Kim Echlin, femme de lettres (née en 1955 à Burlington en Ontario). Kim Echlin a obtenu un doctorat portant sur les contes des Ojibway à l’Université York après avoir étudié à l’Université McGill et à la Sorbonne à Paris. Elle a travaillé comme documentaliste pour CBC et comme rédactrice en chef pour la fiction de l’Ottawa Citizen. La majorité de ses œuvres et de ses réflexions tournent, de façon récurrente, autour du caractère aléatoire des interactions humaines ainsi que de l’importance du langage et de la façon dont nous comprenons le rôle qu’il joue dans nos vies et dans nos relations.

En 1997, Kim Echlin publie son premier roman, Elephant Winter, qui se retrouve en lice pour le prix du premier roman Chapters/Books in Canada. Dans cette œuvre, l’auteure réussit à fusionner une langue poétique et des descriptions fouillées et évocatrices des lieux pour dresser le portrait d’êtres en quête d’une grâce enfuie. L’héroïne, Sophie, est de retour d’Afrique pour soigner sa mère mourante. Vivant à proximité d’un parc animalier d’éléphants, elle observe les pachydermes se promener en compagnie de leur gardien, Joe Mann. L’amour va naître de cette rencontre, non seulement pour le doux gardien des éléphants, mais également envers ces êtres dont il a la charge. Joe enseigne à Sophie l’art d’écouter les autres au travers de la capacité d’empathie née et affirmée en côtoyant ces pachydermes : « Comment savez‑vous si vous me mettez mal à l’aise... Je suppose que j’observe l’apparition de petits signes [traduction libre]. » Avec sa mère, Sophie élabore un dictionnaire entre la langue des éléphants et l’anglais, et toutes deux apprennent, via cette complicité, à mieux observer et accepter les multiples manifestations de leur douleur marquant le bout du chemin parcouru ensemble.

En 2001, un deuxième roman de Kim Echlin, Dagmar’s Daughter, explore la puissance des mythes et les ressources spécifiques de la féminité. Située sur une île isolée du golfe du Saint‑Laurent, l’œuvre suit Nyssa, la fille de Dagmar évoquée dans le titre, qui possède le don mystérieux d’entrer en relation avec le monde naturel. Sa capacité innée à entendre de la musique et à pouvoir la rejouer aussitôt libère des pouvoirs qu’elle a du mal à comprendre : « Nyssa sauta en poussant un cri sauvage depuis l’arbre jusqu’à l’extrême limite du feu, dansant et jouant pendant sa chute aérienne. Son violon aurait pu faire pousser une graine enfouie dans la terre [traduction libre]. » À l’image de son musicien de père, Nyssa est habitée par une irrésistible envie de parcourir le monde qui lui interdit de se fixer jusqu’à ce qu’elle rencontre Moll qui lui fait découvrir de nouveaux pouvoirs, plus sombres, que recèlent la terre, la musique et la féminité. Saisie d’une violente jalousie, sa mère Dagmar donne naissance à une tempête qui menace de tout détruire. S’appuyant sur les anciens mythes de Perséphone et d’Inanna, l’auteure crée un récit extrêmement puissant dont les personnages hors du commun et les décors obsédants nous rappellent le caractère éternel des mythes. Elle publie également, en 2003, un recueil de mythes autour de la figure dela déesse Inanna, rédigé en vers libres, Inanna : From the Myths of Ancient Sumer.

Kim Echlin publie son troisième roman, The Disappeared, en 2009. Cette œuvre, ayant pour toile de fond les camps de la mort de Pol Pot au Cambodge, est finaliste du prix Giller de la Banque Scotia et remporte un Barnes & Noble Discover Award en 2010. Elle y raconte une histoire d’amour impossible et tragique entre une jeune Montréalaise, Anne Greaves, et un exilé cambodgien, Serey, qui ne peut retourner dans son pays d’origine en raison de la fermeture des frontières due à la dictature des Khmers rouges. Lorsque la situation politique évolue et qu’il est en mesure de revenir sur la terre qui l’a vu naître, il part pour le Cambodge et disparaît pendant 30 ans jusqu’au jour où Anne décide de faire face à son passé et d’entamer un périple vers l’orient à sa recherche. L’écriture de l’auteure est dotée d’un fort pouvoir émotionnel lorsqu’elle analyse l’évolution des mœurs sociales et creuse le rôle de la mémoire et du désir dans nos vies et dans nos amours : « Vous souvenez‑vous, à cette époque, du choc que représentait un couple mixte, un Asiatique ou un Noir et une Blanche, ou un francophone et une anglophone… bien que tous, nous prétendions que tout était permis? [traduction libre] » L’œuvre de l’écrivaine suggère que même le souvenir de l’amour peut être une source de réconfort.

Kim Echlin enseigne le journalisme et l’écriture créative dans différentes universités du Canada. En outre, elle prodigue ses conseils aux élèves de la School for Writers du Centre Banff et dirige la publication de recueils de leurs œuvres. Elle vit toujours dans la banlieue de Toronto où elle continue à écrire.