Drapeau, Sylvie

Sylvie Drapeau, comédienne (Baie-Comeau, 11 janvier 1962). Diplômée de l'École nationale de théâtre du Canada en 1986, elle reçoit dès l'année suivante le prix de la révélation de l'année de l'Association québécoise des critiques de théâtre, avec trois spectacles : Bonjour, là, bonjour, mis en scène par René Richard Cyr au Théâtre du Nouveau Monde, La Tempête, mise en scène par Alice Ronfard (Théâtre Expérimental des Femmes) et Le Cri, mis en scène par Paula de Vasconcelos (Pigeons International), qui l'avait auparavant dirigée dans Du sang sur le cou du chat (1987). Une présence, une énergie empreinte de sensualité et une sensibilité à fleur de peau annoncent d'ores et déjà le tempérament de la grande comédienne de théâtre qu'elle deviendra. En 1988, elle impressionne dans Elvire Jouvet 40, mise en scène par Françoise Faucher (Théâtre de Quat'Sous), spectacle qui connaîtra des reprises en 1991 et en 1996. Son talent sera couronné par le prix de la meilleure interprétation féminine de l'AQCT pour Oh les beaux jours de Beckett, mis en scène par Brigitte Haentjens (Espace GO, 1990).

Modulant son jeu sur divers registres de l'éternel féminin, elle prête à ses rôles tantôt une sensualité animale (L'Éveil du printemps, Quat'Sous, 1990), tantôt une impétuosité d'une prima donna (La Répétition, Théâtre Il va sans dire, 1990), tantôt une fragilité de femme-enfant (Traces d'étoiles, Quat'Sous, 1992), tantôt encore une passion fiévreuse (Bérénice, Espace GO, 1992). Elle incarne donc avec bonheur la séduisante Mirandolina dans La Locandiera, mise en scène par Martine Beaulne (TNM, 1993), qui joue de tous ses charmes pour parvenir à ses fins. Ce rôle superbe, qui lui va comme une seconde peau, lui vaut le Masque d'interprétation féminine, venant souligner aussi son travail dans En pièces détachées, présenté la même saison au TNM dans une mise en scène de René Richard Cyr. Celui-ci, avec qui elle avait fait ses tout début sur les planches (Donut, Théâtre Il va sans dire, 1986), la dirige dans une dizaine de pièces, entre autres dans deux productions du Temps d'une vie de Roland Lepage. Elle a en effet porté le mélancolique destin de Rosanna au Théâtre du Village d'Émilie (Grand-Mère) en 1993, puis au Rideau Vert en 1997. Drolatique et légère Marie Curie (Les Palmes de M. Shultz, Juste pour rire, 1991, repris en 2005) ou intenses Albertine (Albertine, en cinq temps, Espace GO, 1995) et lady Macbeth (Macbeth, TNM 2001, prix Gascon-Roux), elle a tenu une quarantaine de rôle au théâtre. Comme auteure, elle cosigne avec Isabelle Vincent (avec qui elle tient les rôles), la pièce Avaler la mer et les poissons, une production du Théâtre de la Manufacture (2006-07), publiée par Dramatuges Éditeurs.

Si c'est résolument sur les planches qu'elle brille, le cinéma lui a offert quelques rôles à sa mesure, notamment dans Le Sexe des étoiles de Paule Baillargeon (1993) et Le Piège d'Issoudun de Micheline Lanctôt (2003), mais surtout dans 15 février 1839 de Pierre Falardeau (2001), où sa poignante Henriette De Lorimier lui a valu le prix Jutra de la meilleure interprétation féminine dans un rôle de soutien.

À la télévision, elle a joué dans plusieurs adaptations de spectacles théâtraux : La Charge de l'orignal épormyable (1992), Le Temps d'une vie (1997) et Traces d'étoiles (1998), ainsi que dans la série Bouscotte de Victor-Lévy Beaulieu (1996-2001) et Fortier (1999-2003, prix Gémaux en 2001 pour la meilleure série dramatique) . Elle incarna de plus, d'une manière exceptionnelle, le personnage de la grande Denise Pelletier dans la télésérie Jean Duceppe (2002).