Joan MacLeod

 Joan MacLeod, dramaturge, (Vancouver). Joan MacLeod étudie en création littéraire à l'Université de Victoria (baccalauréat en 1978) - elle y est nommée professeure agrégée en 2004 - et à l'Université de la Colombie-Britannique (MA en 1981). On l'encourage à écrire des pièces alors qu'elle participe à un atelier de poésie au Banff Centre en 1984. Ses pièces poétiques et lyriques se caractérisent par une évocation imagée et par des thèmes jouant sur plusieurs niveaux qui prennent en compte la complexité des relations personnelles et politiques. MacLeod qualifie ses créations de pièces politiques qui explorent les tensions et conflits souvent non reconnus dans la société canadienne dite pacifique. Elle croit au pouvoir de l'imagination de transformer la réalité et de susciter l'espoir. En dépit des catastrophes naturelles et politiques, chacun peut refaire sa vie.

Sa première création est le livret d'un petit opéra comique présenté par le Comus Theatre à Toronto, en 1985, qui lui vaut le prix Dora Mavor Moore en 1986 pour la meilleure nouvelle comédie musicale. Elle joint les rangs de Playwrights Unit du TARRAGON THEATRE de Toronto en 1985 et y passe sept années comme auteure en résidence. Sa première pièce, Jewel, est le monologue d'une jeune femme qui s'adresse à son défunt mari mort noyé lors du naufrage d'une plate-forme pétrolière au large de Terre-Neuve. Elle est présentée en première au Tarragon en 1987, puis produite pour la radio en anglais, français, allemand, danois et suédois.

Ses trois pièces suivantes, Toronto, Mississippi (1987), Amigo's Blue Guitar (1990) et The Hope Slide (1992) sont également créés au Tarragon. Macleod s'inspire de son expérience de travailleuse sociale auprès de déficients mentaux à la fin des années 1970 pour écrire Toronto, Mississippi. La pièce explore la dynamique complexe entre une mère et sa fille légèrement autiste, et leurs réactions à l'absence d'un époux et père qui réalise ses fantasmes en personnifiant Elvis, ce qui permet à sa fille d'imaginer un monde au-delà de ses capacités mentales. En 2009, sa pièce renaît dans une coproduction du Theatre Aquarius de Hamilton et du VANCOUVER PLAYHOUSE. Malgré les réticences de MacLeod quant à la rectitude politique du sujet, la pièce est acclamée par la critique qui y voit un portrait charmant d'une jeune fille aux prises avec des limitations personnelles l'empêchant de se réaliser pleinement.

La source d'inspiration pour Amigo's Blue Guitar est « l'épouvantable » politique canadienne relative aux réfugiés, avec laquelle elle se familiarise lorsqu'elle participe à des programmes de parrainage de réfugiés à Toronto. Elle s'attarde à la question de savoir pourquoi, par nécessité ou désespoir, les réfugiés mentent parfois. L'histoire se passe sur une des îles du golfe, une aire de refuge et de repos, sur les plages desquelles échouent des épaves d'autres endroits et d'autres événements. La famille d'un réfractaire américain parraine un réfugié salvadorien, mais leur réaction à sa triste histoire est biaisée par leurs motifs personnels, auxquels le réfugié résiste de façon violente.

The Hope Slide est un monologue complexe qui retrace le voyage intérieur d'une actrice qui revit son enfance liée à l'établissement des Doukhobors dans l'Ouest canadien. La bataille qu'ils ont livrée pour vivre comme ils l'entendaient est une métaphore de ses propres aspirations et de son attitude de défi envers la société. Le personnage, Irene, en tournée dans la Colombie-Britannique intérieure, joue le rôle de trois Doukhobors morts violemment : Mary Kalmakoff, ensevelie sous Hope Slide en 1965, Harry Kootnikoff, décapité par une de ses propres bombes, et Paul Podmorrow, victime d'une grève de la faim. Jouer leur mort est, pour Irene, une façon d'accepter la mort d'un ami atteint du sida.

En 1992, MacLeod retourne à Vancouver et enseigne la création littéraire à l'Université de la Colombie-Britannique, au Kwantlen College et à l'Université de Victoria. Elle écrit Little Sister, une pièce dressant le portrait d'une adolescente anorexique interprétée au Berkeley Street Theatre en 1994 par la CANADIAN STAGE COMPANY et par la suite, dans le cadre de la tournée du THÉÂTRE GREEN THUMB, pour Young People. Sa pièce 2000, créée pour le millénaire, est commandée et produite par le Great Canadian Theatre Company à Ottawa en 1996. L'histoire, campée en périphérie de Vancouver, là où la ville fait place aux montagnes, espace fragile entre le civilisé et le sauvage, met en scène une culture de consommateurs dominée par la technologie qui ne peut renier les forces élémentaires de la nature. Dans 2000, elle démontre les limites de l'optimisme et de l'espoir dans un monde caractérisé par l'imprévisible et l'inconnaissable, mais elle met aussi en jeu les valeurs qui conservent et renforcent l'interaction humaine et les composants communs qui constituent les particularités d'une société civilisée. Comme dans la plupart de ses pièces, le monde intérieur est à la fois tendu et réconfortant et, en dépit des conflits, il modèle les valeurs qui guident nos actions.

Dans Cette fille-là (2001) (trad. The Shape of a Girl), une adolescente découvre le terrible lien entre le meurtre insensé d'une adolescente par ses compagnons de classe et son propre comportement social. Le monologue est inspiré d'une tragédie qui s'est déroulée au Canada en 1997, l'assassinat d'une écolière de Victoria par une bande d'adolescents, surtout composée de filles. Bien qu'elle n'ait pas participé au meurtre, Braidie, le personnage de la pièce, plonge dans son passé, car l'événement lui rappelle sa participation à des actes d'intimidation d'une de ses amies à l'endroit d'une fille « différente » de leur classe, l'identification de quelqu'un comme un « autre » et un harcèlement systématique, cruel et psychologiquement destructeur. Braidie s'adresse à son frère aîné, à qui elle attribue un rôle de mentor compréhensif, et elle se sent enfin capable d'entrevoir avenir et espoir. Cette fille-là est commandée par le Théâtre Green Thumb de Vancouver et présentée en première par la Great Canadian Theatre Company à Ottawa. Cette pièce est traduite en six langues et présentée en tournée aux États-Unis et en Australie.

La pièce Homechild est créée au CanStage (nouveau nom du Canadian Stage Company) à Toronto en 2006. C'est un retour dans le passé qui révèle le « laisser-faire » canadien au cours de la mise en œuvre de la politique d'importation d'ENFANTS IMMIGRANTS ouvriers provenant de l'Angleterre de 1860 à 1930 : plusieurs milliers de « petits immigrés » venant de familles pauvres et d'orphelinats sont envoyés au Canada pour travailler en usine ou à la ferme; certains sont adoptés. Les grands-parents de MacLeod ont accueilli deux de ces enfants dans leur ferme du comté de Glengarry, en Ontario. L'histoire se déroule dans le comté de Glengarry en 1999 et révèle le traumatisme psychologique subi par l'un de ces petits immigrés involontaires devenu exploitant de ferme laitière octogénaire à la retraite. Lors de la visite de sa fille avec laquelle il n'a plus de contact, il subit un accident vasculaire cérébral qui éveille le souvenir de sa petite sœur de six ans à qui il avait promis de l'emmener d'Écosse au Canada; l'image de sa sœur l'a hanté toute sa vie. Mise au courant de cette histoire familiale, sa fille découvre que sa tante vit à Comox, en Colombie-Britannique, et organise des retrouvailles. Comme dans plusieurs pièces de MacLeod, l'exhumation de traumatismes personnels ouvre la voie à un avenir prometteur. La Arts Club Theatre Company de Vancouver produit une version remaniée et écourtée de Homechild en 2009.

Renouant avec la forme du monologue de sa première pièce, MacLeod puise dans son expérience du vieillissement parental pour Another Home Invasion, présenté au Alberta Theatre Projects Festival playRites en 2009 dans le cadre d'une coproduction avec Tarragon. Jean, une femme âgée bagarreuse, tente de placer son mari dément dans une maison de soins qui les accepterait tous les deux. Elle se bat contre un système social aux concepts absurdes et réfractaires, rejette les demandes de sa fille et supporte joyeusement « l'aide » inconstante de sa petite-fille. Sa vie se complique encore quand un homme qui a tout l'air d'une toxicomane se présente et force sa porte. Le spectateur s'aperçoit que l'espace privé de l'héroïne est envahi de toutes parts et que ses efforts désespérés pour se protéger sont vains. À l'image de « l'envahisseur », elle est une étrangère sociale. Toute la gamme des émotions et l'ironie empreinte d'humour du dialogue sont interprétées de main de maître par Nicola Lipman dans cette pièce produite à Calgary.

Les pièces de Macleod lui valent de nombreux prix, dont le prix Italia en 1988 pour la production par la SRC de Jewel, le PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL en 1990 pour Amigo's Blue Guitar, le PRIX CHALMER pour The Hope Slide en 1992 ainsi que les prix Jesse RICHARDSON et Betty MITCHELL pour The Shape of a Girl en 2001. Ses pièces sont présentées dans tout le Canada, en Angleterre, en Australie, aux États-Unis et en Europe, et sont traduites en six langues. La plupart sont publiées chez Talon Books.

En 2011, Joan MacLeod reçoit le prestigieux PRIX SIMINOVITCH de théâtre.