Janette Bertrand, O.C., O.Q., journaliste, comédienne, auteure, dramaturge et féministe (née le 25 janvier 1925 à Montréal, Québec). Récipiendaire de l’Ordre du Canada et de l’Ordre national du Québec, cette communicatrice hors pair a marqué profondément le journalisme et la télévision au Québec en abordant avec franchise et sincérité des sujets à dimension sociale peu traités dans les médias.

Enfance et début de carrière

Janette Bertrand grandit à Montréal dans un quartier populaire où ses parents sont propriétaires d’une mercerie pour hommes. Cadette d’une famille de quatre enfants, elle est aussi la seule fille. À force de détermination, elle convainc ses parents de la laisser poursuivre ses études. Elle s’inscrit donc en lettres à l’Université de Montréal, où elle suit notamment les cours d’histoire de l’abbé Lionel Groulx.

Elle amorce sa carrière de journaliste en entrant au Petit Journal, dans lequel elle signe la chronique Opinions de femmes, qui relate avec une pointe d’humour l’attitude des hommes dans la société d’alors. En 1950, on lui confie la responsabilité du courrier du cœur (Le refuge sentimental). La chanson Madame Bertrand interprété par Robert Charlebois et Mouffe (Claudine Monfette) en 1969 est d’ailleurs inspirée par cette rubrique qu’elle a tenue pendant 17 ans.

Comédienne, animatrice et scénariste

Au début des années 1950, J. Bertrand entre à la radio de Radio-Canada et anime l’émission Déjeuner en musique. Elle rejoint ensuite CKAC et y anime avec son mari, le comédien Jean Lajeunesse, l’émission Jean et Janette. Vient ensuite l’émission Mon mari et nous, une première à la radio francophone. À partir de leur cuisine et leur salle à manger, interrompus par le retour de l’école des enfants qui viennent dîner, Jean et Janette livrent leur train-train quotidien à des milliers d’auditeurs ravis.

Parallèlement à cela, J. Bertrand débute sa carrière télévisuelle à Radio-Canada, Télé-Métropole et Radio-Québec (aujourd’hui Télé-Québec). Figure de proue dans le milieu télévisé, elle innove dans le genre téléromans et dramatiques (voir Dramatiques à la télévision québécoise). Son écriture simple, mais directe, touche une corde sensible chez les téléspectateurs, qui se reconnaissent dans ces téléromans et séries traitant des relations de couple, des problèmes de famille. Alimentée par sa propre expérience et par des centaines de lettres reçues à son courrier du cœur, l’auteure ne manque jamais d’inspiration. Toi et moi, Quelle famille! (qui la met en scène avec son mari, ses enfants et même son chien) et Grand-papa dressent un portrait touchant des familles d’alors.

Briser des tabous

Suivront des dramatiques poignantes dans lesquelles J. Bertrand aborde des sujets jusque-là ignorés à la télévision. Brisant les tabous, n’ayant pas peur de se pencher sur des idées que l’on qualifiait à l’époque d’osées, elle aborde des thèmes comme la sexualité dans le couple, le sida, le suicide, le jeu, la violence faite aux femmes, l’inceste, la solitude, le vieillissement. Elle sera la première journaliste québécoise à parler ouvertement de l’homosexualité à la télévision (voir aussi Droits des lesbiennes, des gays, des bisexuels et des transgenres au Canada). Dressant un portrait réaliste de la société québécoise et de son évolution, de même que de la condition féminine et de l’émancipation des femmes, la série de 52 dramatiques Avec un grand A (1986-1996) etl’émission Parler pour parler seront pendant plusieurs années les points de mire de la télévision québécoise, en plus d’être d’importants tremplins professionnels pour les comédiens du Québec. Ces deux projets télévisuels lui vaudront d’ailleurs de nombreux prix Gémeaux dans les catégories Meilleur texte, série dramatique et Meilleure animation.

Au théâtre, Janette Bertrand laisse sa marque avec deux pièces d’importance, Moi Tarzan, toi Jane et Dis-moi le si j’dérange. Ces pièces ont eu un impact certain, non seulement en raison des sujets traités, le sexisme et la solitude des gens âgés, mais aussi à cause de l’intensité des émotions et du jeu des comédiens. À partir de 1996, madame Bertrand enseigne l’écriture dramatique à l’Institut national de l’image et du son (INIS), à Montréal.

Publications

Au fil des ans, Janette Bertrand a publié différents ouvrages allant du livre de recettes (Les Recettes de Janette, publié à l’origine en 1968 et réimprimé en 2005) au roman (Avec un grand A, 1990), en passant par l’autobiographie (Ma vie en trois actes, 2004). En 2007 paraît son roman Le Bien des miens, suivi de Le Cocon (2009). Depuis 2012, elle a fait paraître chez Libre Expression trois romans intitulés Lit double (2012, 2013 et 2014), dans lesquels elle met en scène des couples de différentes générations.

Héritage

Reconnue pour son avant-gardisme et son rôle d’éducatrice populaire, Janette Bertrand a marqué profondément les médias et la télévision du Québec. Socialement engagée, elle a en outre été la présidente d’honneur de nombreuses campagnes de financement d’œuvres sociales et communautaires.

En 2013, elle a rédigé une lettre à l’appui de la Charte des valeurs québécoises proposée par le gouvernement de Pauline Marois qui a été cosignée par 20 autres femmes. Ces cosignataires, parmi lesquelles on trouve Djemila Benhabib, Denise Filiatrault, Chantal Renaud, Denise Robert et Julie Snyder, se sont elles-mêmes surnommées les « Janettes », dans une référence implicite aux « Yvettes » de la campagne référendaire de 1980. Si certains propos formulés par la suite par madame Bertrand ont été durement critiqués par les médias, cette initiative a néanmoins lancé sur la place publique le débat entourant la Charte et permis de l’axer sur la question de l’égalité entre les hommes et les femmes.

En 2014, l’autobiographie Janette Bertrand – Ma vie en trois actes a été mise à l’écran et présentée dans le cadre de l’émission Les grands reportages – Personnalités sur la chaîne Ici RDI de Radio-Canada. La série est d’ailleurs finaliste aux prix Gémeaux 2015 dans la catégorie Meilleure émission ou série documentaire : biographie ou portrait. Madame Bertrand prévoit publier sous peu le quatrième opus de ses mémoires.

Prix et récompenses

Miss Radio-Télévision, Gala Artis (1964)

Femme du siècle, Salon de la femme de Montréal (1990)

Médaille d’argent, Mouvement national des Québécois (1991)

Chevalier de l’Ordre national du Québec (1992)

Prix de la réalisation artistique (Radiotélédiffusion), prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle (2000)

Hommage, Cinémathèque québécoise (2001)

Officier de l’Ordre du Canada (2002)

Chevalier de l’Ordre de la Pléiade (2002)

Prix Lutte contre l’homophobie (depuis 2014, le prix Laurent-McCutcheon), Fondation Émergence (2003)

Prix Condorcet-Dessaulles, Mouvement laïque québécois (2003)

Hommage, Femmes du cinéma, de la télévision et des médias numériques (FCTMN) (2005)

Prix Gémeaux (2005)

Prix du grand public (pour son autobiographie Ma vie en trois actes), Salon du livre de Montréal ‒ La Presse (2005)

Doctorat ès lettres honoris causa, Université Laval (2006-2007)

Prix Guy-Mauffette pour la radio et la télévision, Les Prix du Québec (2011)