Jean Augustine (née Simon), C.P., C.M., première députée fédérale noire et ministre du Cabinet, militante pour la justice sociale, enseignante, directrice d’école (née le 9 septembre 1937 à Happy Hill, à la Grenade). Jean Augustine est une femme politique de premier plan et une activiste sociale. Elle est la première femme noire à être élue à la Chambre des communes (1993), la première femme noire à faire partie du Cabinet (2002) et la première commissaire à l’équité nommée par le gouvernement d’Ontario (2007). Elle laisse en héritage la déclaration du gouvernement fédéral faisant du mois de février le Mois de l’histoire des Noirs au Canada depuis 1995.

Premières années

Jean Augustine est née à Happy Hill, à la Grenade. Elle est la fille d’Olive et d’Ossie Simon. Ce dernier travaille comme ouvrier dans une plantation de canne à sucre. Ossie meurt du tétanos, laissant derrière lui une famille ébranlée. Jean est en bas âge, et Olive se retrouve enceinte d’un deuxième enfant. La famille déménage chez une femme plus âgée, que l’on appelle « mamie », qui encourage la réussite scolaire des enfants Augustine.

Excellente étudiante, Jean Augustine manifeste ses intérêts pour la musique, la radiodiffusion et l’enseignement. Elle devient enseignante, mais la rémunération est faible. Elle apprend qu’il existe au Canada des possibilités d’emploi offert dans le cadre d'un programme de recrutement de domestiques antillaises. Elle postule pour un poste d’aide domestique. Le programme qui visait à combler des besoins croissants d’aide maternelle a existé de 1955 à 1966. Il recrutait des femmes âgées de 18 à 35 ans qui devaient détenir la scolarisation d’une huitième année. En échange pour leur travail au foyer auprès d’une famille, les jeunes femmes obtiennent le statut d’immigrant permanent (voir Citoyenneté). Jean Augustine arrive au Canada en 1960, et travaille pendant une année dans le quartier de Forest Hill, à Toronto.

Enseignante à directrice d’école

Son contrat terminé, Jean Augustine s’inscrit au Toronto Teachers College. En 1963, elle obtient son brevet d’enseignement de l’Ontario, puis devient enseignante dans des classes élémentaires du Conseil scolaire de district catholique du Grand Toronto. En 1968, elle épouse Winston Augustine; le couple a deux filles, Valerie et Cheryl. (En 1981, le couple Augustine divorce.)

Tout au long de sa carrière d’enseignante, Jean Augustine s’implique activement au sein des communautés antillaises de Toronto, en se portant volontaire auprès des organismes locaux pour défendre les droits des immigrants et des femmes, pour combattre la violence contre les femmes, les abus des drogues et la pauvreté. En 1967, elle siège au comité qui aidera l’organisation du premier Festival Caribana. En 1973, elle fonde la division torontoise du Congrès des femmes noires du Canada et elle en deviendra plus tard la présidente nationale.

Déterminée à réussir et à s’instruire, Jean Augustine fréquente l’Université de Toronto. Elle décroche un B. A. (spécialisation) et une maîtrise en éducation (1980). Jusqu’en 1988, elle détient au sein de la Commission scolaire de district catholique de Toronto le poste de vice-directrice, puis celui de directrice.

Jean Augustine préside la Société de logement de la Commission urbaine de Toronto du 24 novembre 1988 jusqu’au moment de son entrée en politique, en 1993.

Première femme noire à la Chambre des communes

Le 25 octobre 1993, Jean Augustine devient la candidate du Parti libéral pour la circonscription d’Etobicoke–Lakeshore, située en Ontario. Femme enthousiaste, intelligente, charismatique, elle remporte son élection et devient la première femme noire élue à la Chambre des communes. Sur les quelque 65 000 personnes habiles à voter dans la circonscription, on ne compte que 700 Noirs. Elle est réélue en 1997, 2000, 2002 et 2004.

En tant que nouvelle députée fédérale, Jean Augustine s’attaque à des questions d’importance pour sa circonscription, pour les femmes et les Canadiens. À titre de secrétaire parlementaire du premier ministre du Canada (1993-1996), lors des absences de celui-ci, elle devient la porte-parole de confiance du premier ministre Jean Chrétien aux réunions de comités, lors de rencontres internationales et devant le Parlement.

Mois de l’histoire des Noirs

Au milieu des années 1990, Jean Augustine joue un rôle primordial dans la création du Mois de l’histoire des Noirs au Canada. Bien que depuis les années 1950, des communautés individuelles organisent des célébrations, par exemple Halifax ou Toronto, aucune commémoration n’existe au fédéral. Toutefois, en 1979, la Société d’histoire des Noirs de l’Ontario réalise des avancées significatives lorsqu’elle convainc la Ville de Toronto de déclarer officiellement le mois de février le Mois de l’histoire des Noirs. En 1993, la société présente avec succès une pétition au gouvernement de l’Ontario, qui proclame la commémoration à l’échelle de la province. Encouragée par cette victoire, la société aborde Jean Augustine en vue de faire étendre le Mois de l’histoire des Noirs à travers le Canada. Elle accueille avec enthousiasme la proposition. Elle soulignera son rôle au Musée canadien pour les droits de la personne ainsi :

J’étais une éducatrice… j’ai constaté que les programmes d’études mentionnaient très peu de choses sur les Canadiens d’origine africaine. C’était le même problème pour les peuples autochtones. S’il y avait une référence, elle était dans une note en bas de page ou en marge. Les Canadiens noirs ne figuraient même pas dans le scénario, et l'on ne les montrait même pas comme des personnes ayant contribué à la société canadienne.

Dans cet esprit, Jean Augustine présente une motion au Parlement pour obtenir la reconnaissance du mois de février comme le Mois de l’histoire des Noirs. La motion demandait que « Cette Chambre des communes prenne acte de l’importante contribution des Canadiens noirs dans la fondation, la croissance et l’évolution du Canada, la diversité de la communauté noire du Canada et de son importance dans l’histoire de ce pays. » La motion a été adoptée à l’unanimité en décembre 1995, et le mois de février a été proclamé comme le Mois de l’histoire des Noirs au Canada.

Première femme noire au Cabinet

En tant que députée, Jean Augustine préside le caucus libéral national féminin pendant trois mandats. En février 2002, elle est aussi élue présidente du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international.

Le 26 mai 2002, Jean Augustine est nommée secrétaire d’État pour le Multiculturalisme et le Statut de la femme, ce qui a fait d’elle la première femme noire à accéder au Cabinet. La même année, elle est choisie pour devenir membre du Conseil privé de la Reine pour le Canada. Le 12 décembre 2003, elle est nommée ministre du Multiculturalisme et du Statut de la femme.

Après sa nomination, Jean Augustine déclare au journal The Globe and Mail : « Cela démontre aux autres et à nous-mêmes que les Noirs peuvent prendre leur place partout dans notre société. C’est important que personne ne puisse dire que les Noirs ne peuvent pas réussir dans toutes les sphères de la société canadienne, car nous le pouvons. »

En 2004, Jean Augustine est élue présidente suppléante de la Chambre des communes.

À titre de membre de ses divers mandats sur le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration, Jean Augustine siège à des associations et à des conseils internationaux qui s’occupent des droits de la femme, des droits de la personne, du sida, du développement économique et de l’industrie, des droits des immigrants, ainsi que du racisme et de la discrimination.

Commissaire à l’équité de l’Ontario

Après sa retraite de la politique, au mois de novembre 2005, Jean Augustine poursuit sa carrière de sensibilisation publique. En mars 2007, le gouvernement de l’Ontario la nomme première commissaire à l’équité. Le Bureau du commissaire à l’équité veille à ce que les professionnels formés à l’étranger (par exemple en médecine ou en enseignement) puissent recevoir leur accréditation pour exercer dans la province.

Pendant le mandat de Jean Augustine, le Bureau du commissaire à l’équité a influencé des centaines d’améliorations à apporter aux procédures d’accréditation en Ontario, des améliorations qui ont rendu les règles plus transparentes et impartiales. Après huit années à la barre du Bureau du commissaire à l’équité, elle prend sa retraite, en mars 2015.

Héritage

La vie et la carrière de Jean Augustine ont été façonnées par le service communautaire. En 2014, ce service a été reconnu par la création d’une bourse d’études en son honneur, qui est décernée annuellement à un étudiant au Humber College, dans la région d’Etobicoke–Lakeshore, qui a « surmonté des obstacles et qui participe activement dans sa communauté ».

Jean Augustine a aussi des liens serrés avec l’Université York. En 2017, elle donne aux Clara Thomas Archives (voir Clara Thomas) de l’université plusieurs documents et dossiers concernant sa vie et sa carrière politique. La chaire en éducation Jean Augustine dans le domaine du nouvel environnement urbain a été fondée à l’Université York le 25 juin 2008. Selon l’université, les recherches de cette chaire portent sur les « questions d’éducation concernant l’immigration, l’engagement communautaire et la diversité culturelle », et visent à « améliorer l’enseignement dans les villes métropolitaines ».

En 2014, le Jean Augustine Centre for Young Women’s Empowerment ouvre à Toronto dans le cadre du programme PACT pour les jeunes en difficulté. Le centre souligne l’importance de « l’éducation, l’alimentation, l’attention consciente et la formation par des emplois réels ».

Honneurs et distinctions

En 1987, Jean Augustine reçoit le premier prix Kay Livingston du Congrès des femmes noires du Canada. En 1994, le magazine Pride lui accorde un prix pour ses réalisations pour les Canadiens noirs. En 2002, elle est assermentée comme membre du Conseil privé de la Reine pour le Canada. En 2007, l’Université des Indes occidentales, à la Grenade, lui décerne le Caribbean Luminary Award.

En 2007, Jean Augustine est admise comme membre de l’Ordre du Canada « pour sa carrière distinguée à titre d’enseignante, de femme politique et d’activiste pour la justice sociale au Canada ». En 2014, elle reçoit la prestigieuse nomination de dame commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique. En 2016, une école de Brampton, en Ontario, est nommée en son honneur. L’Université de Toronto lui attribue un doctorat honorifique en droit, et l’Université de Guelph, l’Université McGill et l’Université York lui décernent des diplômes honorifiques.