Karen Jean Jamieson

 Karen Jean Jamieson, chorégraphe, danseuse et professeure (Vancouver, 10 juill. 1946). Karen Jamieson s'efforce de créer un nouveau langage chorégraphique dans lequel elle explore, par la danse contemporaine, des thèmes de la mythologie et universels, redéfinissant ainsi la place de la danse au sein de la société. Elle déclare que la Karen Jamieson Dance Company a pour objectif de créer un genre de danse postcolonial qui transcenderait les cultures et qui unirait les communautés en faisant appel à la capacité poétique de la danse contemporaine. La compagnie a créé plus de 75 œuvres originales.

Après avoir obtenu un baccalauréat en anthropologie et en philosophie à l'U. de la Colombie-Britannique, Karen Jamieson étudie la danse à l'U. Simon Fraser, à Burnaby, en Colombie-Britannique. En 1970, elle déménage à New York où elle étudie avec divers artistes de danse moderne, dont Merce Cunningham et Alwin Nikolais, et se produit avec la compagnie de Nikolais et avec des chorégraphes tels qu'Yvonne Rainer et Phyllis Lamhut.

En 1974, elle retourne à l'U. Simon Fraser et devient membre fondatrice du collectif sur le mouvement expérimental Terminal City Dance. En 1980, elle remporte le prix de chorégraphie qui était à l'époque le plus important au Canada, le Jean A. Chalmers pour la chorégraphie, puis fonde la Karen Jamieson Dance Company en 1983. Celle-ci sert avant tout à présenter ses propres chorégraphies, mises en scène par de nombreuses troupes canadiennes et étrangères.

Karen Jamieson distingue trois étapes dans le développement de son œuvre. La première étape était axée sur une chorégraphie mise en scène et présentée dans de grands lieux de présentation, comme le VANCOUVER PLAYHOUSE THEATR , le CENTRE NATIONAL DES ARTS d'Ottawa et les nombreux festivals de danse qui ont lieu un peu partout aux États-Unis et en Europe. Parmi les œuvres qui se rattachent à cette première étape, il y a Sisyphus, Man Within et Rainforest. La deuxième étape dépassait l'espace physique de la scène et les traditions de la danse d'origine européenne pour aller explorer la danse comme cadre d'un dialogue et d'une communication interculturels dans une société multiculturelle. Cette étape a débuté en 1990, quand Jamieson est invitée à créer une œuvre sur mesure, Passages, pour les espaces publics du MUSÉE DES BEAUX-ARTS DU CANADA, où se tient simultanément une rétrospective des œuvres de l'artiste de la Côte Ouest, Emily CARR. Au début des années 90, elle concentre une large part de son énergie créatrice à créer, avec des artistes des Premières Nations et européens, un spectacle basé sur un principe de loi gitksan selon lequel deux groupes aux points de vue opposés se rencontrent pour résoudre le conflit. En 1991, elle présente Gawa gyani, un spectacle produit en commun avec des artistes des Premières Nations pour le MUSEUM OF ANTHROPOLOGY de l'U. de la Colombie-Britannique. Au cours des saisons qui suivent, elle peaufine cette œuvre en la présentant au Canada et à l'étranger. Tout au long des années 1990, Karen Jamieson expérimente divers lieux autres que des salles de danse ou des théâtres pour présenter ses spectacles.

En 1997, Jamieson parcourt le nord-ouest de la Colombie-Britannique où elle présente « Stone Soup », un spectacle inspiré d'une ancienne légende européenne sur un magicien itinérant. Elle fait appel à des danseurs autochtones de chacun des territoires traversés. Tout au long des années 1990, Jamieson expérimente divers endroits non-commerciaux pour présenter ses spectacles. Elle présente en 1998 « The River », qui met en scène 110 danseurs et bénévoles évoluant dans « une sorte de procession pour rendre honneur à l'histoire et à la mémoire » d'un cours d'eau de Vancouver maintenant disparu. Pour cela, la troupe se déplace pour danser en différents endroits de la ville. En 1999, Jamieson présente à la cathédrale Christ Church de Vancouver « The Garden », qui étudie le concept du jardin de la vie à partir de textes bibliques. En 1998 et 1999, se déroule à la Vancouver Art Gallery une autre expérience de création interculturelle, « Necessary Encounter ». Jamieson y utilise le mythe du voyage dans le labyrinthe pour faire se rencontrer les deux traditions de la danse moderne et de la confection contemporaine de masques de la Côte du Nord-Ouest. En 2003, toujours dans le cadre de son exploration interculturelle, elle réalise, en collaboration avec Byron Chief-Moon, le film Quest qui porte sur l'identité et qui s'inspire d'une histoire traditionnelle de la nation Blood.

La troisième étape intégrative de l'expression artistique de Karen Jamieson cible le processus de la participation communautaire. Cette étape débute par le Skidegate Project, une collaboration de trois ans entre sa compagnie et des artistes haidas de Skidegate, à Haida Gwaii. En 2005, elle présente cette œuvre à Skidegate et au Museum of Anthropology de l'Université de la Colombie-Britannique dans le cadre du festival Dancing on the Edge de Vancouver. Bien que la compagnie Karen Jamieson Dance soit connue pour travailler en étroite collaboration avec les artistes et les communautés des Premières Nations, il n'en demeure pas moins qu'elle est tout aussi engagée à collaborer avec d'autres communautés. En 2007 et en 2008, Stand Your Ground est présenté dans le cadre du festival Dancing on the Edge de Vancouver. Ce projet qui s'étalait sur trois ans avait été entrepris par Karen Jamieson en collaboration avec le Carnegie Community Centre et avec les résidents de Downtown Eastside, la communauté la plus pauvre du Canada. Lors de cette représentation fortement liée à l'espace physique, les danseurs dansaient le long des rues du centre-ville, mêlant artiste, public et spectateur et rassemblant des individus de différents milieux socioéconomiques et ethniques. Ce projet a par ailleurs élargi les démarcations de la danse contemporaine en faisant intervenir des personnes qui n'étaient pas danseuses de profession et en proposant des mouvements au style rituel pour amorcer un dialogue communautaire. En 2009, Karen Jamieson a commencé à travailler sur Collision, une œuvre qui s'inscrit dans son projet de participation communautaire et qui découle d'une collaboration entre des danseurs professionnels et communautaires, en partenariat avec le Roundhouse Community Centre de Vancouver.

De plus, au cœur de cette troisième étape, on retrouve le nouveau regard jeté sur les œuvres passées. En 2007, la compagnie avait créé Sisyphus pour le Vancouver International Dance Festival et n'avait que très peu modifié l'œuvre originale qui datait de 1983. Jay Hirayabashi qui avait créé le rôle de Sisyphe en 1983 revint 24 ans plus tard pour donner trois représentations. En 2003, Miriam ADAMS déclarait dans Dance Collection Danse que Sisysphus était l'un des 10 chefs d'œuvre chorégraphiques du 20e siècle.

En 2008, pour souligner le 25e anniversaire de la compagnie, Sisyphus, Man Within et Solo from Chaos sont présentés au Kay Meek Theatre à West Vancouver. Dans le cadre du programme « Fabriqué en Colombie-Britannique », la compagnie effectuera une tournée dans six communautés de la province pour présenter ces trois œuvres. Karen Jamieson désigne ces trois œuvres ainsi que sa plus récente production Agon comme étant The Sisyphus Project et elle choisit d'ailleurs de présenter ses nouvelles réalisations parallèlement aux réalisations classiques ou comme elle dit, aux réalisations « accomplies ». Elle a aussi produit Recollector (2009), un documentaire qui retrace les trois ans de l'histoire du projet interculturel de Skidegate et qui présente les représentations ayant clôturé ce projet et qui rendaient hommage à Percy Gladstone, un sage de la nation Haida.