Jeunesse

Anglaise par son père et Squamish par sa mère, Gertrude Ettershank naît en 1917 au sein de la Première Nation squamish, à Mission, en Colombie-Britannique, sur la rive nord de la rivière Fraser, à 70 km approximativement de l’emplacement actuel de Vancouver. Il est reconnu que le territoire traditionnel de la Nation squamish englobe la région du Lower Mainland en Colombie-Britannique. Ses pratiques et traditions culturelles sont celles des Salish de la côte centrale.

Après la mort de sa mère, elle prend soin de sa petite sœur Vivian. Gertrude n’a que 12 ans. Adolescente, elle travaille dans une conserverie et rencontre Victor Guerin, de la Première Nation musqueam (« le peuple des herbes de rivière »). En 1936, le jeune couple se marie. Ils ont cinq enfants qu’ils élèvent à North Vancouver.

Carrière, militantisme et œuvre pour la communauté

En 1953-1954, Gertrude Guerin et son mari s’installent avec leur famille dans leur communauté ancestrale. C’est là qu’elle commence à militer pour la défense des peuples des Premières Nations. Elle est élue chef des Musqueam. Elle lutte activement contre la discrimination et pour l’égalité dans le système scolaire, avec une passion qui lui vient sans doute de son expérience de mère et de personne autochtone. En raison des effets à long terme de la colonisation européenne, les Autochtones vivant dans des réserves voient décliner leurs perspectives économiques pendant les années 1960. Gertrude Guerin travaille fort pour améliorer la qualité de vie des Autochtones, particulièrement ceux qui s’installent dans les villes. (Voir aussi Migration urbaine des Autochtones.)

En 1967, sous la direction de Ray Collins, du ministère des Affaires indiennes, aujourd’hui Affaires autochtones et du Nord Canada, Gertrude Guerin participe à la création du Native Education Centre (NEC), aujourd’hui le Native Education College, qui a pour objectif d’encourager la poursuite d’études et d’améliorer les possibilités d’emploi parmi la population autochtone en pleine croissance de Vancouver. En 1979, le NEC devient un collège privé, aujourd’hui administré par l’Assemblée des Premières Nations de la Colombie-Britannique. L’organisme rappelle l’apport de Gertrude Guerin en attribuant un prix portant son nom, le Visionary Award, décerné à des leaders qui ont laissé leur marque dans les communautés autochtones.

Également active en matière de justice sociale, Gertrude Guerin tente d’améliorer les relations entre la police et les membres des communautés autochtones, victimes de stéréotypes et de racisme systématique. Elle contribue à la fondation de la Vancouver Police and Native Liaison Society. En 1963, elle fonde aussi le Vancouver Friendship Centre (aujourd’hui Vancouver Aboriginal Friendship Centre Society) qui fournit encore aujourd’hui aux membres de la communauté autochtone urbaine des services de santé, de défense, d’éducation et d’intervention sociale. Depuis sa fondation par Gertrude Guerin, cet organisme a agi comme un site de conservation et d’enrichissement culturel. (Voir aussi Centres d’amitié.)

Droits ancestraux : Guerin c. La Reine

Au début des années 1980, Gertrude Guerin se joint à d’autres membres de la nation musqueam afin de poursuivre le gouvernement jusqu’en Cour suprême au sujet des droits ancestraux, dans le jugement Guerin c. La Reine, [1984] 2 R.C.S. 335. La poursuite concerne des actions du gouvernement fédéral qui a loué, en tant que représentant des Musqueam, 162 acres de terres de Vancouver au Shaughnessy Heights Golf Club en 1958. En 1975, les Musqueam poursuivent le gouvernement fédéral pour les avoir mal représentés et failli à défendre leurs intérêts. Dès la première audition, la bande se voit accorder 10 millions de dollars parce que le gouvernement a omis de fournir tous les détails de l’entente aux Musqueam.

Le jugement initial est infirmé en appel par la Cour fédérale du Canada. Citée comme appelante dans ce jugement, Gertrude Guerin défend l’appel en 1984. La même année, la Cour suprême du Canada révise la décision du tribunal inférieur et tranche que le gouvernement fédéral a violé les conditions de la Proclamation royale de 1763. Ce document établissait la relation entre le gouvernement et les peuples autochtones, et stipulait que la Couronne devait agir conformément à ses « obligations de fiduciaire », en d’autres termes, uniquement dans l’intérêt des peuples autochtones. La décision de la Cour établit que les titres ancestraux (c.‑à‑d. la propriété) constituent un droit sui generis, c’est-à-dire unique et inaliénable (absolu).

Guerin c. La Reine est considéré comme un point tournant dans le droit canadien, et l’obligation fiduciaire est maintenant inscrite dans l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982, qui consacre la protection des droits ancestraux.

Prix et distinctions

En octobre 2006, Gertrude Guerin est honorée par le ministère des Services communautaires et le ministère des Relations et de la Réconciliation avec les Autochtones de la Colombie-Britannique. Elle reçoit un prix posthume en reconnaissance de ses efforts pour renforcer les droits des autochtones et de son travail infatigable pour améliorer le sort de sa communauté.

Postérité

Gertrude Guerin laisse le souvenir de sa résolution et de sa ténacité. Elle a défendu avec passion sa communauté et les traditions culturelles autochtones. Son héritage rappelle une période, des années 1960 aux années 1980, de prise de conscience des enjeux politiques et socioéconomiques qui touchaient les peuples autochtones au Canada. Elle a contribué à établir une tradition d’éducation et d’activisme autochtones en Colombie-Britannique, et particulièrement dans la région de Vancouver, où les organismes qu’elle a contribué à créer et à faire grandir sont encore prospères et fournissent d’importants services aux gens des Premières Nations. Ses enfants ont suivi ses traces en devenant des membres actifs et visibles de communautés de Premières Nations et les gardiens des causes que Gertrude Guerin a contribué à défendre.