La Nouvelle-Écosse devient l’un des quatre membres fondateurs du Canada le 1er juillet 1867, en rejoignant le Nouveau-Brunswick et la Province du Canada dans la Confédération.

Une colonie en pleine expansion

La Nouvelle-Écosse hésite d’abord à se joindre à la Confédération. Au cours des milliers d’années d’autonomie des Mi’kmaqs, et ensuite lors des premiers établissements européens au début des années 1600, un fort sentiment d’indépendance s’édifie chez le peuple local. En 1848, la Nouvelle-Écosse devient la première colonie de l’Amérique du Nord britannique (ANB) à mettre en place un gouvernement responsable, une forme d’autonomie démocratique.

Lorsque l’on atteint les années 1860, les établissements côtiers de la colonie sont en plein épanouissement grâce à la construction navale, la pêche, l’élevage et le commerce. Un choix s’impose alors pour la Nouvelle-Écosse : devrait-elle rejoindre le Dominion du Canada qui lui est proposé ou demeurer une colonie britannique indépendante?

Opposés à la Confédération

Joseph Howe, politicien et journaliste, est l’une des figures de proue de la création du gouvernement responsable, et s’oppose dès ce moment à l’entrée dans la Confédération. Selon lui, la Nouvelle-Écosse deviendrait ainsi la partie négligée d’un grand pays, alors qu’elle pourrait prospérer seule. Il allègue aussi que les 331 000 membres de la colonie devraient en décider ensemble.

Joseph Howe souligne l’éloignement géographique et culturel de la Nouvelle-Écosse par rapport au Canada-Ouest (l’Ontario) et au Canada-Est (le Québec). « Quelqu’un aurait-il déjà proposé d’unir l’Écosse à la Pologne ou la Hongrie? » fait-il valoir dans le Halifax Chronicle. « Des pays intérieurs situés à plus de 800 miles, en plein cœur de l’Europe. » Pour Joseph Howe, la situation en Amérique du Nord britannique s’y compare.

La plupart des Néo-Écossais, issus de communautés prospères vivant du transport, de la construction navale ou de l’exploitation fermière, trouvent eux aussi peu d’avantages à s’associer aux autres colonies de l’ANB. Beaucoup d’entre eux se sentent même plus liés, par la famille et les affaires, aux états de la Nouvelle-Angleterre qu’au Canada-Ouest et au Canada-Est, bien plus éloignés.

Tupper et la Confédération

Malgré ces nombreuses oppositions, les délégations néo-écossaises envoyées aux Conférences de Charlottetown et de Québec ont pour mandat de joindre la colonie à la Confédération. Rejoindre ce nouveau pays, arguent ceux qui sont favorables à l’idée, garantirait plus de sécurité face à la menace de l’expansionnisme américain, un plus vaste marché intérieur pour les biens fabriqués en Nouvelle-Écosse et un soutien financier pour la construction d’un chemin de fer national qui lierait les colonies de l’Atlantique à l’Ontario et au Québec.

Deux ans plus tard, Charles Tupper, qui avait été en tête des délégations néo-écossaises, profite de son gouvernement majoritaire selon la législation coloniale, vers la fin de son mandat, pour faire adopter la Confédération selon les termes décidés à Québec.

Lorsque la Nouvelle-Écosse devient officiellement une province canadienne, en 1867, deux journaux résument bien les opinions politiques contraires :

« Les jours d’isolation et d’archaïsme sont derrière nous; nous formons désormais un peuple unifié, et l’éclat de chacun fait briller davantage nos lumières communes », déclare le British Colonist.

« Est décédée, hier à minuit, la province libre et fière de la Nouvelle-Écosse », déplore le Morning Chronicle.

Sur la côte d’Halifax, des manifestants brûlent un mannequin à l’effigie de Charles Tupper, en même temps qu’un rat vivant. À Yarmouth, certains bâtiments sont recouverts de toile noire en signe de protestation.

Mouvement sécessionniste

Bien que Charles Tupper ait en quelque sorte imposé la Confédération, les citoyens en droit de voter la rejettent. Lors de l’élection de 1867, à la fois provinciale et fédérale, la Ligue anti-Confédération de Joseph Howe et d’autres politiciens opposés à l’union remportent 36 des 38 sièges dans la législature provinciale, et 18 sur 19 au niveau fédéral, Charles Tupper étant le seul partisan de la Confédération à être élu au nouveau Parlement fédéral. Menés par Joseph Howe, les Néo-Écossais opposés à la Confédération se battent en vain pendant deux ans pour la révoquer.

En 1868, Tupper et Howe trouvent un terrain d’entente. Joseph Howe, devant l’insuccès de ses tentatives pour retirer la Nouvelle-Écosse du Canada, comprend qu’il pourrait en faire davantage dans l’intérêt de sa province en travaillant à l’interne, au gouvernement fédéral. En 1869, invité par le premier ministre John A. Macdonald, Joseph Howe se joint au Cabinet fédéral. Il jouera plus tard un rôle important dans l’avènement de la Confédération au Manitoba.

Pères de la Confédération

On compte parmi les Pères de la Confédération de la Nouvelle-Écosse, c’est à dire ceux ayant assisté à l’une ou plus d’une des conférences de Charlottetown, Québec et Londres, Charles Tupper, Adams G. Archibald, R.B. Dickey, W.A. Henry et Jonathan McCully.