Le Manitoba devient la cinquième province du Canada en rejoignant la Confédération en 1870, après un transfert de territoires d’envergure, une résistance violente et une exécution marquante.

Compagnie de la baie d’Hudson

Lorsque la Confédération a lieu, en 1867, le nouveau pays du Canada ne s’étend que de l’Atlantique aux Grands Lacs. Ouest de l’Ontario, le territoire aujourd’hui appelé Manitoba, est partagé entre les Premières Nations, les colons européens, la Compagnie de la baie d’Hudson et la population métis. Les Assiniboine, les Dakotas, les Cris et les Dénés occupent le territoire depuis longtemps déjà, soit entre 12 000 et 15 000 ans, les Ojibwas occupent le territoire il y a 300 ans. Les Métis sont un peuple d’ascendance européenne et autochtone.

Dès 1670, la Compagnie de la baie d’Hudson contrôle le vaste territoire de la Terre de Rupert, qui comprend ce qu’est aujourd’hui le Manitoba. La compagnie tente de limiter la colonisation par les blancs afin de garder son monopole de la traite des fourrures. Après 1812, les migrants européens arrivent en masses. Beaucoup d’entre eux s’installent sur des terres offertes à Lord Selkirk par la Couronne britannique. On crée ainsi la colonie de la rivière Rouge, aujourd’hui connue sous le nom de Winnipeg.

Achat de la Terre de Rupert

En 1867, les États-Unis achètent l’Alaska des mains de la Russie. Cette transaction provoque la crainte, chez les gouvernements canadien et britannique, que les É.-U. expansionnistes cherchent à prendre contrôle de tout le territoire à l’ouest et au nord du Dominion du Canada, y compris la Terre de Rupert.

Convaincu que cette dernière doit être canadienne, le gouvernement dirigé par John A. Macdonald, aidé en cela par l’Angleterre, achète le territoire à la Compagnie de la baie d’Hudson. Les résidents de la région, que ce soient les Autochtones, les Métis ou les Européens installés au Manitoba, ne sont jamais consultés au sujet de ce transfert.

Résistance de la rivière Rouge

Bien que de nombreux peuples autochtones ne voient pas cette acquisition d’un bon œil, ce sont les Métis de la colonie de la rivière Rouge qui offrent la plus grande résistance. Ces derniers craignent que la gouvernance canadienne ne cause la perte de leur territoire, de leur religion catholique et de leur culture. En 1869, les Métis, sous les ordres de Louis Riel, instaurent leur propre gouvernement provisoire pour négocier les conditions d’entrée de la colonie dans la Confédération. Un groupe de protestants de l’Ontario, dont Thomas Scott, se dressent toutefois contre le groupe de Riel. Cette opposition ne fait pas long feu : en effet, Thomas Scott est traduit en cour martiale par Riel et, par la suite, abattu par un peloton d’exécution.

Après une longue impasse et des négociations interminables à Ottawa, la résistance prend fin et les colons de rivière Rouge acceptent de rejoindre la Confédération. La Loi sur le Manitobade 1870 donne au Dominion du Canada les terres qu’il convoite, en plus de créer la province du Manitoba et de concéder aux Métis le titre de propriété des rivières Assiniboine et Rouge.

Le Canada attribue la majeure partie de ce qui est aujourd’hui le Manitoba aux Territoires du Nord-Ouest, ne laissant qu’une province « de la taille d’un timbre-poste » autour de la vallée de la rivière Rouge. Louis Riel part en exil pour fuir les troupes britanniques et canadiennes qui s’installent dans la région.

Immigration ontarienne

Le Canada n’honore pas ses promesses de garantir aux Métis des droits sur leur propre territoire. Après l’entrée du Manitoba dans la Confédération, un flot de colons ontariens menace plutôt de surpasser en nombre ses habitants. Au même moment, le gouvernement canadien signe une série de traités numérotés avec les Premières Nations au Manitoba et ailleurs dans l’ouest, instaurant peu à peu la relation constitutionnelle que les lie à la Couronne.

Quelque 40 000 migrants de l’Ontario investissent le Manitoba entre 1876 et 1881, provoquant l’expansion de la province au nord et repoussant les limites frontalières de la nouvelle province. Des groupes en tout genre habitent la région, notamment des colons islandais et des mennonites. En 1881, le gouvernement fédéral fixe les frontières occidentales et orientales de la province telles qu’on les connaît aujourd’hui. En 1912, on fait de même avec la frontière septentrionale.

Pères de la Confédération

On appelle Pères de la Confédération les hommes ayant participé à une ou plusieurs des conférences à Charlottetown, Québec et Londres. Au Manitoba, le titre revient à William McDougall, journaliste, politicien ontarien et premier lieutenant-gouverneur des Territoires du Nord-Ouest. Pour sa part, Louis Riel, même s’il est considéré comme l’un des fondateurs du Manitoba, n’est pas officiellement reconnu Père de la Confédération. Le débat fait encore rage, toutefois, pour déterminer s’il a droit à ce titre.