Esi Edugvan est romancier (né en 1978 à Calgary, en Alberta). Esi Edugyan naît et grandit à Calgary auprès de ses parents ghanéens avant d’obtenir un B.A. et une M.A. en création littéraire, respectivement à l’Université de Victoria et à l’Université Johns Hopkins. À Victoria, elle a pour mentor le romancier Jack Hodgins, et côtoie l’écrivain et son futur époux Steven Price, avec qui elle partagera plus tard l’Ethel Wilson Fiction Prize, en 2012.

Style et thèmes

Sans exception, les œuvres d’Esi Edugyan témoignent de son intérêt pour la diaspora et l’histoire des Noirs, et reflètent les préoccupations récurrentes caractéristiques de l’écriture canadienne noire. Elle explore les idées de nation et d’appartenance, appartenance aux nouveaux pays et cultures comme aux anciens, au présent et au passé, à l’« ici » et à l’« ailleurs ». En même temps, elle étudie les effets de la migration des Noirs et de leur présence dans des sociétés à prédominance blanche.

The Second Life of Samuel Tyne

Son premier roman, The Second Life of Samuel Tyne (2004), raconte l’histoire d’un Ghanéen qui immigre au Canada vers la moitié des années 1950 et qui, malgré qu’il aspire à de grandes choses, n’accomplit pas ce qu’il voulait. Ennuyé par son emploi public, Samuel se voit offrir une deuxième chance lorsque son oncle reclus lui laisse un domaine délabré. Il déménage donc avec sa femme et ses filles jumelles à Aster, petite communauté rurale d’Alberta établie par des colons noirs de l’Oklahoma (ville fictive inspirée par la ville d’Amber Valley et de colonies comme Campsie, Wildwood et Breton). Ses espoirs sont toutefois déçus, et Samuel devient témoin et victime d’actes de racisme et de violence. Le côté gothique du roman finit par dominer à mesure que l’étrangeté de la maison, de la ville, des voisins et, surtout, de ses filles jumelles augmente à un rythme alarmant. Cette idée de « hantise » enveloppe l’énigme du roman, alors qu’on explore l’histoire des Noirs des Prairies, la résilience entêtée du racisme, la continuelle présence des gens et des endroits qu’on laisse derrière, les questions d’héritage et de patrimoine, et la relation entre lieu et temps.

Half-Blood Blues

Toujours inspirée par l’histoire des Noirs, Esi Edugyan écrit son deuxième roman publié, Half-Blood Blues (2011). (Elle écrit un roman inédit entre le premier et le deuxième roman publié.) Half-Blood Blues aborde la Deuxième Guerre mondiale, le jazz et le traitement réservé par les nazis aux « Rhineland Bastards », les Allemands noirs durant le Troisième Reich, qui sont majoritairement des descendants des troupes d’occupation africaines datant de la Première Guerre mondiale. Le roman explore, en alternant entre le début des années 1990 et les années de guerre, les thèmes du racisme, du génocide, du langage musical, de l’échange culturel, de la citoyenneté, et de l’identité raciale et culturelle. Sid Griffiths, le narrateur, raconte sa vie de musicien de jazz durant l’entre-guerre en Allemagne et en France, et sa tentative de fuir ces pays avec ses collègues musiciens blancs, noirs, juifs, allemands, canadiens ou américains. L’énigme tourne autour d’un jeune trompettiste prodige et « Rhineland Bastard », appelé « Hieronymus Falk », et des mystères entourant son destin et l’enregistrement de sa légendaire pièce, « Half-Blood Blues ». Le roman parle des liens qui unissent oppression, traumatisme, amour et trahison, de la création et du rôle de l’art, et de la façon dont on se rappelle ou non l’Histoire. En nomination pour de nombreux prix, Half-Blood Blues remporte le Prix Giller de la Banque Scotia en 2011, et les prix Ethel Wilson Fiction et Anisfield-Wolf Book en 2012. En 2011, le roman est en lice pour le Prix international Man Booker, le prix Rogers Writers’ Trust Fiction et le Prix du Gouverneur général pour une fiction en langue anglaise.

Éloges

Publié et reconnu à l’international, Esi Edugyan est remarquée assez tôt durant sa carrière. Elle reçoit de nombreuses bourses pour son premier roman de 2005 à 2010, et son œuvre est publiée dans deux anthologies (Best New American Voices, en 2003, dirigée par Joyce Carol Oates, et Revival: An Anthology of Black Canadian Writing,dirigée par Donna Bailey Nurse). Elle fait des résidences aux États-Unis, en Écosse, en Irlande, en Allemagne, en Hongrie, en Finlande, en Espagne et en Belgique. En 2014, Donovan Bailey nomme Half-Blood Blues victorieux du concours Canada Reads de la CBC. L’attention que la critique porte à Esi Edugyan, qui n’a fait qu’augmenter depuis son Prix Giller, suggère qu’elle occupe maintenant une place influente et essentielle dans la littérature au Canada.