le groupe La sale affaire, composé, entre autres, du multi-instrumentiste Yves Desrosiers et du batteur François Lalonde. Il rencontre également le DJ James Di Salvio lors d’un dimanche des Tam-tams du Mont-Royal, à Montréal. D’emblée, celui-ci propose de travailler avec lui à la réalisation de ses prochains vidéoclips. C’est le début d’une grande complicité artistique.

Avec La sale affaire, Leloup produit un second album en 1990, L’amour est sans pitié. Di Salvio, grand admirateur du cinéaste français Jean-Luc Godard, s’inspire du film phare de la Nouvelle vague À bout de souffle pour créer le vidéoclip « Isabelle » dans lequel Leloup joue à merveille le rôle d’un amoureux éconduit.

Sensible aux affrontements entre l’Irak et une coalition militaire internationale visant à mettre fin à l’occupation du Koweit, Leloup s’inspire du thème de la guerre du Golfe persique (1990-1991) pour écrire sa chanson « 1990 ». Le mixage et les arrangements sont réalisés dans un élan expérimental par James Di Salvio, tout comme le vidéoclip. La pièce est rapidement en vogue sur les pistes de danse.

Jean Leloup est aussi un collaborateur de la première heure du collectif Bran Van 3000 fondé en 1994 par James Di Salvio et E. P. Bergen, un autre DJ montréalais. C’est d’ailleurs Leloup qui encourage Di Salvio à prendre le micro pour aller à l’avant-scène. Une dizaine d’artistes gravitent à l’intérieur de cette formation hétéroclite dont la musique rassemble plusieurs styles : pop, disco, trip-hop, électro, rap. L’alter ego de Leloup, John the Wolf, prête sa voix à quelques titres du collectif, dont « Forest » sur l’album Glee en 1997 et « Dare I say » et « Talk Dirty » sur Discosis en 2001.

Réalisations musicales

Après le succès de L’amour est sans pitié, Jean Leloup se retire quelque temps à New York en compagnie de Di Salvio afin de trouver l’inspiration. De ce séjour prolifique naît Le dôme à l’automne 1996. Très attendu, l’album est fort bien accueilli par la critique et le public québécois. Leloup remporte d’ailleurs le prix Félix de l’auteur-compositeur de l’année en 1997 et l’album est certifié platine (100 000 exemplaires vendus) le 26 juin 1998. Ce dôme que Leloup évoque est un lieu de rassemblement mystique où les rêveurs se retrouvent la nuit, un endroit où ils peuvent se reconnaître. Comme son précédent, l’album révèle une œuvre musicale d’une grande qualité. Plusieurs extraits sont diffusés à la radio, comme les succès « Johnny Go », « Sang d’encre », « Le monde est à pleurer », « Edgar » et la très populaire « I Lost My Baby ».

En juin 1998, Leloup entreprend avec ses acolytes la tournée Jean Leloup et les naufragés du Titanic, au cours de laquelle il enregistre au bar-spectacles Le D’Auteuil, à Québec, une partie de son album Les Fourmis. Deux semaines seulement après sa sortie en novembre 1998, cet album qui comprend quelques nouvelles pièces est déjà certifié or (voir Music Canada). Grâce à ce projet musical, Leloup remporte en 1999 cinq prix Félix, dont ceux de l’album rock de l’année, du meilleur vidéoclip pour « La vie est laide » et du meilleur spectacle de l’année.

Après une période de repos, le chansonnier repart en tournée au début de 2000 pour offrir une série de spectacles au Québec. En 2001, il se présente aux Francofolies de Montréal et à Woodstock en Beauce, et il remporte le prix Miroir décerné par le public au Festival international d’été de Québec. Il s’isole ensuite pour préparer et réaliser lui-même son cinquième album, La vallée des réputations, une première production Roi Ponpon parue à l’automne 2002. Les chansons de ce nouvel opus empruntent le style country ou folk song et les arrangements des mélodies, bien que simples, sont soigneusement étudiés. La vallée des réputations remporte la palme de l’album rock de l’année lors du Gala de l’ADISQ en octobre 2003.

Nouveau tournant

En juillet 2003, Leloup entreprend la tournée Jean Leloup Big Band, entouré notamment d’une section de cuivres et de choristes. Il s’agit de sa dernière tournée en tant que Jean Leloup et désireux de se libérer de son personnage, l’artiste ensevelit littéralement son chapeau haut de forme et sa collection de vestons. Il met également feu à sa guitare pour ensuite l’abandonner sur un radeau aux eaux de la rivière Yamaska. Ce geste, posé dans le même esprit que celui de l’illustre rockeur Jimi Hendrix, symbolise une mort dirigée vers une quête de renaissance. Faisant ainsi peau neuve, l’artiste lance son coffret disque et DVD Exit au printemps 2004. Ce seront ses derniers enregistrements sous ce nom de scène car à partir de là, il revient à son nom véritable, Jean Leclerc.

En 2005, il s’associe au groupe Porn Flakes pour enregistrer la chanson « Les corneilles » et participe à l’élaboration de l’album d’Anik Jean, Trashy Saloon, paru le 30 août 2005. Il publie aussi aux Éditions Leméac, sous le pseudonyme Massoud Al-Rachid, un premier roman intitulé Noir destin que le mien. L’album anthologique Je joue de la guitare 1985-2003, comprenant un CD de 21 chansons et un DVD de 10 vidéoclips, est lancé la même année.

En 2006, Jean Leclerc annonce la sortie de son album Mexico en proclamant sur les tribunes que « Leloup est mort, vive Jean Leclerc! ». L’album se vend à plus de 60 000 exemplaires en six mois; il est aussi publié en version 33 tours, une édition limitée de 535 exemplaires. Le 30 août 2008, Leclerc ressuscite Leloup le temps d’un spectacle au Colisée de Québec. Présenté devant 6 500 personnes, ce spectacle offre une rétrospective de ses succès depuis le début de sa carrière. Incommodé par l’acoustique de l’aréna, Leloup lance au public plusieurs répliques cinglantes. Malmené par la critique et les médias, sa défense prend la forme d’un septième enregistrement en studio, intitulé Mille excuses Milady, qui paraît en 2009 sous le nom de Jean Leloup. En 2010-2011, le musicien participe comme guitariste à la tournée de la formation rock’n’roll The Last Assassins.

En 2015, six ans après la sortie de son dernier disque, les innombrables fidèles de Leloup retrouvent leur idole sur l’album studio À Paradis City, qui se distingue par des rythmes et des sonorités transportant les auditeurs au cœur des pensées les plus profondes de l’artiste. Dans les pièces empreintes de souffrance « Les bateaux » ou « Retour à la maison », Leloup parvient à transmettre des sentiments et des émotions complexes. Se démarquant sur le plan des ventes, À Paradis City occupe la 9e position au palmarès des albums les plus vendus au Canada en 2015. En nomination dans deux catégories aux prix Juno, il remporte le prix de l’album francophone de l’année.

Avec un parcours des plus variés, Jean Leloup ne cesse d’étonner son vaste public. Qu’elle soit expérimentale ou au sommet de son art, la musique de cet auteur-compositeur-interprète reste, de façon poignante, résolument intemporelle.

Prix

Premier prix Auteur-compositeur-interprète, Festival international de la chanson de Granby (1983)

Prix Félix Auteur-compositeur de l’année (Le Dôme), ADISQ (1997)

Prix Félix Auteur-compositeur de l’année (Les Fourmis), ADISQ (1999)

Prix Félix Album rock de l’année (Les Fourmis), ADISQ (1999)

Prix Félix Spectacle de l’année ‒ auteur-compositeur-interprète (« Jean Leloup au printemps »), ADISQ (1999)

Prix Félix du Vidéoclip de l’année (« La vie est laide »), ADISQ (1999)

Prix Miroir, Festival international d’été de Québec (2001)

Prix Félix Album rock de l’année (La vallée des réputations), ADISQ (2003)

Prix Félix Album rock de l’année (Mille excuses Milady), ADISQ (2009)

Prix Félix Album rock de l’année (À Paradis City), ADISQ (2015)

Prix Félix Album de l’année (À Paradis City), ADISQ (2015)

Prix Félix Interprète masculin de l’année, ADISQ (2015)

Prix Félix de l’Auteur ou compositeur de l’année, ADISQ (2015)

Prix Félix Chanson de l’année (« Paradis City »), ADISQ (2015)

Prix Juno Album francophone de l’année (À Paradis City), Académie canadienne des arts et des sciences de l’enregistrement (2016)

Prix Félix Spectacle de l’année ‒ auteur-compositeur-interprète (« Le fantôme de Paradis City »), ADISQ (2016)

Prix Félix Interprète masculin de l’année, ADISQ (2016)