Dans les décennies qui suivent la Confédération, l’appui envers l’impérialisme et envers l’Empire britannique est solide au Canada. Mais graduellement, à mesure que le pays mûrit, et après bien des sacrifices aux côtés de la Grande-Bretagne dans des guerres livrées au-delà des mers, la loyauté impérialiste décline au pays et le Canada en vient à réclamer et à obtenir une complète autonomie à l’intérieur de l’empire.

Contexte

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, un certain nombre de vastes et puissantes nations entre dans une phase d’expansion territoriale souvent désignée sous le nom de seconde grande période de l’impérialisme. La Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, les États-Unis et d’autres recherchent de nouvelles colonies et zones d’influence pour des raisons commerciales, militaires et religieuses.

Ce nouvel impérialisme coïncide avec une inquiétude croissante au Canada – dont les provinces ont déjà été des colonies britanniques – au sujet de sa relation en tant que pays avec le déjà très vaste et très puissant Empire britannique. Même après la Confédération de 1867, la Grande-Bretagne est toujours totalement responsable des relations extérieures du Canada. C’est aussi la Grande-Bretagne qui paie pour la défense nationale du Canada.

De tels arrangements, les derniers fragments du passé colonial du Canada, sont de plus en plus inacceptables pour bon nombre de gens. Ceci dit, malgré la montée de la prise de conscience que le Canada va devoir un jour devenir pleinement indépendant de la Grande-Bretagne, il persiste une forte loyauté envers ladite Grande-Bretagne dans l’esprit de millions de Canadiens. Se manifeste aussi la peur qu’une indépendance totale par rapport à l’Empire britannique rende le pays vulnérable à une absorption ou à une prise en main du Canada par les États-Unis.

Sentiment anti-américain et pro-britannique

Quand des impérialistes britanniques fondent, en 1884, la Imperial Federation League (la ligue pour une fédération impériale), des sympathisants canadiens en constituent rapidement des chapitres locaux. Ces sympathisants de l’impérialisme recherchent un moyen pour le Canada de se développer et de mûrir politiquement au-delà de son statut colonial, tout en restant partie intégrante de l’empire. Animé par George Monro Grant, George Robert Parkin, George Taylor Denison et d’autres, ce mouvement mélange des éléments d’idéalisme chrétien et d’antiaméricanisme. On y juge qu’en principe le Canada (et les autres dominions comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande) devrait participer aux décisions de politique extérieure, au niveau impérial.

Et, pendant ce temps-là, à la fin du XIXe siècle, une rhétorique pro-impérialiste se met à faire ouvertement la promotion des avantages du fait de former une force indistinctement unie.

Implication dans les guerres impériales

Quand la guerre des Boers éclate en 1899 entre la Grande-Bretagne et les républiques afrikaners d’Afrique du Sud, le Canada est confronté, pour la première fois depuis la Confédération, à la question de savoir s’il doit activement appuyer la Grande-Bretagne en envoyant des soldats canadiens combattre dans une guerre impériale britannique se déroulant au-delà des mers. La participation canadienne est alors promue avec enthousiasme par les impérialistes canadiens, mais il y a de nombreuses résistances, notamment de la part des Canadiens français. Le premier ministre Wilfrid Laurier arrête un compromis, en acceptant d’acheminer une force strictement volontaire. Cette guerre sert donc d’indicateur du fait que désormais le support automatique envers l’Empire britannique ne va plus de soi, qu’il porte à controverses.

Ceci dit, et d’autre part, le statut de membre de l’empire implique désormais inévitablement une participation active dans les guerres impériales. Entre 1900 et 1914, un débat intense et souvent acrimonieux a lieu autour de la question de savoir si le fardeau impérial (du maintien et de l’expansion de l’Empire britannique à travers le monde) est aussi un fardeau canadien. Ceux qui s’opposent à cette idée favorisent plutôt une autonomie face à l’empire et une liberté de démarcation face à ses imbroglios militaires.

Quand la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne en 1914, le Canada ne prend pas consciemment la décision de participer au conflit. Le Canada est plutôt automatiquement de facto en guerre, vu que ses décisions de politique extérieure se prennent à Londres. La Première Guerre mondiale porte l’impérialisme jusqu’à son stade le plus achevé, mais aussi elle entraîne son effondrement au Canada. De plus en plus, dans le cours de la guerre, des dominions comme le Canada se mettent à insister sur une planification militaire conjointe et sur une politique extérieure concertée, surtout à propos des questions portant sur les intérêts mutuels.

Le sacrifice de 61 000 Canadiens tués et de 172 000 Canadiens blessés alimente l’argumentation de ceux qui exigent une affirmation plus nette du Canada sur les questions de politique extérieure. Le premier ministre Robert Borden fait campagne avec succès en faveur du droit, pour le gouvernement du Canada et des autres dominions, d’apposer des signatures distinctes au bas du Traité de Versailles, à la fin de la guerre.

Dans les années 1920, sous le premier ministre William Lyon Mackenzie King, le Canada fait des pieds et des mains pour faire entendre sa voix dans le champ de la diplomatie et des affaires étrangères.

Statut de Westminster

En 1931, le parlement britannique adopte le Statut de Westminster, parfois appelé la déclaration d’indépendance du Canada. Cette loi britannique établit que le Canada est désormais responsable de toutes ses décisions, tant domestiques qu’internationales.

Quand la Grande-Bretagne déclare derechef la guerre à l’Allemagne en 1939, le Canada commence par débattre la question du conflit au Parlement d’Ottawa. Ensuite, il décide, de façon autonome, de s’engager dans la Deuxième Guerre mondiale, le 10 septembre 1939. Le Canada est maintenant une nation complètement indépendante avec le contrôle plein et entier sur sa politique étrangère.

Après la guerre, le Canada et d’autres pays ayant fait partie de l’Empire britannique maintiennent leurs liens historiques avec la Grande-Bretagne. Et ils le font non pas en tant que colonies ou que dominions à gouvernements autonomes, mais plutôt comme des états pleinement indépendants aux liens mutuels plus lâches. C’est ce que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Commonwealth.