L'économie agricole est un domaine d'étude portant sur l'application de la théorie de l'économie à des problèmes et à des questions qui ont trait à la production, à la transformation, à la distribution et à la consommation de produits agricoles. L'économie agricole se distingue de la phytotechnie ou de la zootechnie par son rapport avec le comportement humain.

Au Canada, cette discipline est probablement issue de l'application des principes économiques aux problèmes techniques de l'agriculture dans les cours donnés dans les collèges d'agriculture. Les cours de gestion de la ferme et de commercialisation sont parmi les premiers à être exclusivement liés à l'économie agricole. En 1926, on crée le Département d'économie rurale au collège Macdonald de l'U. McGill et J. E. Lattimer en assume la direction. Le Collège d'agriculture de l'Ontario, de Guelph, développe des cours de premier cycle universitaire dans cette discipline. Des programmes de deuxième et de troisième cycles sont ensuite offerts avec l'aide du Département d'économie politique de l'U. de Toronto. Cette université engage T. Jackman, son premier professeur d'économie rurale, en 1921.

Le gouvernement fédéral répond à un besoin en recherche sur des problèmes agricoles urgents en créant, en 1929, la Division de l'économie du ministère de l'Agriculture d'alors. Ces problèmes s'étaient d'ailleurs aggravés au cours de la Crise des années 30. Malgré l'absence, à l'époque, d'un département d'économie agricole à l'U. de la Colombie-Britannique, des cours dans ce domaine étaient offerts dès 1920. L'U. du Manitoba crée un département de gestion agricole et de commercialisation appliquée à des coopératives en 1915. Son département d'économie agricole comprend alors un programme de commerce agricole de quatre ans, et elle décerne son premier diplôme de maîtrise en 1932. En 1987, des études de premier cycle en économie agricole sont offertes au Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse, alors que l'U. Laval, l'U. McGill, l'U. de Guelph, l'U. du Manitoba, l'U. de la Saskatchewan, l'U. de l'Alberta et l'U. de la Colombie-Britannique proposent des études de premier, de deuxième et de troisième cycles en économie agricole. Quelques collèges d'agriculture, offrent aussi des cours de formation pour enseigner l'économie rurale.

Les universités américaines, telles que celles de Cornell, du Wisconsin et du Minnesota, ont influencé les méthodes d'enseignement, la théorie et la recherche relatives à ce domaine. À l'origine, le contenu des cours portait sur la production à l'échelle de la ferme. L'économie agricole mettait donc essentiellement l'accent sur les problèmes. Les économistes agricoles ont également contribué à la théorie de l'économie générale. John Kenneth Galbraith, un ancien professeur d'Harvard, constitue l'exemple le plus remarquable. Il reçoit sa formation à l'U. de Guelph en tant qu'économiste rural et propose la théorie des « pouvoirs compensatoires », c'est-à-dire que la concurrence constitue une entrave moins grande pour les corporations que ne le sont les groupes d'intérêt de l'autre côté du marché. En tant que domaine d'étude, l'économie agricole est divisée en divers sous-domaines, chacun portant sur un problème sérieux précis. Le besoin d'une amélioration constante de l'état de l'agriculture et de la vie rurale est exprimé dans toutes les activités de l'économiste agricole.

Économie de la production agricole

Historiquement, le premier domaine comportant un problème sérieux qu'on a abordé est celui de l'économie de la production agricole. Les questions les plus importantes de ce secteur traitent de la façon d'augmenter le revenu net de la ferme et de réduire les coûts de production. Elles tentent aussi de définir quels sont les meilleurs investissements agricoles et quels sont les produits ou les denrées à produire. Ces questions d'ordre général peuvent être exprimées en termes très pratiques : « Devrais-je semer du blé, du maïs ou de l'orge cette année? Serait-il préférable pour moi de nourrir les veaux jusqu'à ce qu'ils atteignent le poids voulu pour l'abattoir ou plutôt d'acheter de gros animaux d'engraissement? »

Les économistes agricoles avaient anciennement recours à deux perspectives pour répondre aux questions de production agricole : la gestion de la ferme et une approche conceptuelle basée sur des modèles théoriques. Dans le cas de la gestion de la ferme, on menait des études dans les fermes pour déterminer les coûts de production des groupes de fermes similaires, en vue d'obtenir une appréciation du genre de ferme le plus rentable. Des recommandations pouvaient ensuite être émises à tous les agriculteurs, de façon qu'ils adoptent des méthodes semblables à celles des meilleurs gestionnaires d'exploitations agricoles. L'approche conceptuelle était basée sur l'application de théories économiques existantes à l'agriculture. Les économistes utilisant cette approche ont développé des modèles d'exploitation agricole qui servaient d'idéaux théoriques à des fins de comparaison avec des situations réelles. On reproche fréquemment à ce type d'analyse de fournir des résultats qui sont trop théoriques et trop éloignés des besoins concrets de l'agriculture.

Économie du bien-être agricole

L'économie du bien-être agricole étudie à la fois les besoins des agriculteurs et ceux de la société, puisqu'ils sont influencés par les progrès réalisés en agriculture et par les décisions prises par les agriculteurs. À une certaine époque, les agriculteurs canadiens étaient autosuffisants, puisqu'ils produisaient des denrées et des fibres textiles pour leur propre famille, et le mince excédent obtenu était vendu. L'accès à l'éducation rendu plus facile, beaucoup d'enfants d'agriculteurs reçoivent une certaine formation et quittent la ferme pour s'établir dans des régions urbaines. De nouvelles technologies sont également introduites, comme l'utilisation de cultivars à haut rendement, à croissance rapide et résistant aux maladies. L'utilisation de tracteurs plutôt que de chevaux en est un autre exemple. Cela a permis à chaque agriculteur de couvrir une superficie beaucoup plus importante. La spécialisation fait aussi son apparition, certains agriculteurs se spécialisant dans la production céréalière, d'autres, dans l'élevage de la volaille ou du porc. Ces changements ne sont pas le fruit du hasard. Les agriculteurs ont continué en ce sens pour réduire les coûts et augmenter les ventes et leur revenu brut. Le succès ou l'échec dépendait des capacités de gestion et des différences dans les ressources de base de la ferme (telle la productivité du sol). Or, certaines régions du Canada n'ayant pas progressé au même rythme que les autres, il est devenu de plus en plus difficile pour les petits agriculteurs d'obtenir des revenus au-delà du seuil de la pauvreté.

Les économistes agricoles ont tenté de comprendre les raisons de cette évolution et de développer des politiques et des programmes de rechange destinés à faciliter l'adaptation de ceux qui délaissent l'agriculture et à renforcer le potentiel agricole des régions rurales (voir Société rurale au Canada anglais).

Les économistes agricoles sont impliqués dans la conception et l'évaluation des programmes visant à encourager une plus grande transformation des produits de la ferme et à établir, dans les régions rurales, une agriculture et un système alimentaire distincts. Par exemple, le Programme de transformation des aliments Canada-Alberta offre des subventions spéciales aux compagnies qui mettent en place des usines de transformation de denrées dans cette province. L'Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve ont tenté de produire plus de denrées et ainsi de diminuer les sorties de capitaux de leurs provinces. De nombreux programmes visent la construction d'infrastructures indispensables, comme un meilleur système routier, des entrepôts, des cliniques vétérinaires, etc. En Ontario, on a mis l'accent sur l'amélioration du drainage agricole pour augmenter la productivité du sol.

Les économistes agricoles ont aussi participé à des activités de développement international, particulièrement par l'entremise de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) et de la Banque mondiale. La Banque mondiale possède une méthode détaillée d'analyse de programmes, qui évalue à l'avance les avantages globaux pour l'économie nationale d'un pays, ainsi que les profits pour les agriculteurs ou les autres participants qu'on peut retirer d'un programme agricole et de développement rural. Par exemple, le Programme canadien du blé est l'un des plus importants programmes d'aide à l'étranger. Il a d'ailleurs introduit la production mécanisée et à grande échelle de céréales en Tanzanie, en Afrique de l'Est.

Politique agricole

Le secteur agricole subit sans cesse des changements en raison des nouvelles technologies, des demandes instables, des accords et désaccords internationaux et de divers groupes de pression. Ces conditions variables nécessitent une réévaluation périodique des politiques agricoles. La tâche qui consiste à analyser d'une façon objective les politiques de rechange requiert souvent la compétence d'économistes agricoles. Ces politiques et ces programmes prennent diverses formes, des subventions accordées sur les biens et services jusqu'au contrôle de la production et des prix. Les économistes agricoles ont eu beaucoup d'influence sur le fonctionnement de chaque projet et sur la gestion des systèmes établis.

Commercialisation agricole

La majeure partie de la théorie économique repose sur la notion de marché libre. Cependant, les agriculteurs se sont souvent fait concurrence pour vendre leurs produits à un ou, au mieux, à quelques acheteurs. Les études en économie agricole portent principalement sur les moyens par lesquels il est possible d'établir si les marchés et les participants effectuent les tâches de commercialisation de manière efficace. De tels renseignements, associés à l'impression qu'ont les agriculteurs que leur pouvoir de marchandage est faible par rapport à celui, entre autres, des sociétés céréalières ou des exploitants d'abattoirs, ont favorisé le développement de coopératives, de conseils et d'associations agricoles destinés à corriger les défauts qui peuvent survenir dans le processus de commercialisation (voir Mouvement coopératif). Les économistes agricoles ont joué un rôle important dans la définition des normes de qualité des produits. Par exemple, les systèmes canadiens de classification du porc et du bétail sont des modèles reconnus mondialement (voir Produits, inspection et classification des).

Une des principales conditions de la liberté du commerce est l'information complète. De nombreux produits de la ferme sont commercialisés en dehors d'un processus contrôlé de façon stricte. Ainsi, la diffusion des renseignements sur les marchés comme celui du maïs, du blé, du porc, du bétail et des plantes oléagineuse est importante. Un champ de spécialisation s'est développé dans le domaine de l'économie agricole afin de fournir des perspectives et des analyses relatives au marché. De tels spécialistes étudient les tendances cycliques antérieures, les conditions météorologiques actuelles dans les pays producteurs les plus importants, l'état général de la structure de la demande, ainsi que les politiques gouvernementales, afin d'être en mesure de projeter les prix pour les mois à venir.

Économie des ressources reliées à la terre

L'économie foncière illustre mieux que n'importe quel autre sous-domaine l'application des théories de l'économie agricole. Cette branche spécialisée de l'économie de production met l'accent sur la terre, élément capital dans la production agricole. Dans la plupart des cas, la terre ne peut engendrer suffisamment de profits pour justifier le prix payé, le prix marchand de la terre étant habituellement plus élevé que la valeur des produits qu'on en tire. Les prévisions d'une éventuelle augmentation de la valeur de la terre confirment cet écart. On a longtemps débattu l'équilibre entre les droits individuels et publics sur la propriété. Par exemple, le gouvernement a-t-il le droit d'exproprier des terres agricoles pour construire des aéroports, pour faire place à l'expansion urbaine ou encore à des fins récréatives? Le cas échéant, quel prix devrait être payé? À ces questions s'ajoutent les préoccupations publiques quant à l'utilisation de la terre, comme le zonage des terres agricoles pour la production de denrées et les lois portant sur la destruction des mauvaises herbes ou les pratiques de conservation des sols. Un grand nombre d'agronomes estiment que les agriculteurs sont des gardiens de la terre et qu'ils veillent à son intégrité avant de la remettre entre les mains des prochaines générations. Malheureusement, les taux d'intérêt élevés et le bas prix des denrées agricoles ont obligé certains agriculteurs à tirer le maximum de leur terre pour survivre. On les a par la suite accusés d'épuiser le sol qui a perdu tous ses éléments nutritifs et, ainsi, d'appauvrir la terre. L'impact des mesures économiques et fiscales sur ces problèmes fait fréquemment l'objet d'études par les économistes agricoles.

Les économistes agricoles ont également étudié les besoins parfois contradictoires des agriculteurs, des espèces fauniques, des gardes forestiers et des amateurs de plein air. Le manque de principes concernant la propriété des ressources naturelles est un facteur qui complique la résolution des problèmes relatifs à l'utilisation de la terre. Les animaux sauvages mangent le foin et les autres récoltes appartenant aux agriculteurs, mais la faune peut appartenir au gouvernement ou à la société en général. La terre peut appartenir à des particuliers, mais les chasseurs peuvent s'y aventurer en saison. La gestion des conflits et des ressources naturelles d'utilisation commune est en soi un autre champ d'application de l'économie agricole. L'analyse coûts-bénéfices s'est développée à partir de l'économie des ressources naturelles et du besoin de quantifier les décisions. Cet outil méthodologique joue un rôle important dans l'analyse des questions sur le secteur public et dans la classification des projets dans lesquels les gouvernements peuvent investir. Voir aussi Agriculture, législation sur l'.