Dionne Brand, poète, écrivaine, cinéaste, enseignante et militante (née le 7 janvier 1953 à Guayaguayare, à Trinité). Lauréate du Prix du Gouverneur général et du prix Griffin de poésie, Dionne Brand, ancienne poète officielle de Toronto, est considérée comme l’une des voix poétiques les plus accomplies du Canada.

Formation et carrière

Dionne Brand s’installe à Toronto en 1970 et suit des cours à l’Université de Toronto, où elle obtient un baccalauréat en anglais et en philosophie, puis à l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario, où elle décroche une maîtrise en philosophie et en éducation. Elle mène une double carrière de professeure, enseignant la littérature, la création littéraire et les études féminines dans différentes universités au Canada et aux États‑Unis, et d’auteure, publiant notamment de la poésie, des œuvres de fiction et des essais. Elle est également une militante influente des droits de la personne.

Œuvres de poésie

Elle est surtout connue pour ses nombreux recueils de poésie, notamment : Land to Light On, sorti en 1997 (et traduit sous le titre Une terre où se poser), qui remporte un prix littéraire Trillium dans la catégorie Poésie et un Prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie Poésie; thirsty, publié en 2002, pour lequel elle obtient le prix Pat Lowther Memorial; Inventory, un recueil de 2006; et Ossuaries, une œuvre de 2010 qui lui vaut le prix Griffin de poésie en 2011 et dont la traduction française, Ossuaires, paraît en 2016. Sa poésie, une tentative pour exprimer avec honnêteté et passion l’expérience d’une femme immigrante de couleur au Canada, se caractérise par une expérimentation formelle et linguistique. Dans un long poème devenu célèbre, No Language Is Neutral, datant de 1990, elle médite sur son « échappée » de Trinité au Canada, un pays où la langue peut également constituer un esclavage et où les récits dominants, produits généralement par des hommes blancs hétérosexuels, tendent à rejeter dans l’ombre sa propre histoire : « L’histoire se souviendra de vous seulement si vous donnez naissance à une / femme qui lisse le linge dans l’armoire / et dans les tiroirs », écrit‑elle, « et qui donne naissance à une femme qui est / poète, et encore » [traduction libre]. Dans le même esprit, son œuvre interroge les tentatives faites pour stabiliser et figer les frontières de l’identité, qu’elles soient personnelles ou nationales.

Œuvres de fiction

Dionne Brand est l’auteure de nombreuses œuvres de fiction, citons notamment son recueil de nouvelles de 1989 Sans Souci and Other Stories et des romans comme At the Full and Change of the Moon, paru en 1999, What We All Long For, une œuvre de 2005 qui remporte le Toronto Book Award, le jury mettant en avant son analyse pleine de puissance et de lyrisme qui questionne le sentiment d’appartenance dans une ville multiculturelle, et Love Enough,sorti en 2014. Son premier roman, publié en 1996, In Another Place, Not Here, que le New York Times intègre en 1998 dans sa liste des livres remarquables, raconte l’histoire de deux Antillaises, l’une qui souhaite fuir les îles pour s’installer dans une ville où elle pourra être indépendante et l’autre qui quitte Toronto pour retourner aux Antilles afin d’y favoriser des changements politiques. Finalement, ces deux femmes préféreraient être « ailleurs, et non pas ici », ce sentiment partagé de décalage par rapport au modèle culturel dominant les amenant à devenir, pour un temps, amantes. À l’instar de sa poésie, la plupart des œuvres fictionnelles de Dionne Brand se caractérisent par un grand lyrisme et par une innovation rhétorique regorgeant d’images somptueuses et d’évocations frappantes de toute la gamme des expériences et des états émotionnels vécus par ses protagonistes.

Essais et autres activités

Dionne Brand est également une prolifique auteure d’essais, dont No Burden to Carry, un ouvrage de 1991 dans lequel elle rassemble des récits oraux de femmes noires vivant en Ontario et Bread Out of Stone, un recueil de réflexions, paru en 1994, traitant des enjeux de genre et de race au Canada. Elle publie également, en 2001, A Map to the Door of No Return, une méditation introspective sur les souvenirs, l’identité et l’histoire de la diaspora africaine. Selon elle, ce qu’elle y nomme « la porte sans retour » constitue « une brèche entre le passé et le présent », l’incarnation du moment et du lieu où ses ancêtres ont quitté « l’ancien monde pour le nouveau ». Elle tente, dans cette œuvre, de dessiner une « carte » de cette terra incognita, comme une véritable exploration de ses racines et de son patrimoine de femme de couleur vivant au Canada.

Outre ses contributions à une dizaine d’anthologies et de revues, Dionne Brand écrit et coréalise des films pour l’Office national du film du Canada, notamment Older, Stronger, Wiser en 1989 et Sisters in the Struggle en 1991, des œuvres qui tracent le portrait de femmes noires d’influence au Canada. Elle milite également activement dans le domaine social, critiquant la structure de pouvoir politique et économique et s’exprimant contre le racisme et les différentes formes de discrimination envers les femmes et les homosexuel(le)s (voir aussi Droits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres au Canada). Entre autres activités, elle est conseillère à l’Immigrant Women’s Centre de Toronto et l’un des membres fondateurs de Our Lives, le premier journal canadien consacré aux femmes noires.

Dionne Brand mène en outre une carrière active de professeure et de chercheuse au cours de laquelle elle enseigne notamment la littérature et la création littéraire en Ontario et en Colombie‑Britannique, est professeure invitée distinguée à la St. Lawrence University, à New York et membre titulaire de la chaire Ruth Wynn Woodward en études féminines à l’Université Simon Fraser. Elle détient actuellement une chaire de recherche universitaire en anglais et en création littéraire à l’Université de Guelph. Membre de la Société royale du Canada depuis 2006, elle est nommée poète officielle de Toronto en 2009.

Prix

1997 : Prix du Gouverneur général dans la catégorie Poésie pour Land to Light On

1997 : Prix littéraire Trillium pour Land to Light On

2003 : Prix Pat Lowther pour thirsty

2006 : Prix littéraire de la Ville de Toronto pour What We All Long For

2006 : Prix du festival Harbourfront

2011 : Prix Griffin de poésie pour Ossuaries