Le site à pictogrammes d'Agawa

Un des plus prestigieux sites à pictogrammes du Canada se trouve dans la baie d'Agawa, au sein du parc provincial du Lac Supérieur. Le nom du site en Ojibwé est Mazinaubikiniguning qui signifie « le rocher orné sur le lac à Agawa ». Le rocher a été découvert par Selwyn Dewdney en 1958, mais on en possédait déjà la description grâce à l'ethnologue Henry Schoolcraft. Celui-ci en avait également reçu l'interprétation au début du 19ème siècle, sans jamais cependant avoir vu les peintures. C'est en menant des enquêtes auprès des populations des Premières Nations des environs de Sault Ste. Marie que Schoolcraft rencontra Shingwaukonce, qui lui dessina sur une écorce de bouleau les différents motifs peints tels qu'il se les rappelait.

La falaise est un grand rocher blanc de granit cristallin, ce qui rend les peintures rouges très visibles même si des coulées minérales, des lichens et des graffitis les ont abîmées en certains endroits. Le rocher se divise en une douzaine de panneaux où l'on peut observer des figures abstraites (des lignes, des cercles...) mais aussi de très belles représentations de canots et d'animaux réels (p. ex. ours, orignal, aigle, cheval, tortue) ou mythologiques. Le site d'Agawa est l'un des sites archéologiques de la culture amérindienne les plus visités au Canada.

Les premières peintures que l'on rencontre représentent des canots précédés par des animaux (un héron, un aigle et un castor) qui sont probablement les emblèmes des clans des passagers des embarcations. D'après Shingwaukonce, ce serait Myeengun, grand chef et chaman, qui aurait réalisé ces peintures pour commémorer une expédition guerrière.

La partie centrale du site comprend un personnage à cheval, deux grands traits courbes, quatre cercles et un canot à proximité de deux serpents avec des pattes, ainsi qu'une grande représentation de Mishipeshu, le grand lynx d'eau. Ce serait Shingwaukonce lui-même qui aurait tracé ces peintures à l'occasion d'une révolte qu'il mena contre des mineurs qui exploitaient le gisement de cuivre de Mamainse sur les rives du lac Supérieur. Après avoir jeûné plusieurs jours au rocher d'Agawa pour acquérir des forces spirituelles, il aurait choisi de peindre Mishipeshu car ce monstre aquatique est le détenteur et le protecteur du cuivre. Le cavalier aurait été tracé plus tard, soit pour montrer la puissance de chaman de Shingwaukonce, comme le pensent quelques autochtones de la région, soit pour commémorer une expédition guerrière, comme le rapporte Schoolcraft. Les cercles présents en dessous du cheval représenteraient, selon les premiers, le fait qu'il appartient au quatrième degré de la loge Midewiwin et, selon l'ethnologue, quatre soleils, c'est-à-dire quatre journées.

Le dernier panneau du site montre une autre représentation de Mishipeshu avec une tortue, un poisson et un canot. Cette partie du site n'est pas accessible pour les visiteurs. La majorité des peintures du site d'Agawa datent probablement des 17ème et 18ème siècles. Cette datation obtenue grâce aux témoignages de Shingwaukonce est confirmée par les représentations, puisque le cheval ne fait son apparition dans cette région qu'après le XVIIe siècle.