Jeunesse et formation

Cadette d’une famille de huit enfants, Emma Donoghue est le produit d’une famille irlandaise catholique résolument ancrée dans la littérature. Son père, Denis Donoghue, est titulaire de la chaire Henry James, en tant que professeur de lettres, à l’Université de New York, et Frances Donoghue (née Rutledge) enseigne l’anglais. Emma Donoghue, dont le prénom lui est donné en hommage à l’Emma de Jane Austen, se familiarise dès son enfance avec la littérature et les rouages d’une carrière littéraire. À propos de ses années de formation, elle affirme que la publication d’un livre par an lui est très tôt apparue comme un style de vie normal.

Scolarisée dans des écoles de sœurs catholiques, Emma Donoghue fréquente ensuite le Collège universitaire de Dublin, où elle obtient un baccalauréat en littérature anglaise et en français en 1990, et l’Université de Cambridge, où elle obtient un doctorat en littérature anglaise en 1997. En plus d’une carrière littéraire féconde dans plusieurs médias, Emma Donoghue enseigne la création littéraire au Festival de littérature de Cheltenham, à la Fondation Arvon, à l’Université de Western Ontario et à l’Université York.

Double citoyenneté

Emma Donoghue noue des liens étroits et solides avec le Canada et la communauté littéraire du pays. En 1998, elle déménage de Cambridge, au Royaume-Uni, au Canada pour y rejoindre sa compagne et partenaire Christine Roulston, une professeure d’Étude des femmes, de recherche féministe et de français à l’Université de Western Ontario. Le couple, qui vit ouvertement son homosexualité, réside à London, en Ontario, où il élève ses deux enfants. Reconnaissante pour son prix Rogers Writers’ Trust Fiction de 2010, Emma Donoghue considère son adaptation au Canada comme parfaitement réussie. Cas intéressant en matière d’identités nationales qui s’entrecroisent, Emma Donoghue conserve la double nationalité irlandaise et canadienne : d’un côté, son pays natal où elle a passé son enfance et, de l’autre, son pays d’adoption qui a permis son épanouissement créatif.

Début de carrière

La carrière publique d’Emma Donoghue commence dans sa jeunesse, puisqu’elle est déjà considérée comme une sensation littéraire. Adolescente, Emma Donoghue écrit de la poésie, son genre préféré, et conserve précieusement, en prévision de son succès, tous ses écrits dans plusieurs livres reliés, sur lequel figure en caractères gras : EMMA DONOGHUE: THE WORKS (« son œuvre »). Elle avait la conviction d’être destinée au succès littéraire, sans jamais en douter.

Romans et biographie historiques

Ses textes sont souvent inspirés par des événements historiques et des personnages réels. We Are Michael Field (1998) est un de ses succès les plus spectaculaires. Il s’agit de la première biographie littéraire et historique, depuis 1920, de l’écrivaine de l’époque victorienne Katherine Bradley et de sa nièce Edith Cooper, à la fois amantes et collaboratrices, qui publiaient sous le pseudonyme de Michael Field. La biographie d’Emma Donoghue sur ce couple lesbien captivant, mais longtemps méconnu, s’appuie sur leurs textes non publiés – journaux intimes, poèmes et pièces de théâtre.

Le roman historique Slammerkin (2000) raconte le meurtre macabre d’un employeur par son employée et est souvent parsemé d’éléments de violence, de brutalité et de déviance sexuelle, et traite du commerce du sexe et de la classe marginale urbaine. En 2014, Emma Donoghue publie Frog Music. La narration sensationnelle du livre est inspirée d’un meurtre non élucidé commis en périphérie de San Francisco à l’été 1876 qui implique deux vagabondes françaises : une travestie femme‑homme et une danseuse burlesque qui est également travailleuse du sexe.

Room

Plus récemment, Room (2010) montre un équilibre entre son imagination sensationnaliste et le thème plus conservateur de la maternité, un de ses nouveaux intérêts personnels. Cependant, la plupart de ses intrigues et personnages sont inspirés par des études de cas réels qui s’appuient sur des registres d’arrestations ou sur des articles de journaux ou la presse populaire lesbienne. Room s’inspire en partie de l’histoire d’Elisabeth Fritzl, une Autrichienne retenue prisonnière et abusée sexuellement par son père pendant 24 ans, ce qui a mené à la naissance de 7 enfants. La narration est assurée par un garçon de cinq ans qui raconte l’expérience d’être gardé prisonnier dans une petite pièce avec sa mère avant d’être finalement libéré et relâché dans le monde.

Room remporte le prix Rogers Writers’' Trust Fiction, est finaliste pour le prix Booker Prize et est nommé l’un des dix meilleurs livres de 2010 du New York Times Book Review. Une adaptation cinématographique du réalisateur irlandais Lenny Abrahamson à partir d’un scénario d’Emma Donoghue remporte le Prix du public au Festival international du film de Toronto en 2015 et devient un succès critique et au box-office. Il vaut à Emma Donoghue plusieurs distinctions pour son scénario, dont un prix Écrans canadiens, un Independent Spirit Award et une nomination au BAFTA et aux Oscars.

Littérature jeunesse

En 2017, Emma Donoghue publie son premier livre pour enfants, The Lotterys Plus One, écrit pour les lecteurs de niveau moyen entre 8 et 12 ans et illustré par Caroline Hadilaksono. Se déroulant dans une vieille et grande maison appelée Camelottery, le récit comprend des parents homosexuels (les « hippy-dippy Lotterys »), leurs sept enfants à qui ils font l’école à la maison et les épreuves auxquelles ils font face avec l’arrivée d’un grand-parent sénile et désagréable. Jugé comme un « livre drôle et chaleureux » par Raphael Simon, le critique du New York Times, le roman offre une nouvelle perspective sur la définition plus large d’Emma Donoghue de la vie de famille et de son talent pour les romans jeunesse.

Style caractéristique

L’œuvre d’Emma Donoghue constitue une nouvelle voix, parfois surprenante et déconcertante, dans la fiction moderne écrite par les femmes. De nature fantastique et prenante, le sujet abordé peut ne pas plaire à tout le monde, mais Emma Donoghue repousse néanmoins les limites de l’écriture féminine des 20e et 21e siècles tout en redéfinissant les standards du succès littéraire. Pour preuve de sa popularité, elle s’attire des lecteurs nombreux et fidèles en Irlande, au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans son pays d’adoption, le Canada.

Prix

Œuvres

Fictions

  • ·Stir-Fry (1994)
  • ·Hood (1995)
  • ·Kissing the Witch (1997)
  • ·Ladies’ Night at Finbar’s Hotel (1999)
  • ·Slammerkin (2000)
  • ·The Woman Who Gave Birth to Rabbits (2002)
  • ·Life Mask (2004)
  • ·Touchy Subjects (2006)
  • ·Landing (2007)
  • ·The Sealed Letter (2008)
  • ·Room (2010)
  • ·Three and a Half Deaths (2011)
  • ·Astray (2012)
  • ·Frog Music (2014)
  • ·The Lotterys Plus One (HarperCollins, 2017)

Pièces de théâtre

  • ·I Know My Own Heart (1993)
  • ·Ladies and Gentlemen (1996)
  • ·Kissing the Witch (San Francisco, 2000)
  • ·Don’t Die Wondering (2005)
  • ·The Talk of the Town (2012)

Scénarios pour la radio et le cinéma

  • ·Trespasses (RTE, 1996)
  • ·Error Messages (RTÉ, Ireland, 1999)
  • ·Daddy’s Girl (BBC Radio 4, 2000)
  • ·Don’t Die Wondering (BBC Radio 4, 2000)
  • ·Exes (BBC Radio 4, 2001)
  • ·Pluck (scénario de film, Zanzibar Productions, 2001)
  • ·Humans and Other Animals (BBC Radio 4, 2003)
  • ·Mix (BBC Radio 3, 2003)
  • ·Room (2005)

Œuvres non romanesques et anthologies

  • ·The Mammoth Book of Lesbian Short Stories (1999)
  • ·Passions Between Women : British Lesbian Culture, 1668‑1801 (1993)
  • ·What Sappho Would Have Said: Four Centuries of Love Poems between Women (1997)
  • ·We Are Michael Field (1998)