Irma Le Vasseur, MD, première femme médecin canadienne-française et instigatrice de la fondation de l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal et de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec (née le 20 janvier 1877, à Québec, Québec; décédée le 18 janvier 1964 à Québec). L’une des rares femmes médecins de son époque et une pionnière dans le domaine de la médecine pédiatrique, Irma Le Vasseur a consacré sa vie à la cause des enfants malades, initiant des œuvres majeures qui lui ont survécu.

Enfance et formation

Née à Québec, Irma Le Vasseur est la seule fille de Nazaire Le Vasseur, journaliste, fonctionnaire, musicien et écrivain, et de Phédora Venner, cantatrice, qui ont eu quatre enfants. Est-ce à cause de la mort de ses frères en bas âges, ou parce que son père avait dû interrompre ses études de médecine à la suite d’un revers de fortune familiale? Quoi qu’il en soit, en 1894, après avoir fréquenté le couvent de Jésus-Marie de Sillery et l’École normale Laval, elle s’inscrit à l’École de médecine de l’Université Saint Paul au Minnesota, où elle obtient son diplôme en juin 1900.

Elle exerce quelque temps à New York, notamment avec la Dre Mary Putnam Jacobi (1842-1906), l’une des premières femmes à avoir été admise à l’École de médecine de Paris, avant de revenir au Québec où elle s’adresse à l’Assemblée législative pour obtenir l’adoption d’une loi privée lui accordant le droit de pratiquer dans sa province natale. Le 25 avril 1903, elle devient ainsi la douzième Québécoise et la première Canadienne française à obtenir ce privilège, mais elle est alors l’une des rares à avoir étudié à l’extérieur du Québec, la plupart de ses consœurs ayant plutôt fréquenté la Faculté de médecine de l’Université Bishop’s, la seule qui acceptait les femmes au tournant du XXe siècle.

L’Hôpital Sainte-Justine

Son droit de pratique à peine obtenu, afin de se spécialiser en pédiatrie, Irma Le Vasseur se rend à Paris et en Allemagne. À Paris, elle travaillera auprès de la Dre Madeleine Brès, première Française à exercer la médecine et pédiatre réputée. De retour au Québec en 1906, elle travaille à la Crèche de la Miséricorde de Montréal qui recueille les enfants des mères célibataires, puis, brièvement, pour le service d’inspection médicale des écoliers que le Bureau de santé de la Ville de Montréal venait de mettre en place.

Désireuse de s’engager dans la lutte contre la mortalité infantile qui fait alors des ravages, elle entreprend des démarches en vue d’ouvrir un hôpital pour enfants. À l’automne 1907, elle s’allie avec d’autres femmes de la grande bourgeoisie canadienne-française de Montréal, notamment Justine Lacoste-Beaubien, et quelques médecins, dont les Drs Raoul Masson et Séverin Lachapelle, pour fonder l’Hôpital Sainte-Justine, le premier hôpital pédiatrique canadien-français du Québec. Écartée de la direction en janvier 1908 pour des raisons qui demeurent nébuleuses, elle démissionne du bureau médical quelques mois plus tard et quitte l’institution dont elle avait pourtant été la principale instigatrice.

Sa pratique médicale outre-frontière

Après son départ de Sainte-Justine, Irma Le Vasseur retourne à New York où elle travaille pour le bureau de santé de la ville comme inspectrice médicale des écoliers jusqu’en avril 1915. Elle se porte alors volontaire pour aller soigner les victimes d’une importante épidémie de typhus qui sévit en Serbie et qui a tué près de 800 000 personnes en deux ans. Quelques médecins canadiens l’accompagnent, dont le futur ministre québécois de la Santé dans le cabinet Duplessis, le Dr Albiny Paquette. Dans ses mémoires, celui-ci louangera le courage, la détermination et l’énergie indomptable de la seule femme du groupe, qui poursuit d’ailleurs son travail bien après le départ de ses confrères canadiens. En 1918, on la retrouve dans un hôpital militaire en France, puis de nouveau à New York où elle travaille pour la Croix-Rouge.

La fondation de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus et ses autres réalisations

Revenue définitivement dans sa ville natale en 1922, elle achète une résidence sur la Grande-Allée, à l’emplacement actuel de l’édifice H du complexe administratif gouvernemental, où, en janvier 1923, elle inaugure un nouvel hôpital pour enfant, l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, en collaboration avec les Drs René Fortier, pédiatre, et Édouard Samson, orthopédiste. Une fois encore, des dissensions surgissent entre elle et les autres administrateurs de l’établissement dont elle est finalement exclue.

À l’automne 1923, l’Hôpital de l’Enfant-Jésus quitte la résidence de la rue Grande-Allée, propriété d’Irma Le Vasseur ; celle-ci y installe une autre institution dont elle assume seule la direction, l’Hôpital des Enfants malades. Vers la fin de 1924, cette clinique, qui se consacre surtout aux enfants handicapés, déménage dans des locaux plus petits, rue de l’Artillerie dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste. Au tournant des années 1930, Irma Le Vasseur milite aussi pour l’ouverture d’une école pour ces enfants, un projet qui sera mené à terme par la Ligue de la jeunesse féminine de Québec qui fonde l’École Cardinal-Villeneuve en 1935 (aujourd’hui une composante de l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec). Durant la Deuxième Guerre mondiale, elle examine les recrues féminines qui veulent entrer dans l’armée canadienne au Manège militaire de Québec : ce sera, apparemment, ses dernières activités en tant que médecin.

Reconnaissances

En 1950, pour souligner son jubilé d’or et l’ensemble de ses réalisations, le Cercle des femmes universitaires du Québec organise des célébrations en son honneur, mais outre cet hommage, ses diverses initiatives pour aider les enfants malades sont peu valorisées à son époque. De plus en plus isolée, Irma Le Vasseur est internée à la clinique Roy-Rousseau de l’Hôpital Saint-Michel Archange en 1957-1958, avant de mourir, seule et complètement démunie six années plus tard.

Sa contribution à la médecine infantile est finalement reconnue à partir des années 1980, alors qu’un mont de l’arrondissement Charlesbourg, un auditorium de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, un pavillon du Cégep François-Xavier Garneau, des rues à Québec et à Montréal, un parc à Outremont et une bourse du Secrétariat à la condition féminine sont nommés à sa mémoire. En 2009, une sculpture symbolisant son œuvre a été inaugurée près de l’entrée du CLSC de l’arrondissement de Limoilou, à Québec.