La Deuxième Guerre mondiale est l’un des événements les plus marquants de l’histoire canadienne. Le Canada a joué un rôle indispensable dans la bataille de l’Atlantique et a fourni des effectifs à la campagne de l’Europe de l’Ouest au-delà de ce qui pouvait être attendu d’une petite nation qui ne comptait que 11 millions d’habitants à l'époque. Entre 1939 et 1945, plus d’un million d’hommes et de femmes originaires du Canada ont servi à temps plein au sein des forces armées. Plus de 42 000 y ont laissé la vie. Malgré le carnage, la guerre contre l’Allemagne et ses alliés de l’Axe a révolutionné la structure industrielle du Canada, élargi le rôle de la femme dans l’économie, ouvert la voie de l’adhésion du pays à l’Otan, et laissé en héritage aux Canadiennes et aux Canadiens la fierté du sacrifice consenti et du service rendu, reconnus grâce à des noms emblématiques, tels que Dieppe, Ortona et Juno Beach.

Le sentier de la guerre

Le souvenir des pertes de vie, la lourde dette causée par la Première Guerre mondiale et les menaces qu'a fait peser la Conscription sur l'unité nationale ne donnent ni à la population canadienne ni aux politiciens de toutes persuasions l'envie de revivre une autre expérience semblable. Au début de la guerre, le premier ministre Mackenzie King appuie chaudement la politique d'apaisement du premier ministre britannique, Neville Chamberlain, à l'endroit du führer allemand, Adolf Hitler. Lorsque Chamberlain retarde la guerre en sacrifiant la Tchécoslovaquie pendant la crise de Munich en septembre 1938, King le remercie publiquement, et la population canadienne est en grande partie derrière lui. Pourtant, l'émotion suscitée par cette crise a sans doute préparé l'opinion à l'idée qu'il faudra une guerre pour arrêter le progrès du nazisme. Ce n'est que graduellement que la tournure des événements et les agressions nazies font évoluer les esprits au point où le Canada est prêt à envisager de participer à une autre grande guerre. King lui-même est convaincu que si la Grande-Bretagne s'engage dans une telle guerre, le Canada ne pourra pas rester neutre.

Déclaration de guerre et mobilisation

L'attaque allemande contre la Pologne le 1er septembre 1939 pousse enfin la Grande-Bretagne et la France à déclarer la guerre à l'Allemagne. King convoque alors le Parlement pour prendre une « décision », comme il l'a promis. La déclaration de guerre est reportée d'une semaine, pendant laquelle le Canada est officiellement neutre. Le gouvernement annonce que l'approbation de « l'allocution en réponse au discours du trône », qui annonce la décision du Canada d'appuyer la Grande-Bretagne et la France, équivaut à approuver la déclaration de la guerre.

Le 9 septembre, l'allocution est approuvée sans vote nominal et la guerre est déclarée le lendemain. En mars, les deux grands partis avaient accepté un programme rejetant la conscription en vue du service outre-mer, ce qui avait préparé le terrain à une telle entente au Parlement. King envisage certainement un effort restreint et n'est pas emballé par l'idée d'un corps expéditionnaire, mais la pression est suffisante pour pousser le Cabinet à envoyer une division de son armée en Europe. Au début de l'été 1940, les Canadiens sont effrayés par la défaite des Alliés en France et en Belgique et par la capitulation de la France. L'idée d'une guerre limitée assortie de sanctions économiques est alors abandonnée, après quoi la seule entrave réelle est la promesse faite par le gouvernement de ne pas imposer le service obligatoire outre-mer. L'effectif des Forces armées est rapidement augmenté, la conscription est instaurée en juin 1940 pour la défense du pays (voir Loi sur la mobilisation des ressources nationales) et les dépenses augmentent en flèche.

Dieppe, Hong Kong et l'Italie

L'armée continue de grossir, si bien qu'à la fin 1942, elle compte cinq divisions outre-mer, dont deux blindées. En avril, la Première armée canadienne est formée en Angleterre et son commandement est confié au lieutenant-général A.G.L. McNaughton. Contrairement à ce qui fut le cas pendant la Première Guerre mondiale, les troupes tardent à participer à des opérations à grande échelle. Avant l'été 1943, les troupes en Angleterre n'ont participé qu'au raid de Dieppe, mené le 19 août 1942 et qui a échoué. En outre, deux bataillons sont envoyés en Asie pour contribuer à l'impossible défense de Hong Kong contre les Japonais, en décembre 1941. L'opinion publique canadienne accepte mal cette inaction, et des désaccords surgissent entre le gouvernement et McNaughton, qui veut ménager les troupes en vue d'une campagne finale et décisive.

Le gouvernement s'entend avec la Grande-Bretagne pour que la 1re Division de l'infanterie canadienne participe à l'attaque contre la Sicile en juillet 1943, puis il insiste pour renforcer ses troupes méditerranéennes en y ajoutant la 5e Division pour former un corps de deux divisions. Il s'ensuit un grave conflit avec McNaughton, au moment où le British War Office, qui le juge inapte au commandement de la campagne, le dénigre auprès du gouvernement canadien. À la fin 1943, il est remplacé par le lieutenant-général H.D.G. Crerar.

La 1re Division, intégrée à la 8e Armée britannique, est au cœur de la campagne de Sicile, puis elle gagne la péninsule italienne et participe à la marche vers le nord en décembre 1943. Les batailles sont particulièrement féroces à Ortona et dans les environs (voir bataille d'Ortona). Au printemps 1944, les Canadiens, commandés par le lieutenant-général E.L.M. Burns, contribuent grandement à percer la ligne Hitler, qui bloque la vallée de la Liri. À la fin août, le corps défonce la ligne Gothique près de l'Adriatique, traverse les positions allemandes qui protègent Rimini et prend la ville en septembre. Pendant ces batailles, le Canada subit ses plus lourdes pertes de la campagne d'Italie.

Pendant la dernière phase de l'intervention canadienne en Italie, le 1er Corps d'armée canadien, maintenant commandé par le lieutenant-général Charles Foulkes, traverse la plaine de Lombardie en combattant, malgré la boue et les rivières au cours rapide. Le corps termine sa marche à la rivière Senio dans les premiers jours de 1945. Le gouvernement canadien, qui était si pressé d'envoyer ses troupes combattre en Italie, ne tarde pas à demander qu'elles soient ramenées auprès du gros des troupes canadiennes dans le nord-ouest de l'Europe. La stratégie des Alliés permet enfin de le faire au début de 1945, et le 1er Corps passe sous le commandement de la 1re Armée canadienne à la mi-mars, à la grande satisfaction des soldats de la campagne d'Italie. En tout, 92 757 soldats de tous les grades ont servi en Italie, et 5 764 y ont perdu la vie.

Campagne de Normandie

Dans la dernière grande campagne du nord-ouest de l'Europe, qui commence par le débarquement de Normandie (dont le nom de code est « Operation Overlord ») le 6 juin 1944, la 1re Armée canadienne dirigée par Crerar joue un rôle important, au prix de lourdes pertes. Toutefois, le cœur de l'armée est constitué par le 2e Corps canadien dirigé par le lieutenant-général G.G. Simonds, qui avait commandé la 1re Division en Sicile. Ce corps se composait des 2e et 3e Divisions de l'infanterie canadienne et de la 4e Division blindée canadienne. Pendant toutes les opérations, ces troupes font partie du 21e Groupe d'armée britannique, commandé par le général Sir Bernard Law Montgomery (qui deviendra lord et maréchal).

Seules la 3e Division et la 2e Brigade blindée canadienne participent au débarquement. Elles combattent sous la direction de la 2e Armée britannique. Ces formations débarquent le jour J sur une section du littoral désigné par les Canadiens sous le nom de code « Juno Beach ». Les combats sont acharnés sur la plage et continuent à faire rage à mesure que les Canadiens avancent à l’intérieur des terres.

En août, les formations canadiennes jouent un rôle de premier plan dans l'ouverture d'un passage à partir de la tête de pont normande et surmontent une résistance acharnée pour atteindre la ville française de Falaise et fermer la brèche au sud de cette dernière, par laquelle l'ennemi bat en retraite pour éviter d'être pris en souricière entre les Britanniques et les Canadiens venant du nord et les Américains qui arrivent du sud. Falaise est prise le 16 août, et les Alliés se rejoignent le 19, fermant ainsi la brèche.

Belgique, Hollande et Allemagne

Alors s'engage la poursuite jusqu'à la frontière allemande. La 1re Armée canadienne, ayant le 1er Corps britannique sous son commandement, force l'évacuation des forteresses côtières, prenant successivement Le Havre, Boulogne et Calais. Au début de septembre, les Britanniques prennent Anvers, mais l'ennemi tient toujours les rives de l'Escaut en aval de ce port, dont les Alliés ont grandement besoin. Pendant le mois d'octobre et le début de novembre, les Canadiens combattent donc avec acharnement pour dégager le fleuve.

La première grande opération canadienne de 1945, la bataille du Rhin, vise à libérer la région entre la Meuse et le Rhin. Elle commence le 8 février et ne se termine que le 10 mars, quand les Allemands, repoussés par l'attaque simultanée des Canadiens et de la 9e Armée américaine, se retirent outre-Rhin. Les dernières opérations du côté ouest commencent le 23 mars par la traversée du Rhin dans le secteur britannique. Ensuite, la 1re Armée canadienne, toujours sur le flanc gauche, libère l'est et le nord des Pays-Bas et traverse le nord de la plaine allemande (voir Libération des Pays-Bas). Le 5 mai, date où les Allemands capitulent devant le front du maréchal Montgomery, le 2e Corps canadien a capturé Oldenburg, et le 1er Corps tient la ligne Grebbe tandis que, avec l'accord des Allemands, on envoie de la nourriture à la population affamée de l'ouest des Pays-Bas. Au total, la campagne se solde par 11 336 décès pour l'armée canadienne, dans laquelle environ 237 000 hommes et femmes ont servi dans le nord-ouest de l'Europe.

Participation à la campagne aérienne

L'effort de guerre de l'Aviation royale du Canada (ARC) est marqué par le programme d'entraînement aérien du commonwealth, qu'elle dirige. Un grand nombre de Canadiens servent dans la Royal Air Force (RAF) britannique, ce qui retarde l'expansion d'une aviation proprement canadienne outre-mer. Néanmoins, lorsque l'Allemagne capitule, l'ARC compte 48 escadrons outre-mer, dont les officiers et les hommes sont presque tous des Canadiens. Une étape marquante est la formation, le 1er janvier 1943, du 6e Groupe de l'ARC au sein du Bomber Command de la RAF. Ce groupe finit par compter 14 escadrons et est commandé successivement par les vice-maréchaux de l'air G.E. Brookes et C.M. McEwen. La mission du Bomber Command consiste à bombarder l'Allemagne la nuit, entreprise extrêmement dangereuse qui exige un courage à toute épreuve; près de 10 000 Canadiens y perdent la vie.

Les aviateurs canadiens opèrent dans tous les théâtres de guerre à partir de bases situées au Royaume-Uni, en Afrique du Nord, en Italie, dans le nord-ouest de l'Europe et dans le sud-est de l'Asie. En Amérique du Nord, des escadrons travaillent à des opérations anti-sous-marines au large de la côte atlantique et collaborent avec les forces aériennes américaines contre les Japonais dans les îles Aléoutiennes. Sept escadrons de l'ARC servent à un moment ou l'autre dans l'aviation côtière de la RAF au-dessus de l'Atlantique, et les appareils de l'ARC détruisent ou contribuent à détruire 20 sous-marins ennemis. Pendant la campagne du nord-ouest de l'Europe en 1944-1945, l'ARC déploie 17 escadrons. Pendant la guerre, 232 632 hommes et 17 030 femmes servent dans l'ARC, et on compte 17 101 pertes de vie.

Guerre maritime

En 1939, la Marine royale du Canada est minuscule, mais elle connaît une expansion remarquable pendant la guerre : 99 688 hommes et quelque 6 500 femmes s'y enrôlent et forment les équipages de 471 navires de guerre de divers types. Sa fonction principale est de former des convois afin de protéger les navires qui transportent les troupes et le ravitaillement outre-Atlantique. Elle effectue une part de plus en plus grande de ce travail, menant des batailles acharnées qui durent parfois plusieurs jours contre des bandes de sous-marins U-boot. La forte expansion de la marine engendre des problèmes de croissance. En 1943, il faut prendre des mesures pour améliorer l'équipement technique des navires d'escorte et parfois aussi l'entraînement de leur équipage. Pendant la guerre, la marine coule ou participe à la destruction de 33 sous-marins ennemis.

Après la Conférence sur les convois atlantiques, tenue à Washington en mars 1943, on constitue le commandement canadien du secteur du nord-ouest de l'Atlantique, chargé de protéger la région située au nord de New York et à l'ouest du 47e méridien. Un officier canadien, le contre-amiral L.W. Murray, devient responsable des convois. En plus de leur rôle principal en tant que participants à la bataille de l'Atlantique, les unités navales canadiennes contribuent à bon nombre de campagnes. Ainsi, elles appuient les débarquements alliés de novembre 1942 en Afrique du Nord, et la Marine royale fournit quelque 110 navires et 10 000 hommes lors des opérations de juin 1944 en Normandie.

Pendant la guerre, la marine perd 24 navires de guerre, allant du contre-torpilleur de classe « Tribal » Athabaskan, coulé dans la Manche en avril 1944, au yacht armé Raccoon, torpillé dans le Saint-Laurent en septembre 1942 (voir Opérations des sous-marins Allemands). Elle enregistre aussi 2 024 décès.

Contribution industrielle

La contribution industrielle du Canada à la victoire est considérable, malgré un lent départ. Après les défaites européennes des Alliés en 1940, les commandes d'équipement de la Grande-Bretagne, qui étaient minimes, se multiplient. La création du Ministère des munitions et des approvisionnements, décidée en 1939, devient effective en avril 1940, et C.D. Howe en est le ministre. En août 1940, la loi modifiée confère au ministre des pouvoirs presque dictatoriaux, et l'effort industriel explose sous son régime. Diverses Sociétés de la couronne sont constituées en vue de fonctions spéciales, de nouvelles usines sont construites, et d'anciennes sont adaptées à la production de guerre.

Alors que le Canada n'a guère produit autre chose que des obus pendant la Première Guerre mondiale (il n'a fabriqué aucune arme, sauf le fusil Ross), il produit cette fois une grande variété de fusils et d'armes légères. Il construit beaucoup de navires, particulièrement des navires d'escorte et des cargos, et produit des aéronefs en quantité, notamment des bombardiers Lancaster, mais la plus remarquable réussite du programme est la production de 815 729 véhicules militaires. Ce sont les femmes qui, recrutées souvent pour la première fois de leur vie pour travailler dans les usines du pays et les services militaires domestiques, accomplissent tout ce travail en remplacement des hommes partis au front.

Plus de la moitié du matériel de guerre produit est envoyé en Grande-Bretagne, qui est dans l'impossibilité de payer pour tout l'équipement. Le Canada, pour contribuer à la victoire et pour que ses usines continuent de fonctionner, en finance une grande partie. Au début de 1942, un don d'un milliard de dollars est destiné à cette fin. L'année suivante, on adopte un programme d'aide mutuelle en solidarité avec les Alliés en général, mais en pratique, c'est surtout la Grande-Bretagne qui en bénéficie. Pendant la guerre, l'aide du Canada à la Grande-Bretagne se chiffre à 3 043 000 000 $.

Guerre atomique

Le Canada participe peu au développement de l'énergie atomique, une entreprise qui s'est révélée destructrice lorsque des bombes atomiques sont lancées contre le Japon en août 1945. Le Canada possède une source d'uranium près du Grand lac de l'Ours. C'est pourquoi les Alliés mettent Mackenzie King dans le secret dès 1942, et le gouvernement du Canada fait l'acquisition de la mine pendant l'été. Une équipe scientifique qui travaillait au projet en Angleterre est alors transférée au Canada.

La tension monte entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, mais les deux pays concluent, à la conférence de Québec en septembre 1943, une entente qui accorde notamment au Canada une petite part des pouvoirs de décision. Un comité d'orientation canadien décide en 1944 de construire un réacteur atomique à Chalk River, en Ontario. Le premier réacteur de l'endroit n'est opérationnel qu'après la capitulation du Japon. Le Canada ne participe pas à la production des bombes lancées sur le Japon, à moins qu'elles ne contiennent un peu d'uranium canadien, ce qui semble impossible à déterminer.

Relations avec les Alliés

Le Canada ne joue aucun rôle réel dans la haute direction de la guerre. Un tel rôle serait extrêmement difficile à obtenir, et King ne fait jamais d'efforts sérieux pour le revendiquer. Il calcule peut-être que, s'il le faisait, cela nuirait à ses relations personnelles avec le premier ministre britannique Winston Churchill et avec le président américain Franklin D. Roosevelt, qu'il juge politiquement très importantes pour lui.

La stratégie des Alliés occidentaux est élaborée par le comité mixte des chefs d'état-major, formé uniquement d'Anglais et d'Américains. Le comité prend ses décisions les plus importantes au cours de conférences périodiques qu'il tient avec les chefs d'État, et deux d'entre elles ont lieu à Québec, mais, même à ces conférences, King se limite au rôle d'hôte. Curieusement, bien que l'utilisation des forces canadiennes soit décidée par ce comité mixte, le Canada n'est officiellement informé de l'existence du comité qu'à la fin de 1941. Même la souveraineté du Canada est à peine reconnue officiellement. Alors que les directives des commandants alliés pour la guerre contre le Japon sont émises au nom des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, la directive adressée au général Dwight D. Eisenhower, commandant suprême dans le nord-ouest de l'Europe à qui sont subordonnées des forces canadiennes considérables, ne fait aucune mention du Canada.

Les relations du Canada avec les États-Unis se font nettement plus étroites pendant la guerre. Une fois revenu au pouvoir en 1935, King cultive ses relations avec Roosevelt. Il a peu de contacts avec lui pendant les premiers mois de la guerre, mais les craintes suscitées par les premières victoires allemandes amènent un rapprochement immédiat. Le 18 août 1940, King et Roosevelt se rencontrent à Ogdensburg (État de New York, États-Unis) et annoncent qu'ils se sont entendus (sans conclure un traité officiel) pour former une Commission permanente mixte de défense, qui se réunit fréquemment, par la suite, pour discuter des problèmes mutuels de défense. En 1941, la balance des paiements entre le Canada et les États-Unis atteint un point critique, surtout parce qu'il est difficile de financer l'importation de produits américains aux fins de la production industrielle pour la Grande-Bretagne. Le problème est résolu le 20 avril par la déclaration de Hyde Park. Néanmoins, King s'inquiète parfois parce qu'il perçoit un danger d'absorption du Canada par les États-Unis. En réaction aux activités américaines dans le Nord canadien (par exemple la construction de la route de l'Alaska en 1942), il nomme, en 1943, un commissaire spécial des projets de défense dans le Nord-Ouest afin de renforcer le pouvoir du Canada dans la région.

Conscription

Les pires problèmes politiques qui se posent au Canada pendant la guerre ont trait à la question de la conscription, et les libéraux de son propre parti causent plus de difficultés à King que l'opposition. Les élections du 26 mars 1940, tenues avant que la guerre prenne une tournure critique, indiquent que le pays est satisfait d'un effort de guerre limité et donnent à King une majorité confortable. Le manque d'enthousiasme du Canada français pour la guerre et surtout son rejet de la conscription est autant évident que pendant la Première Guerre mondiale. Seuls 4 p. 100 de la population du Québec s'enrôle volontairement, contre 10 p. 100 dans le reste du pays. L'agitation menée au Canada anglais en faveur de la conscription outre-mer amène King à tenir, en 1942, un plébiscite dans lequel le gouvernement demande à être délié de sa promesse, ce qui lui est massivement accordé par toutes les provinces sauf le Québec. Toutefois, cet enthousiasme pour la conscription au Canada anglais ne signifie rien de concret. Quand Arthur Meighen redevient chef conservateur et réclame la conscription outre-mer, il n'arrive pas à se faire élire, même dans une circonscription de Toronto. Toutefois, le climat change lorsque les pertes s'alourdissent.

Après la campagne de Normandie en 1944, l'infanterie manque de renforts, et le ministre de la Défense nationale, le colonel J.L. Ralston, déclare au Cabinet que l'heure de la conscription outre-mer est arrivée. King, qui semble s’être convaincu que des ministres conspirent pour le renverser et le remplacer par Ralston, destitue ce dernier et le remplace par McNaughton. Celui-ci ne réussit pas à convaincre beaucoup de conscrits de se porter volontaires pour servir outre-mer, et King, menacé de démission par les ministres favorables à la conscription, ce qui ferait tomber son gouvernement, accepte d'envoyer outre-mer un fort contingent de conscrits. Le Québec accepte à contrecœur, préférant le régime de King à tout gouvernement conservateur, et le pouvoir du premier ministre reste solide jusqu'à la fin de la guerre.

Conclusion de la paix

Le Canada ne participe guère à la conclusion de la paix. Les grandes puissances, qui ont monopolisé la direction de la guerre, continuent de faire de même. La soi-disant conférence de paix, tenue à Paris à l'été 1946, donne seulement aux plus petits Alliés, comme le Canada, la possibilité de commenter les arrangements déjà conclus. Le Canada ne signe des traités qu'avec l'Italie, la Hongrie, la Roumanie et la Finlande. Aucun traité n'est signé avec l'Allemagne après la division du pays, dont l'Est passe sous domination soviétique. En 1951, comme d'autres puissances occidentales, le Canada met fin à l'état de guerre avec l'Allemagne par proclamation royale. La même année, un traité de paix avec le Japon, rédigé par les États-Unis, est signé par la plupart des États alliés, dont le Canada, mais pas par les pays communistes.

Coût et importance

Financièrement, le coût de l'effort de guerre canadien est astronomique. Pour l'exercice financier 1939-1940, le Canada dépense la modeste somme de 118 291 000 $. L'année suivante, les dépenses passent à près de 752 045 000 $. Le sommet est atteint en 1943-1944 avec 4 587 023 000 $. Le total pour les 11 années d’exercices allant de 1939-1940 à 1949-1950 se chiffre à 21 786 077 519,12 $. D'autres coûts attribuables à la guerre continuent de s'accumuler. Pendant la guerre, 1 086 343 Canadiens et Canadiennes servent à plein temps dans les trois armées. Moins de sang est versé que pendant la Première Guerre mondiale, mais le bilan de 42 042 pertes de vie est tout de même tragique.

La Deuxième Guerre mondiale est une période importante de l'histoire du Canada, sans doute un peu moins que la Première Guerre mondiale. L'unité nationale entre francophones et anglophones est ébranlée, mais heureusement moins gravement que pendant la période de 1914-1918. L'économie est renforcée et la capacité de fabrication est beaucoup plus diversifiée qu'avant. La fierté et la confiance nationales se sont accrues, et le statut du Canada en tant que pays indépendant, encore fragile en 1919, ne fait plus de doute après 1945. Le Canada est une puissance à part entière, quoique d'importance modeste. Par contre, la douloureuse réalité est que ce statut ne permet pas nécessairement d'avoir de l'influence. Une moyenne puissance doit limiter ses ambitions. L'autorité réelle continue d'appartenir aux pays riches, qui ont de puissantes armées et une forte population.