Coalitions avant la Confédération

Le caractère fluctuant des lignes des partis, la prédominance du favoritisme et la nouveauté du concept de gouvernement responsable conduisent, dans les années 1840 et 1850, à la formation de plusieurs coalitions expérimentales au Nouveau‑Brunswick, en Nouvelle‑Écosse et dans la Province du Canada, les plus célèbres étant celles mises en place dans la Province du Canada en 1854 et en 1864.

La coalition de 1854, qui regroupe des réformateurs modérés et des conservateurs, sera la base du Parti conservateur d’après la Confédération. La Grande Coalition de 1864 réunit les libéraux Clear Grits, les conservateurs et des membres du Parti bleu avec en vue la création de la Confédération.

Gouvernement d’union

À l’échelon national, la seule coalition ultérieure à la création de la Confédération est le gouvernement d’union mis en place en 1917 sous l’égide de sir Robert Borden. Aux prises avec une forte opposition à la conscription et avec d’autres difficultés majeures pendant la Première Guerre mondiale, Robert Borden cherche à élargir sa base politique en période de guerre en invitant plusieurs libéraux en faveur de la conscription et d’autres personnalités à faire partie de son gouvernement. Lors de l’élection générale de 1917 qui se tient en décembre, ce gouvernement unioniste remporte une victoire décisive sur les libéraux de sir Wilfrid Laurier. Cette coalition unioniste ne dure toutefois pas longtemps, la fin de la guerre, en novembre 1918, ramenant de nombreux libéraux à leur ancienne allégeance tandis que d’autres unionistes appuient le nouveau Parti progressiste. Lorsque Robert Borden se retire de ses fonctions en 1920, l’idée même d’une coalition s’évanouit avec lui.

Le gouvernement unioniste illustre les risques liés à une coalition; en effet, après 1917 et pour longtemps, les Canadiens français vont rejeter les coalitions, les associant systématiquement à la conscription (voir Élection de 1917). Pendant la Deuxième Guerre mondiale, ce sont les partisans d’un effort de guerre plus intense et, à nouveau, de la conscription qui proposent des coalitions ou un « gouvernement national ». Depuis, peu de gouvernements de coalition ont été proposés à l’échelon national.

Crise parlementaire 2008‑2009

À l’issue de l’élection de 2008, le Parti conservateur de Stephen Harper forme, pour la deuxième fois, un gouvernement minoritaire. Six semaines seulement après l’élection, en réaction à la mise à jour financière des conservateurs, les libéraux, dirigés par Stéphane Dion, et le Nouveau Parti démocratique (NPD), conduit par Jack Layton, signent un accord pour former un gouvernement de coalition dans le cas où le gouvernement conservateur serait défait lors d’un vote de confiance. Le Bloc québécois (BQ) s’engage également à soutenir un tel gouvernement sans toutefois y participer.

Le calendrier et la nature de cette éventuelle coalition vont la tuer dans l’œuf avant même qu’elle n’ait vu le jour. En effet, l’accord de coalition est signé si rapidement après l’élection qu’il est perçu comme une tentative de s’emparer du pouvoir, ou pire, de renverser les résultats de l’élection. En outre, le soutien du BQ à la coalition permet facilement aux conservateurs de l’assimiler au mouvement séparatiste.

Afin de contrecarrer le vote de confiance et la formation de la coalition qui aurait obtenu une majorité de sièges à la Chambre des communes, Stephen Harper demande à la gouverneure générale de proroger le Parlement. Au moment de la rentrée parlementaire en janvier 2009, Stéphane Dion a démissionné et Michael Ignatieff, qui rejette le concept de coalition, est devenu chef du Parti libéral par intérim; le projet est alors abandonné.

Gouvernements de coalition provinciaux

En revanche, plusieurs coalitions voient le jour à l’échelon provincial. Pendant la Grande Dépression, le Parti progressiste du Manitoba se joint au Parti libéral du Manitoba avant l’élection de 1932 qu’ils remportent, tenant ainsi à distance la menace conservatrice. En 1940, tous les partis du Manitoba forment un gouvernement non partisan afin de répondre aux besoins de la province en temps de guerre. En Colombie‑Britannique, une coalition des libéraux et des conservateurs en temps de guerre fait échec à la menace de la Co‑operative Commonwealth Federation (CCF); s’il s’avère que cette coalition procure probablement un certain avantage à la CCF, elle nuit assurément aux libéraux et aux conservateurs qui se voient bientôt supplantés par le Crédit social. En Ontario, le gouvernement libéral minoritaire de David Peterson gouverne de 1985 à 1987 en s’appuyant sur une entente explicite formelle avec le NPD; toutefois, dans ce cas, on ne peut pas réellement parler d’une entente de coalition au sens strict, aucun membre du NPD ne faisant partie du Cabinet ni n’étant investi d’un pouvoir quelconque, le NPD exerçant cependant une certaine influence sur les politiques mises en œuvre et sur les lois adoptées.

En Colombie-Britannique, le gouvernement libéral de la première ministre Christy Clark reprend à peine le pouvoir après les élections provinciales du 9 mai 2017. Ayant remporté 43 sièges, les libéraux sont en mesure de former le premier gouvernement minoritaire dans la province depuis 1952. (Avec un total de 87 sièges à l’Assemblée législative, 44 sont nécessaires pour détenir la majorité.) Le NPD et le Parti vert remportent respectivement 41 et 3 sièges. Le 29 mai, le chef du NPD, John Horgan, et le chef du Parti vert, Andrew Weaver, annoncent conjointement que leurs partis ont conclu un « accord de confiance et de soutien » selon lequel les verts appuieront les néodémocrates sur la politique budgétaire et les motions de confiance. En vertu de cet accord, le NPD aurait le soutien de 44 députés dans la législature, soit la majorité. Toutefois, l’intention était de diriger un gouvernement néodémocrate minoritaire soutenu par les verts, plutôt que de former un vrai gouvernement de coalition avec un Cabinet conjoint.

Voir aussi Gouvernement minoritaire.