Karen Diane Magnussen (Magnussen-Cella), O.C., patineuse artistique, entraîneuse de patinage (née le 4 avril 1952 à Vancouver, en Colombie-Britannique). La championne de patinage artistique Karen Magnussen a gagné cinq fois les championnats canadiens de patinage artistique femmes entre 1968 et 1973 et a remporté le titre de championne nord-américaine en 1971, la médaille d’argent aux Jeux olympiques de 1972 (la seule médaille du Canada à ces jeux) et le titre de championne du monde en 1973. Remarquée pour son courage, sa persévérance et sa grâce sans faille même lorsqu’elle est sous pression, Magnussen a reçu le surnom anglais de « Canada’s Sweetheart ».

Formation et début de carrière

Karen Magnussen chausse pour la première fois des patins en 1958, à l’âge de six ans, au Kerrisdale Skating Club de Vancouver. Elle apprend alors les bases du patinage avec son entraîneur, Hellmut May, qui vante à l’époque la « forte détermination » de sa jeune recrue. Elle joue le rôle d’un flocon lors de son premier spectacle du carnaval d’hiver. En 1959, elle gagne le concours de patinage en libre organisé par son club pour les patineurs juvéniles. Ce sera la première d’une longue série de victoires. Ses parents (Alf et Gloria) et ses deux sœurs cadettes, l’encouragent à continuer la compétition.

En septembre 1960, Magnussen passe sous la supervision de l’entraîneur Edy Rada (ancien champion d’Autriche et d’Europe) au nouveau North Shore Winter Club de North Vancouver. Une série de victoires s’en suit : première place aux championnats de la côte de la Colombie-Britannique de 1961, catégorie « novices », deuxième place aux championnats de section Colombie-Britannique de 1962, catégorie « novices », première place aux championnats de la côte de la Colombie-Britannique de 1962, catégorie « juniors » et première place aux championnats de section Colombie-Britannique de 1963, catégorie « juniors ».

Karen Magnussen attire pour la première fois l’attention à l’échelle nationale lorsqu’elle gagne les championnats canadiens de patinage artistique juniors de 1965. À l’époque, elle est entraînée par Linda Brauckmann, qui est devenue son entraîneuse durant le printemps 1964 et qui va continuer à la suivre durant toute sa carrière amateur.

Ascension d’une étoile

À l’âge de 13 ans, Karen Magnussen participe aux championnats canadiens seniors de 1966. La plus jeune des compétitrices, elle arrive deuxième du concours de patinage libre sur quatre minutes, avec une note de 5,9 (sur 6,0) pour la présentation artistique qui dépasse celle obtenue par la championne du monde et gagnante du concours, Petra Burka. Karen Magnussen excelle au patinage libre, mais ne fait que maîtriser les figures imposées. Jusqu’à la fin des années 1960, les figures valent cependant plus (60 %) que le patinage libre (40 %). Elle finit à la quatrième place du classement général, mais elle a convaincu le public qu’elle serait un jour championne.

L’année suivante, en 1967, Karen Magnussen se place deuxième aux championnats canadiens, ce qui lui vaut une place au sein de l’équipe nationale. Quelques semaines plus tard, aux Championnats de patinage artistique nord-américains à Montréal, elle se place quatrième, et lors de ses premiers championnats du monde à Vienne, où elle est la plus jeune des femmes du haut de ses 14 ans, elle arrive à la septième place en patinage libre et finit douzième au classement général.

En janvier 1968, le coefficient du patinage libre est rehaussé et vaut dorénavant 50 %. Cette année-là, lors des championnats canadiens à Vancouver, Karen Magnussen devient la première patineuse de Colombie-Britannique à gagner le concours des femmes dans la catégorie « senior », tous les juges lui ayant accordé la première place en patinage libre. Le mois suivant, elle se classe quatrième en patinage libre et septième au classement général aux Jeux olympiques de Grenoble, en France. Elle répète également sa septième place au classement général des championnats du monde.

Blessure puis retour à la compétition

Malgré son ascension au sommet du patinage, Karen Magnussen finit derrière Linda Carbonetto aux championnats canadiens de 1969, après une chute sur un Lutz. Elle prend sa revanche le mois suivant aux championnats nord-américains à Oakland, en Californie, en remportant les figures imposées et finit deuxième derrière Janet Lynn, des États-Unis.

Deux semaines plus tard, aux championnats du monde de 1969 à Colorado Springs, au Colorado, Karen Magnussen passe un examen qui révèle des fractures de stress dans ses deux jambes. Elle se retire des épreuves la veille de leur début. Elle regarde le championnat dans un fauteuil roulant, mais se remet sur ses patins 36 jours plus tard.

En 1970, à l’âge de 17 ans, elle gagne son deuxième titre national aux championnats canadiens organisés à Edmonton. Aux championnats du monde de 1970 à Ljubljana, en Yougoslavie, elle finit quatrième au classement général, devant Janet Lynn. Cette même année, elle s’inscrit au programme de kinésiologie de l’Université Simon Fraser.

Au mois de janvier suivant, lors des championnats canadiens de 1971 à Winnipeg, Karen Magnussen conserve son titre national, après s’être retrouvée en tête du classement à la suite des figures avec une avance insurmontable de 49 points et des notes presque parfaites pour sa prestation en patinage libre. Lors des championnats nord-américains de février 1971 à Peterborough, en Ontario, elle conserve une avance de 22,1 points devant Janet Lynn après les figures imposées. À l’issue de l’épreuve en libre, six juges classent Karen Magnussen première en lui accordant un 6,0 et quatre 5,9 pour sa prestation artistique et six 5,9 pour son niveau technique, et lui offrent ainsi son titre de championne d’Amérique du Nord.

Championnat du monde de 1971

Lors des championnats du monde de 1971 à Lyon, en France, Karen Magnussen est classée quatrième après les figures imposées et gagne une place après l’épreuve en libre pour rafler le bronze, sa première médaille aux championnats du monde, derrière Trixi Schuba (Autriche) et Julie Holmes (États-Unis) et devant Janet Lynn, qui finit quatrième (malgré sa victoire à l’épreuve de patinage libre). Les résultats sont contestés parce que la gagnante, Trixi Schuba, qui a facilement remporté l’épreuve des figures, ne s’est placée que 21e sur 22 patineuses dans l’épreuve de patinage libre après s’être fait siffler par le public.

Cette même année, Karen Magnussen se voit attribuer une subvention du gouvernement fédéral de 2 000 dollars par an pendant quatre ans, la plus grosse somme jamais accordée à un athlète canadien.

Jeux olympiques de 1972

La série de succès se prolonge en 1972 pour Karen Magnussen. Aux championnats canadiens de 1972, malgré deux chutes, elle remporte une nouvelle fois la première place.

En février, elle porte le drapeau canadien aux cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de 1972 à Sapporo, au Japon. Elle est troisième à l’issue des figures imposées et avec ses notes allant de 5,7 à 5,9 en patinage libre (classée deuxième derrière Janet Lynn), elle finit en deuxième place au classement général après Trixi Schuba et remporte ainsi une médaille d’argent, qui sera la seule médaille canadienne de ces jeux.

Quelques semaines plus tard, aux championnats du monde de 1972 à Calgary, Karen Magnussen obtient des notes élevées pour sa prestation artistique, mais se place une nouvelle fois deuxième derrière Trixi Schuba au classement général, remportant ainsi la médaille d’argent.

Introduction du programme court

Pour faire en sorte qu’aucun patineur ne puisse une nouvelle fois gagner sans exceller à la fois aux figures imposées et en libre, l’Union internationale de patinage introduit en 1973 un nouveau programme, le « patinage libre technique », ou « programme court », pour les épreuves disputées par les hommes et les femmes. Elle réduit également le nombre de figures imposées. Le programme court est affecté d’un coefficient de 20 %, ce qui réduit la part des figures imposées et du patinage libre à 40 % chacun. Les nouvelles règles sont adoptées pour tenir compte de la popularité du patinage libre. Le public ne comprend pas bien les épreuves de figures imposées qui passent mal à la télévision.

Karen Magnussen, une patineuse libre solide et inventive, tire profit de ces changements. Avec les nouvelles règles en vigueur lors des championnats canadiens de 1973 à Vancouver, elle gagne son cinquième titre canadien.

Championne du monde 1973

Au moment des championnats du monde de 1973 à Bratislava, en Tchécoslovaquie, Trixi Schuba s’est déjà retirée de la compétition et le nouveau système est en place. Karen Magnussen arrive nettement en tête après les figures imposées, suivie de près par Janet Lynn. Magnussen explique à un journaliste : « C’est vraiment satisfaisant de finalement être bien notée sur les figures ».

Durant le programme court, Karen Magnussen exécute impeccablement ses éléments requis (double Lutz-double pointe combinés, un Axel, pirouette sautée assise, pirouette debout rapide et série de pas en serpentin) avec maintien et confiance. Janet Lynn, par contre, offre un spectacle désastreux, tombant par deux fois sur les sauts obligatoires et faisant une erreur sur une pirouette. Magnussen finit une nouvelle fois en tête. Le lendemain, Magnussen exécute son programme de patinage libre sur une musique de Rachmaninoff. Comme la veille, sa prestation sans faille, élégante et assurée, lui rapporte des 5,8 et des 5,9 qui la propulsent à la deuxième place dans le programme long (derrière Lynn) et lui donne un avantage suffisant pour terminer première au classement général. Magnussen remporte ainsi le titre championne du monde, tandis que Janet Lynn s’octroie l’argent et Christine Errath, de l’Allemagne de l’Est, le bronze.

Carrière professionnelle et activité d’entraîneuse

Après avoir gagné les championnats du monde, Karen Magnussen devient professionnelle. Elle signe un contrat avec Ice Capades, négocié par Alan Eagleson, pour plus de 100 000 dollars par an pendant trois ans, le cachet le plus élevé jamais payé par Ice Capades à l’époque.

Karen Magnussen patine pour Ice Capades jusqu’en 1977 puis s’établit avec succès comme entraîneuse de patinage. Elle épouse Tony Cella en 1978 et vit plusieurs années à Boston avant de revenir à Vancouver pour entraîner les patineurs artistiques et les joueurs de hockey. Elle est l’un des porteurs de flambeau des Jeux olympiques d’hiver de 2010 à Vancouver.

Blessure fatale pour sa carrière

La carrière d’entraîneuse de Karen Magnussen prend fin en 2011 lorsqu’elle est gravement blessée après avoir inhalé de l’ammoniac libéré accidentellement à la patinoire du North Shore Winter Club de Vancouver, où elle travaille. Elle souffrira de séquelles persistantes qui la rendront incapable d’entraîner et même, ironiquement, de pénétrer dans une patinoire. Le Connaught Skating Club a organisé un spectacle-bénéfice en son honneur en 2015.

Héritage

Première championne de patinage artistique originaire de l’Ouest du Canada, Karen Magnussen a ouvert les portes à d’autres patineurs de l’Ouest. La réponse du public et des médias après ses talentueuses performances en patinage libre en 1972 et en 1973 a contribué à convaincre l’Union internationale de patinage de l’opportunité d’introduire le nouveau programme court technique et d’entamer l’élimination progressive des figures imposées. Parmi les patineurs, Karen Magnussen était connue pour sa longue spirale, son saut avec écart double et d’autres innovations en patinage libre. En 2015, aucune autre Canadienne n’avait gagné le titre de championne du monde de patinage artistique.

Surnommée « Canada’s Sweetheart », Karen Magnussen était très aimée du public dans les années 1970. CCM a produit une série de patins portant son nom, Regal Toys a fabriqué une poupée nommée « Karen » et Collier-MacMillan a publié son autobiographie en 1973. Un centre communautaire (qui comprend une patinoire) à North Vancouver, en Colombie-Britannique, porte son nom.

La Fondation Karen Magnussen, créée en 1973, accorde des bourses d’études aux jeunes patineurs.

Distinctions honorifiques et prix

Athlète féminine de l’année 1971, Fédération canadienne du sport amateur (1971)

Athlète de l’année, Colombie-Britannique (1972)

Membre, British Columbia Sports Hall of Fame (1972)

Porte-drapeau pour le Canada, Jeux olympiques d’hiver (1972)

Membre de l’Ordre du Canada (1973)

Prix Vanier décernés à de jeunes Canadiens éminents, Jaycees (1973)

Membre, Temple de la renommée des sports du Canada (1973)

Membre, Temple de la renommée olympique du Canada (1973)

Trophée Bobbie Rosenfeld de l'athlète canadienne de l'année (1973)

Queen of the Ice, Ice Skating Institute of America (1974)

Membre, Temple de la renommée de Patinage Canada (1996)

Médaille du jubilé d'or (2002)

Médaille du jubilé de diamant (2012)