Curzon, Sarah Anne

Sarah Anne Curzon, poète, journaliste, rédactrice, dramaturge (Birmingham, Angleterre, vers 1833 -- Toronto, 1898). Fille d'un fabricant de verre de la classe moyenne provinciale britannique, George Philips Vincent, elle bénéficie d'une éducation dispensée par une école pour filles seulement et de celle d'un précepteur individuel. En 1858, elle épouse Robert Curzon et immigre à Toronto entre 1862 et 1864.

S.A. Curzon est une membre fondatrice de la première organisation féministe canadienne, le Toronto Women's Literary Club, et est secrétaire rédactrice de la Dominion Women's Enfranchisement Association. Elle est corédactrice de l'hebdomadaire pro-tempérance The Canada Citizen qui s'enorgueillit d'offrir la première « page féminine » couvrant les sujets de l'émancipation des femmes et de leur accès aux études universitaires. Elle défend aussi la cause de l'Imperial Federation et, en 1895, elle fonde, avec lady Matilda Edgar, la première société d'histoire des femmes canadiennes (la Canadian Women's Historical Society). En 1884, elle est obligée de démissionner de son poste au Canada Citizen à cause du « mal de Bright » dont elle finira par mourir.

S.A. Curzon est surtout connue pour ses deux pièces de « théâtre dans un fauteuil » (faites pour être lues). La plus ambitieuse, Laura Secord : The Heroine of 1812 (1887), est la première pièce ouvertement féministe écrite au Canada. Selon sa préface, le but de la pièce était de « sauver de l'oubli le nom d'une femme courageuse et de lui rendre la place qui lui revient parmi les héros de l'histoire canadienne » [trad. libre]. Elle l'écrit aussi pour intervenir dans le débat portant sur les pensions des anciens combattants et pour demander la reconnaissance de la contribution apportée par Laura SECORD dans la GUERRE DE 1812. Sa publication suscite un tel intérêt qu'elle provoque un déluge d'articles et de rubriques sur Laura Secord dans les livres d'histoire et manuels scolaires du Canada au début du XXe siècle.

The Sweet Girl Graduate (1882), une commande de John Wilson Bengough, rédacteur en chef de l'hebdomadaire réformiste satirique Grip, est une capsule documentaire en un acte qui traite du droit des femmes à l'éducation postsecondaire. Son personnage principal, qui se déguise en homme pour pouvoir aller à l'université, inspire peut-être Emma Stanton Mellish qui, six mois après la publication de la pièce, tente de s'inscrire au Trinity College sous un nom masculin. La pièce se termine par un plaidoyer en faveur des droits des femmes, immortalisant la pétition que le Toronto Literary Club fait parvenir en 1882 au parlement provincial lui demandant d'autoriser l'inscription des femmes à l'Université de Toronto.

Même si la réussite financière échappe à S.A. Curzon, elle défend ardemment les droits des femmes et figure parmi les premières militantes et partisanes du féminisme libéral. Sa fille sera l'une des premières femmes à obtenir un baccalauréat de l'Université de Toronto.

Voir aussi THÉÂTRE D'EXPRESSION ANGLAISE