Jeunesse et formation

Éva Circé est la cinquième enfant de Julie-Ézilda Décarie et de Narcisse Circé. À sa naissance, trois de ses frères et sœurs sont déjà décédés. Son père travaille comme conducteur de trains pour la compagnie du Grand Tronc, puis devient propriétaire d’un magasin d’habits pour homme avec son associé Jos Dumouchel. La famille Circé réside d’abord sur la rue Bonaventure (aujourd’hui Saint-Jacques Ouest) avant de déménager en 1884 sur la rue Notre-Dame, dans le quartier de Saint-Antoine, juste à côté du magasin familial.

L’enfance d’Éva se déroule au sein d’une famille unie et chaleureuse. À 13 ans, pour ses études secondaires, ses parents l’inscrivent au Pensionnat Villa Anna tenu par les Sœurs de Sainte-Anne à Lachine. En 1888, elle obtient la médaille de bronze en littérature décernée par Lady et Lord Stanley, alors gouverneur général du Canada. Elle excelle particulièrement en français, de même qu’en musique. Elle s’inscrit d’ailleurs à des cours de chant et de piano. Toutefois, c’est sa passion pour la poésie qui lui permet d’accéder au milieu littéraire montréalais en 1900 en rejoignant l’équipe du journal Les Débats, un hebdomadaire anti-impérialiste opposé à la participation du Canada à la guerre d’Afrique du Sud (communément appelée guerre des Boers). Tout au long de sa collaboration au journal avec Louvigny de Montigny, elle publie une soixantaine de textes sous les pseudonymes Colombine ou Musette. En 1902, elle fonde avec Charles Gill et Arsène Bessette le journal littéraire L’Étincelle, qui ne sera toutefois publié que quelques mois.

Journaliste, dramaturge et bibliothécaire

En avril 1903, Éva Circé alias Colombine publie chez Déom Frères son premier recueil de textes, intitulé Bleu, Blanc, Rouge en référence au drapeau français et à la République qu’elle affectionne. La même année, sa pièce de théâtre Hindelang et De Lorimier est jouée au Théâtre National français, à Montréal. Toute sa vie, elle demeure fascinée par les rébellions de 1837-1838.

C’est également en 1903 qu’elle devient bibliothécaire à la Bibliothèque technique de Montréal. Il s’agit de la toute première bibliothèque publique créée par la Commission spéciale de la Bibliothèque de Montréal afin de mettre à la disposition des travailleurs des livres sur leurs métiers et professions. Au début, la bibliothèque loge au Monument-National selon une entente avec la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, qui est propriétaire de l’édifice. D’esprit laïc, elle devient rapidement source de discorde entre l’Évêque de Montréal, Mgr Bruchési, et la Commission de la bibliothèque. L’Évêque ne veut surtout pas que la bibliothèque achète des livres à l’index, ce qui ne fait pas l’affaire d’Éva Circé (voir Censure).

En 1904, lors d’un concours, celle-ci reçoit un prix du Théâtre National français de Montréal pour sa pièce Le fumeur endiablé relatant l’histoire d’un bon Canadien qui décide, pour le Carême, de mettre sa pipe de côté. Cette pièce, également signée Colombine, est présentée à nouveau en 1922 à l’initiative de la Société des auteurs canadiens.

Le 19 avril 1905, à l’âge de 34 ans, Éva épouse Pierre-Salomon Côté, un médecin de 29 ans socialement engagé auprès des pauvres. Le mariage est célébré à l’Église Saint-Jean-Baptiste de Montréal dans la plus stricte intimité. À l’instar d’Éva, Pierre-Salomon est un libre penseur ayant des idées séculières. Surnommé le docteur des pauvres, il est également proche du milieu franc-maçonnique de Montréal. Au début de leur mariage, ils habitent avec les parents d’Éva, rue Rachel, où Pierre a son cabinet de médecin spécialiste des maladies nerveuses. Ève, leur unique enfant, naît un an plus tard.

Libre penseuse engagée socialement

En 1908, Éva, qui se préoccupe beaucoup de l’éducation des jeunes filles, décide de fonder un lycée laïc à leur intention avec sa collègue journaliste Georgina Bélanger Gill (Gaétane de Montreuil). Érigé au 286, rue Saint-Denis, celui-ci s’inspire de l’enseignement américain et français et offre des cours de sténographie, de commerce et de science. Toutefois, il ne demeure ouvert que deux ans. Mgr Bruchési, à l’origine opposé à l’ouverture d’un collège classique féminin, utilise en effet toute son influence pour contrer l’établissement laïc en autorisant finalement les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame à réaliser leur projet d’École d’enseignement supérieur. Celle-ci ouvre ses portes le 12 octobre 1908 (voir Marie Gérin-Lajoie, née Lacoste).

Le 22 décembre 1909, quatre ans après la célébration du mariage d’Éva et de Pierre-Salomon Côté, ce dernier décède des suites d’une tuberculose intestinale. Incinéré au cimetière Mont-Royal, ses funérailles civiles, sans service religieux, font scandale dans la presse écrite montréalaise. Circé-Côté est éclaboussée et doit se défendre en écrivant deux lettres aux journaux pour justifier les choix de son mari.

En 1910, après avoir écrit dans plusieurs journaux dont L’Avenir, Le Monde illustré, L’Avenir du Nord et Le Nationaliste, Éva entreprend une collaboration de 12 ans au journal Le Pays fondé par Godfroy Langlois. Elle y rédige plus de 793 chroniques sous divers pseudonymes : Jean Nay, Paul S. Bédard, Fantasio et Arthur Maheu. Ses écrits portent sur divers sujets, dont la mortalité infantile, l’éducation des femmes, leur droit de vote, l’instruction obligatoire et la santé publique. La journaliste n’hésite pas à dénoncer les inégalités sociales, l’insalubrité, l’incompétence politique et la corruption municipale. À contre-courant des valeurs et des idées de son époque, elle prône la tolérance envers la prostitution et se prononce contre la peine de mort.

Circé-Côté est également conservatrice du catalogue de la prestigieuse collection de Philéas Gagnon acquise par la ville en 1910 et composée de 10 000 livres canadiens rares et anciens (voir Livres anciens). Parallèlement à ce travail de bibliothécaire, elle accepte en 1916 de collaborer au journal Le Monde ouvrier fondé par le syndicaliste Gustave Francq du Congrès des métiers et du travail du Canada. Elle y écrit sous le nom de Julien Saint-Michel jusqu’en 1942, se portant à la défense des ouvriers exploités en dénonçant leurs conditions de travail (voir Histoire des travailleurs du Québec).

En 1917, Éva Circé-Côté se réjouit de l’inauguration de la nouvelle bibliothèque de la rue Sherbrooke, en face du Parc Lafontaine. Elle y travaille jusqu’en 1932, année où la Commission de la Bibliothèque la force à prendre sa retraite. Au cours de ces années, elle écrit deux autres pièces de théâtre : Maisonneuve,qui est présentée au théâtre His Majesty’s en 1921, et L’Anglomanie, qui lui vaut un prix de L’Action française en 1922. La même année, elle participe à la fondation de l’Association des auteurs canadiens (devenue la Société des auteurs canadiens) et devient la première vice-présidente de sa section française. Finalement, en 1924, elle publie un dernier ouvrage, un essai portant sur Louis-Joseph Papineau.

Dernières années

Après sa retraite comme bibliothécaire, Éva Circé-Côté prononce des causeries à la radio et devient porte-parole des Filles natives du Canada, un organisme nationaliste qui se veut le pendant francophone et féminin des Native Sons of Canada. Demeurée dans l’anonymat pendant toute sa carrière afin de conserver son emploi à la bibliothèque, elle termine ses jours désabusée et rongée par l’amertume de ne pas avoir été reconnue comme journaliste. Et pourtant, cette femme engagée a écrit au cours de sa vie plus de 1760 chroniques, une vingtaine de critiques et une trentaine de contes. Elle décède le 4 mai 1949 dans sa demeure. Ses funérailles ont lieu à l’Église Unie Saint-Jean et elle est inhumée au cimetière laïc Montreal Memorial Park, à Ville Saint-Laurent.

Publications

Théâtre et poésie

Bleu, Blanc, Rouge. Poésie, paysages, causeries (1903)

Hindelang et De Lorimier (drame historique, 5 actes, 1903)

Le Fumeur endiablé (comédie, 1 acte, 1904)

Maisonneuve (drame historique, 4 actes, 1921)

L'Anglomanie (comédie, 3 actes, 1922)

Essai

Papineau. Son influence sur la pensée canadienne. Essai de psychologie historique (1924; réédition 2002)