Karen Solie, poétesse (Moose Jaw, Sask. 6 juil. 1966). Poétesse primée et reconnue mondialement, Karen Solie grandit dans la ferme de sa famille dans la Saskatchewan rurale. Elle fréquente l'Université de Lethbridge et l'Université de Victoria. Elle enseigne l'anglais à l'Université de Victoria et la poésie au studio d'écriture du Banff Centre for Continuing Education. Elle est aussi écrivaine en résidence dans différents centres d'arts et universités au pays, notamment à l'Université de l'Alberta et à l'Université du Nouveau-Brunswick. Karen Solie figure parmi les principaux poètes lyriques contemporains du Canada.

Les divers lieux de la vie de Solie se frayent un chemin dans ses poèmes, qui explorent les moments ambigus, mais songeurs qui illuminent des communautés autant urbaines que rurales. Les fumeurs attardés venant d'un bar bruyant se retrouvent ainsi devant une église qui s'efforce de s'insérer dans la culture contemporaine de la publicité. Ailleurs, un lecteur fait une rencontre inopinée et magique avec le philosophe allemand Walter Benjamin au bord d'un lac de campagne en Saskatchewan. Un personnage de l'hiver sombre du nord de la Norvège tente de se rappeler si une voiture lui appartient ou lui a appartenu. Par leur exploration des états seconds, les textes de Solie soulignent des moments évocateurs dans des décors dépeints avec opulence tout en exprimant l'instabilité et l'inachevé. Sa langue révèle un sens instable du pouvoir et de l'identité dans sa recherche du procédé par lequel l'expérience se traduit en connaissance.

Short Haul Engine (2001), son premier recueil de poésie remporte le prix de poésie Dorothy Livesay en 2002 et est en nomination pour le prix Griffin, le prix Gerald Lampert et le prix ReLit. Un critique note que son titre constitue un bon commentaire du poème lyrique lui-même. Cependant, le titre fait plus directement allusion à l'imagerie dominante du livre, moteurs, camions, voitures, et à leur fonction et à leur symbolisme dans les distances infinies des prairies canadiennes. Malgré leur nature lyrique, ces poèmes évoquent souvent les sentiments et la nostalgie au moyen d'images précises et mécaniques.

Le deuxième livre de poésie de Karen Solie, Modern and Normal (2005), est finaliste pour le prix Trillium Book en 2006, candidat au ReLit Award, et nommé parmi les 100 meilleurs livres de 2005 par le Globe and Mail. Solie avoue qu'elle s'intéresse à la manière dont la langue « se révèle elle-même » et dont des mots d'apparence anodine peuvent prendre la résonnance d'insinuations psychologiques sombres. Dans cet esprit, elle intègre six exemples de « poésie trouvée » prise directement à des sources telles qu'une bibliographie du musée provincial de la Colombie-Britannique, un livre de mathématiques et les étiquettes de cannettes de bière servie dans des avions d'Air Canada. D'autres poèmes contiennent des ébauches de récits ou des entrefilets de conversations suggestives entendues dans des contextes variés de tout le continent. Modern and Normal présente une version contemporaine du lyrisme qui évite le larmoyant par des instantanés densément composés et d'un humour à froid malicieux sur l'étrangeté de la vie contemporaine en Amérique du Nord.

Pigeon (2009), son livre le plus récent, remporte en 2010 le Prix Griffin de poésie, fort lucratif, le prix Trillium, le prix Pat Lowther en plus de figurer dans la liste des « 100 meilleurs livres » de 2009 du Globe and Mail. Divisé en cinq parties ou actes, le recueil est suivi d'un post-scriptum en un poème. Il passe par des lieux géographiques divers, mais explore en particulier le réseau complexe de contradictions sociales qu'on peut trouver à Toronto et dans d'autres parties du sud de l'Ontario. Le premier poème du livre se termine par la phrase « Parle du diable, il apparaît », comme pour attirer l'attention sur le dilemme de la création exploré par un grand nombre de poèmes du livre.